Les avancées à «géométrie variable» du mouvement #MoiAussi

Des membres de différents organismes ont pris la parole à tour de rôle samedi matin à Montréal dans le cadre d’un événement faisant écho au cinquième anniversaire de la vague de dénonciations #MoiAussi.
Photo: Peter McCabe La Presse canadienne Des membres de différents organismes ont pris la parole à tour de rôle samedi matin à Montréal dans le cadre d’un événement faisant écho au cinquième anniversaire de la vague de dénonciations #MoiAussi.

Le mouvement #MoiAussi, qui a entraîné une vague de dénonciations d’agressions sexuelles sur les réseaux sociaux, a eu des répercussions à « géométrie variable » dans la société, selon divers organismes. Ceux-ci déplorent notamment le manque d’attention accordée aux violences sexuelles subies par des filles et des femmes en situation de handicap ainsi qu’à celles qui surviennent en milieu scolaire.

Des membres de différents organismes ont pris la parole à tour de rôle samedi matin à Montréal dans le cadre d’un événement faisant écho au cinquième anniversaire de la vague de dénonciations #MoiAussi. Celle-ci a rapidement pris une ampleur internationale en octobre 2017 en marge du dévoilement d’enquêtes menées par le New York Times et le New Yorker comprenant les témoignages de femmes alléguant avoir été agressées sexuellement par le producteur de cinéma hollywoodien Harvey Weinstein.

Ces dénonciations – et toutes celles qui ont subi – ont contribué à sensibiliser un large public au harcèlement sexuel. Or, ce mouvement comprend, encore aujourd’hui, des angles morts, relève la directrice de la Maison des femmes sourdes de Montréal, Line Bergeron.

« Il importe de savoir que la violence vécue par les femmes handicapées est une problématique méconnue et très peu documentée, alors que c’est un groupe de la population particulièrement vulnérable face à cet enjeu », a-t-elle souligné pendant une conférence de presse tenue dans les locaux de son organisme. Le taux d’agressions sexuelles est pourtant « quatre fois plus élevé » parmi les femmes handicapées qu’il ne l’est parmi l’ensemble des femmes, a-t-elle affirmé. Les femmes en situation de handicap sont aussi plus à risque de subir de l’exploitation sexuelle, que ce soit de la part d’ « accompagnateurs », de membres de leur famille ou encore de personnes « qui prodiguent des soins de santé ».

Mme Bergeron interpelle ainsi le gouvernement du Québec, en lui demandant d’agir pour prévenir les cas de violences sexuelles chez les femmes en situation de handicap et soutenir les victimes. Car, actuellement, « il reste beaucoup de chemin à faire pour que le mouvement #MeToo soit vraiment inclusif », selon elle.

Les femmes en situation de handicap sont d’ailleurs « absentes de toutes les statistiques et des études gouvernementales portant sur les violences sexuelles », a renchéri Maude Massicotte, qui est coordonnatrice adjointe à l’Institut national pour l’équité, l’égalité et l’inclusion des personnes en situation de handicap. « Pendant cinq ans, nous avons été absentes du mouvement #MeToo et nous sommes encore les éternelles oubliées », a ajouté Mme Massicotte, qui dénonce entre autre le manque de ressources d’aide adaptées aux personnes en situation de handicap ayant subi des violences sexuelles.

« Nous réclamons un accès aux services, aux ressources et à l’accompagnement adapté, ainsi qu’un accès à l’éducation sexuelle au même titre que tous les autres jeunes adolescentes », a-t-elle énuméré.

La responsable des communications du Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, Justine Chénier, constate ainsi que les répercussions du mouvement #MoiAussi ont été à « géométrie variable » au Québec, de nombreuses victimes demeurant dans l’ombre de cette vague. « Est-ce qu’il y a eu des bons coups ? Oui, absolument », a-t-elle toutefois reconnu. Elle notamment souligné, à cet égard, la mise en place par plusieurs universités de politiques visant à prévenir les violences sexuelles sur leur campus, tandis que Québec oeuvre à la mise en place d’un tribunal spécialisé en violence sexuelle et en violence conjugale.

Aussi dans les écoles

 

Le président et cofondateur du Réseau pour la paix et l’harmonie sociale, Brian Bronfman, a pour sa part déploré le manque d’attention accordé aux violences sexuelles qui surviennent au sein d’institutions scolaires, contrairement à celles survenues dans les secteurs du divertissement et du sport d’élite.

« Les écoles doivent mettre les outils, les moyens et les ressources nécessaires pour prévenir, dépister, intervenir et référer les jeunes qui font face à des violences à caractère sexuelle », réclame ainsi la coordonnatrice du Mouvement pour des écoles sans violences sexuelles, Adriana Eslava, qui appelle à la création d’une loi-cadre pour prévenir la violence sexuelle dans les écoles primaires et secondaires.

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