Des refuges pour personnes itinérantes déjà bondés à Montréal

En 2018, le dénombrement mené à Montréal a permis de constater une hausse de plus de 8% du nombre d’itinérants «visibles» dans les rues, pour un total de 3149. Une estimation qui pourrait gonfler au terme du nouveau dénombrement qui aura lieu mardi, dont les résultats seront connus à l’automne 2023.
Photo: Julien Cadena Le Devoir En 2018, le dénombrement mené à Montréal a permis de constater une hausse de plus de 8% du nombre d’itinérants «visibles» dans les rues, pour un total de 3149. Une estimation qui pourrait gonfler au terme du nouveau dénombrement qui aura lieu mardi, dont les résultats seront connus à l’automne 2023.

Des refuges pour personnes en situation d’itinérance « sont déjà à pleine capacité » à Montréal, où un dénombrement prévu ce mardi soir devrait confirmer une hausse du nombre de sans-abri dans la métropole, de l’avis de plusieurs organismes, qui appréhendent l’arrivée de l’hiver.

Pas moins de 1200 bénévoles recrutés par le réseau de la santé sillonneront pendant plus de trois heures les rues des 19 arrondissements de la métropole mardi dans le cadre de la troisième édition du dénombrement des personnes en situation d’itinérance, qui se tient à l’échelle provinciale. Ces volontaires poseront des questions à toutes les personnes qu’ils rencontreront, en plus d’effectuer mercredi une tournée des ressources d’hébergement et des hôpitaux, entre autres.

« On le fait parce qu’on a besoin des chiffres, du portrait le plus exact possible de l’itinérance » afin d’adapter les services qui sont offerts aux sans-abri en conséquence, indique au Devoir le conseiller aux communications du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, Danny Raymond. Ce dernier reconnaît cependant que cet exercice, qui devait initialement se tenir en 2021, ne propose « qu’un cliché très circonscrit de la situation » de l’itinérance, qui est en bonne partie invisible.

La méthodologie ne fait d’ailleurs pas l’unanimité. « Au-delà de compter les gens, [les bénévoles] ont tous une série de questions extrêmement intrusives à poser aux personnes qu’elles vont rencontrer ce soir-là », déplore la directrice générale du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), Annie Savage. « C’est une approche en soi qui ne passe pas le test de l’éthique », selon elle.

Le portrait n’est pas plus positif qu’il ne l’était l’hiver passé.

 

N’empêche, en 2018, le dénombrement mené à Montréal a permis de constater une hausse de plus de 8 % du nombre d’itinérants « visibles » dans les rues de la métropole, pour un total de 3149. Une estimation qui pourrait bien gonfler au terme du nouveau dénombrement qui aura lieu mardi, dont les résultats seront connus à l’automne 2023.

« On est déjà à pleine capacité », confirme la directrice des communications de la Mission Old Brewery, Marie-Pier Therrien. Pourtant, de nombreuses places d’accueil créées l’hiver dernier ont été pérennisées cette année afin de sortir du concept de ressources d’urgence mises en place seulement pendant la saison froide. Résultat : on compte déjà quelque 1500 lits réservés aux sans-abri, soit environ autant que le nombre atteint l’hiver dernier. La fermeture de plusieurs ressources qui avaient vu le jour temporairement dans des hôtels a notamment été compensée par la création d’un lieu d’hébergement au sein de l’ancien hôpital Hôtel-Dieu de Montréal, où un service d’aide à la transition vers un logement est d’ailleurs offert.

« La pandémie a démontré que les mesures hivernales ou saisonnières n’étaient pas quelque chose qui fonctionnait. On a pu convaincre les instances d’arrêter d’augmenter nos services pendant les périodes de grand froid » afin de miser plutôt sur une stabilité des ressources disponibles toute l’année, explique le président-directeur général de la Mission Bon Accueil, Samuel Watts.

Hausse des besoins

 

Plusieurs appréhensions demeurent cependant au moment où — à défaut d’avoir des données à jour — de nombreux signes laissent croire à une hausse du nombre de sans-abri à Montréal. « On a eu beaucoup de campements cet été », constate Mme Therrien, qui estime que l’inflation et la crise du logement poussent un nombre grandissant de Montréalais à la rue. Ceux-ci sont d’ailleurs de plus en plus jeunes, et des problèmes de santé mentale sont souvent notés, relève-t-elle. « L’itinérance cachée est très présente aussi », note-t-elle.

Ainsi, à l’approche de l’hiver, « le plus gros problème, c’est encore le manque d’espace » pour accueillir les sans-abri, soupire Marina Boulos-Winton, la directrice de la maison Chez Doris, qui héberge de nombreuses femmes en situation d’itinérance. Le mois dernier, l’organisme a inauguré un nouveau refuge de nuit disposant de 24 lits. Le premier soir, « il y a eu 22 refus », faute de pouvoir répondre à une demande plus grande que l’offre disponible, en particulier dans les ressources destinées aux femmes sans abri.

« Tout le monde reconnaît qu’il manque des places », relève aussi la directrice générale du RAPSIM, Annie Savage. Celle-ci note d’ailleurs qu’un « flou » persiste entre le nombre de lits disponibles pour tous les sans-abri et ceux destinés aux personnes qui sont prêtes — et admissibles — à prendre part à un programme de transition vers un logement permanent, ce qui n’est pas le cas de l’ensemble d’entre elles.

« Le portrait n’est pas plus positif qu’il ne l’était l’hiver passé », tranche ainsi Mme Savage, en ce qui concerne les mesures en place pour aider les itinérants à affronter la saison froide. L’hiver dernier, le décès de personnes en situation d’itinérance dans les rues de la métropole pendant des périodes de grand froid a ébranlé de nombreux Montréalais.

Le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal assure pour sa part que « des mesures hivernales bien précises » en itinérance seront annoncées « dans les prochains jours ». Celles-ci feront partie d’un plan d’action quinquennal qui est actuellement dans ses derniers préparatifs, indique le porte-parole Danny Raymond.

À voir en vidéo