Cri du coeur d’une mère inquiète pour sa fille suicidaire et toxicomane

«Je la tiens avec une corde pour pas qu’elle tombe, mais je suis brûlée», confie France Therien au sujet de sa fille.
Photo: Getty Images «Je la tiens avec une corde pour pas qu’elle tombe, mais je suis brûlée», confie France Therien au sujet de sa fille.

« Je n’ai pas envie d’attendre que ma fille meure pour dénoncer. »

Au bout du fil, France Therien lance un véritable cri du coeur. Elle a besoin d’aide pour sauver sa fille de 27 ans, suicidaire, toxicomane et sans domicile. Depuis des jours, elle multiplie les démarches, mais se heurte aux limites du système de santé. « Elle serait morte si je n’étais pas là. C’est moi qui la retiens, dit-elle, alors que le flot de ses paroles se noie dans les sanglots. Je la tiens avec une corde pour pas qu’elle tombe, mais je suis brûlée. »

Ça fait longtemps que France Therien a l’impression qu’on ne la prend pas au sérieux. Quand sa fille était toute jeune, elle a cherché à obtenir de l’aide pour les problèmes de consommation de son enfant. En vain. « Ça s’est dégradé au point où elle s’est retrouvée dans des réseaux de proxénétisme », soupire-t-elle.

Pendant toutes ces années, Annick (nom fictif) a subi des sévices sexuels et physiques. Occasionnellement, lorsque c’était trop souffrant, elle revenait à la maison, mais elle devenait rapidement agressive et s’enfuyait à nouveau. « Elle est brisée en morceaux. Un jour, à l’hôpital, elle pleurait et m’a avoué qu’elle n’était pas capable de se réveiller sans drogue parce que ça lui faisait trop mal, tout ce qu’elle a vécu. Elle n’a plus d’âme, plus d’estime d’elle. C’est comme si elle était déjà morte de l’intérieur. Elle veut juste se suicider parce que c’est trop dur », raconte la mère.

Annick a fait une première tentative de suicide en avril dernier et, selon sa mère, elle aurait alors passé une semaine à l’hôpital du Haut-Richelieu sans réelle prise en charge. Mercredi dernier, elle a fait une autre tentative, alors qu’elle se trouvait dans une crack house en Montérégie. Un ami a averti sa mère, qui a ramené sa fille au même hôpital. « Il [le personnel] savait que c’était sa deuxième tentative. Je l’ai averti qu’elle n’avait pas de domicile, de ne pas la laisser sortir parce qu’elle allait se suicider. On m’a répondu : “Ne vous inquiétez pas, Madame, on la prend en charge, on ne la laissera pas sortir.” »

Forte de cette assurance, après avoir passé 36 heures aux côtés de sa fille à l’hôpital, elle est allée se reposer à la maison. Le lendemain, quand elle a appelé à l’hôpital pour avoir des nouvelles et savoir ce qu’elle devait apporter, on lui a indiqué que sa fille avait eu son congé. « On l’a laissée sortir sans vêtements ni endroit où aller, avec son sac à dos et un bout de papier tout griffonné », clame Mme Therien, scandalisée.

Laissée à elle-même à sa sortie de l’hôpital

Sur le papier, que Le Devoir a pu voir, il y a une recommandation d’un centre de traitement des dépendances, une ordonnance d’antidépresseurs et d’antipsychotiques ainsi qu’une date pour un rendez-vous avec un psychiatre en novembre.

Mais Annick, qui vivait dans la rue, n’a pas suivi le plan. Et elle n’est pas retournée chez sa mère. Elle n’avait d’ailleurs aucun moyen pour le faire, puisque cette dernière habite à plus de deux heures de route et n’avait pas été avisée au moment où on lui a donné son congé.

En panique, Mme Therien a contacté les policiers de Saint-Jean-sur-Richelieu, qui ont entrepris des démarches pour la retrouver. Ceux-ci ont confirmé les informations précédentes au Devoir vendredi. C’est finalement une connaissance qui l’a contactée le lendemain : sa fille était à Saint-Jérôme. Elle était complètement intoxiquée au crack et au fentanyl, au point où « elle a perdu connaissance et avait le cou raide », indique sa mère.

Le CISSS de la Montérégie-Centre, dont fait partie l’hôpital du Haut-Richelieu, n’a pas voulu répondre aux questions du Devoir sur les soins qui ont été donnés à Annick, et ce, même si celle-ci avait signé une autorisation donnant à la journaliste accès à son dossier médical. La réponse obtenue se limite aux interventions générales faites auprès des personnes à risque suicidaire. « En contexte hospitalier, le niveau de risque est notamment évalué par le médecin. Si l’évaluation permet un congé, un suivi ou l’orientation vers des ressources sont systématiquement offerts en fonction des besoins de la personne et de son consentement », indique le bureau des communications.

Un sevrage sans aide

 

Dimanche, France Therien a ramené sa fille chez elle, où elle a entrepris de la mettre en sevrage. Depuis, elle tente de trouver de l’aide. « Les hôpitaux ne la prennent plus, je ne suis pas capable de trouver une place en thérapie tant qu’elle n’a pas fait son sevrage. J’appelle partout, je passe mon temps au téléphone, mais on me renvoie toujours d’une place à l’autre, ce n’est jamais le bon code postal. Ou bien ça prend tel papier, telle carte, ses preuves de vaccination… Mais elle est itinérante, elle n’a aucun papier. »

Le sevrage est difficile. Les nuits sont courtes. « Elle tremble, je change les draps tout le temps, car ils sont tout mouillés. Ce n’est pas la première fois que je lui fais faire un sevrage, je sais qu’elle va devenir agressive quand elle va vouloir de la drogue. Elle veut s’en sortir, elle pleure, mais la consommation est plus forte. »

Vendredi matin, Mme Therien a ramené sa fille dans un autre hôpital. « Le sevrage est trop difficile sans médicaments », indique-t-elle. Elle avait déjà vu ça venir, deux jours plus tôt, lors de l’entrevue avec Le Devoir. « Si ça ne va pas, je vais appeler l’ambulance, et le cycle va recommencer… »

Besoin d’aide ?

Si vous pensez au suicide ou vous inquiétez pour un proche, des intervenants sont disponibles pour vous aider, partout au Québec, en tout temps.

Téléphone : 1 866 APPELLE (1 866 277-3553)

Texto : 535353

Clavardage, informations et outils : www.suicide.ca



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