Le Mont-Sainte-Anne convoité par un fondateur du Cirque du Soleil

Un organisme sans but lucratif, Les Amis du Mont-Sainte-Anne, fait pression pour que la station de ski redevienne «une fierté locale».
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Un organisme sans but lucratif, Les Amis du Mont-Sainte-Anne, fait pression pour que la station de ski redevienne «une fierté locale».

Groupe Le Massif convoite une bouchée qui culmine à plus de 800 mètres : le Mont-Sainte-Anne. Le groupe propriétaire du Massif de Charlevoix confirme le dépôt d’une offre d’achat pour acquérir les droits de gestion de la station située à 40 kilomètres de Québec, présentement sous la responsabilité de l’albertaine Resorts of the Canadian Rockies (RCR).

L’ouverture d’un Club Med au pied de ses pistes de ski, il y a moins d’un an, n’a pas assouvi l’appétit d’expansion de Groupe Le Massif. L’organisation confirme avoir présenté une offre à RCR, mais refuse d’en dévoiler le montant ou d’indiquer si des discussions ont cours entre les deux parties.

Dans un communiqué, le président de Groupe Le Massif et de la firme financière HDG, Claude Choquette, indique que l’offre sert « l’objectif d’ouvrir le canal de communication entre Daniel Gauthier », cofondateur du Cirque du Soleil et actuel propriétaire du Massif de Charlevoix, « et le propriétaire du Mont-Sainte-Anne ».

Le communiqué précise que M. Gauthier planche « sur les prochaines étapes du projet », lancé au moment où il a acquis Le Massif, il y a 20 ans. « Daniel Gauthier et moi avons analysé le dossier du Mont-Sainte-Anne, écrit M. Choquette. Nous avons constaté que le potentiel d’attractivité respectif augmente avec une approche de mise en marché commune, à condition d’avoir deux montagnes possédant les standards de qualité d’aujourd’hui. »

Avalanche de critiques

 

La gestion de la station Mont-Sainte-Anne par RCR fait l’objet d’une pléiade de critiques depuis le bris soudain des télécabines, survenu en février 2020. L’incident avait blessé une vingtaine de skieurs et soulevé la colère des habitués de la montagne, qui dénoncent, depuis, un manque d’investissements chroniques de la part de RCR.

Un organisme sans but lucratif, Les Amis du Mont-Sainte-Anne, fait pression pour que la station redevienne « une fierté locale ». L’OSBL, présidé par l’ancien p.-d.g. d’Industrielle Alliance Yvon Charest et coprésidé par le fondeur et médaillé olympique Alex Harvey, revendique 550 membres. L’organisme a présenté, au printemps 2021, un plan de revitalisation visant à polir le « joyau » que constitue, à ses yeux, la montagne, en plus de demander aux autorités publiques de forcer RCR à prendre soin du domaine skiable — ou de le vendre à des intérêts qui ont son développement à coeur.

« À nos yeux, pour assurer la pérennité de la montagne, ça prend de l’argent frais, des investissements réels et pas seulement du “patchage” lorsque ça brise, indique M. Harvey au Devoir. Ça prend aussi de l’imputabilité et ça prend également la consultation des gens du milieu au moment de prendre de grandes décisions. Pour nous, Groupe Le Massif coche toutes les cases. »

Récemment, deux anciens ministres responsables de la Capitale-Nationale, Agnès Maltais et Sam Hamad, ont pris la plume pour dénoncer dans une lettre ouverte « le déclin » du Mont-Sainte-Anne, « un joyau naturel ayant le potentiel de devenir une destination plein air phare dans l’est de l’Amérique du Nord ».

« Malheureusement, cette montagne de calibre international est victime d’un sérieux déclin », écrivaient les ex-ministres. Mme Maltais et M. Hamad demandaient au gouvernement d’utiliser « tous les leviers à sa disposition » pour changer l’exploitant de la montagne. La lettre, publiée le 24 mars, demandait que la question soit réglée avant la fin de la session parlementaire du printemps. « Ce dossier — majeur pour notre région — est à la croisée des chemins », avertissaient-ils alors.

Recours intenté par Québec

 

Moins d’un mois plus tard, soit le 20 avril 2021, le gouvernement du Québec annonçait son intention de reprendre, par la voie des tribunaux, le contrôle d’une partie de la montagne.

« Le gouvernement du Québec entame dès maintenant des procédures juridiques visant à reprendre temporairement la propriété des terrains du pourtour de la montagne qui n’ont pas été acquis. Ces terrains servent notamment aux activités de ski de fond, de vélo de montagne et de camping », stipulait alors un communiqué.

Le gouvernement indiquait que RCR n’avait pas respecté les clauses d’une entente signée en 1998 et dans laquelle « Station MSA s’engageait à acquérir de la SEPAQ les droits tréfonciers, selon un échéancier de réalisation de 15 ans ».

Québec a privatisé en 1994 le mont Sainte-Anne, qui appartenait depuis 1985 à la SEPAQ. RCR a mis la main sur les droits d’exploitation de la montagne au terme d’un appel de propositions. En vertu de l’entente conclue à l’époque, RCR possède le droit d’exploiter le domaine skiable pour une période de 99 ans et les terres périphériques pour une durée de 35 ans.

Une pétition mise en ligne par Les Amis du Mont-Sainte-Anne a recueilli plus de 11 000 signatures depuis l’an dernier. « Au prix que je paie, j’aimerais avoir des remontées qui fonctionnent », écrit un signataire dans un commentaire. L’abonnement illimité pour un adulte s’élève à 1818 $ pour la prochaine saison.

Le Devoir a tenté de joindre, sans succès, Resorts of the Canadian Rockies.

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