Changer de cap, ou l’appel d’une nouvelle carrière

Charles-Édouard Carrier
Collaboration spéciale
Parmi les travailleurs qui ont changé de carrière pendant la pandémie, certains se questionnent aujourd’hui sur le choix qu’ils ont fait, souligne la présidente de l’OCCOQ.
Delphine Bérubé Parmi les travailleurs qui ont changé de carrière pendant la pandémie, certains se questionnent aujourd’hui sur le choix qu’ils ont fait, souligne la présidente de l’OCCOQ.

Ce texte fait partie du cahier spécial Métiers, professions et carrières

La pandémie a forcé bien des gens à revoir leur rapport au travail. Fallait-il profiter de ce grand bouleversement pour revoir son occupation professionnelle ? Où en sont ceux qui ont plongé vers l’inconnu ? Aujourd’hui, est-il trop tard pour le faire ?

Le télétravail, des secteurs d’activités complets mis à l’arrêt, des pertes d’emplois nombreuses ; ces changements ont stimulé une réflexion sur notre rapport au travail et nos choix professionnels. Ce n’est pas tout le monde qui a changé d’emploi, mais la remise en question a bel et bien existé. Et pour ceux qui ont fait le grand saut, tout n’est pas rose dans cette réalité post-pandémie, comme l’explique Josée Landry, présidente de l’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation du Québec(OCCOQ) : « Parmi ceux qui ont changé de carrière pendant la pandémie, certains se questionnent aujourd’hui sur le choix qu’ils ont fait. C’était une période très particulière et inédite. Et selon la façon dont ona fait ce changement de carrière, parfois de manière précipitée ou avec de grandes attentes, il est possible d’envisager maintenant de se réorienter à nouveau. »

Deuil, séparation, perte d’emploi ou… pandémie sont des moments où certaines décisions se prennent dans l’urgence, sans qu’on se soit posé toutes les questions. « Durant les situations bouleversantes de notre vie, ce n’est peut-être pas le meilleur moment pour prendre une décision aussi importante », met en garde Mme Landry.

Un processus réfléchi

 

Pour mener à bien une réorientation de carrière, il ne faut surtout pas chercher de recette universelle. Le virage est différent pour chaque personne et c’est à chacun de diriger sa réflexion, prévient la présidente. « On vient nous voir avec un besoin, le sentiment de vouloir changer quelque chose sur le plan professionnel. Notre rôle, c’est d’évaluer la personne, de comprendre ce qui se passe et de trouver la source d’insatisfaction au travail. Nous l’accompagnons pour l’aider à mieux se connaître et prendre une décision éclairée, dit-elle. Il faut avant tout définir un projet qui a du sens pour la personne, son entourage et sa famille. Parce qu’un changement de carrière réussi a des impacts positifs sur tous ces gens. »

Le sentiment de la cage dorée, comme l’appelle Ariane Krol dans son Manuel d’évasion pour prisonniers d’une cage dorée, est souvent un déclencheur de la réflexion. Autrement dit, malgré des conditions de travail enviables, le désir de faire autre chose est là, mais on ne sait pas comment en sortir. « Il y a le sentiment d’être prisonnier, c’est vrai, mais ce n’est pas toujours le cas. Il y a l’ennui, la sensation de tourner en rond sans savoir quoi faire d’autre, une impression de vide, un manque de motivation. Puis s’ajoutent les sentiments de s’être endormi, d’avoir perdu de l’intérêt même dans sa vie personnelle », poursuit Josée Landry.

Avec 254 475 postes à pourvoir au Québec (au deuxième trimestre de 2022, selon Statistique Canada), la situation de pénurie de main-d’oeuvre dans laquelle se trouve la province crée des occasions pour celui ou celle qui envisage un changement de carrière. « C’est un bon moment, mais ça ne veut pas dire qu’il faut aller dans n’importe quelle direction. Peu importe le contexte, ça prend du temps et il faut bien y réfléchir », rappelle la présidente.

Contextualiser le choix de carrière

 

Accepter d’avoir fait un mauvais choix qui, des années plus tard, nous force à revenir à la case départ ? Faireune croix sur un emploi qui ne convientplus ? La présidente de l’OCCOQ propose d’aborder la question beaucoup plus sereinement et faire d’emblée la paix avec le passé. Comment s’en vouloir de ne pas avoir opté pourun emploi dans les hautes technologies si, au moment où on devait choisir un programme d’études, les téléphones intelligents, les GPS, la domotique et la voiture autonome n’existaient pas ? Avec les années, le monde change et notre situation personnelle aussi.

« On ne peut pas regretter aujourd’hui une décision qui a été prise dans un tout autre contexte. Il faut se rappeler que les choix professionnels sont faits avec les informations que l’on possède au moment de prendre la décision, dans une situation donnée. Le monde du travail se transforme, notre vie personnelle évolue, l’économie fluctue. Et nos valeurs peuvent changer elles aussi. Sans compter que de nouvelles rencontres nourrissent de nouveaux intérêts, de nouvelles expériences », énumère Mme Landry.

Sur un ton encourageant, la conseillère d’orientation invite les gens à se donner le droit de vouloir vivre d’autres expériences, peu importe leur âge, en prenant soin d’être bien accompagnés et en optant pour des projets réalistes. Cette transition de carrière, malgré les angoisses qu’elle peut amener, marque la fin d’une étape, mais aussi le début d’un tout nouveau chapitre. Et une page blanche qui laisse la place à un monde de possibilités.


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