Les voisins de l’ambassade russe au Canada votent pour son annexion

«Ça a commencé comme une plaisanterie, raconte Angela Kalyta au sujet du vote d’annexion de l’ambassade. La blague est que ce vote n’a aucun impact. Comme les votes des référendums en Ukraine.»
Photo: Boris Proulx Le Devoir «Ça a commencé comme une plaisanterie, raconte Angela Kalyta au sujet du vote d’annexion de l’ambassade. La blague est que ce vote n’a aucun impact. Comme les votes des référendums en Ukraine.»

La Russie devrait être renvoyée de son ambassade d’Ottawa, conclut le résultat d’un vote bidon tenu dans le voisinage de l’édifice afin de se moquer des prétendus référendums organisés par le Kremlin dans les territoires occupés par les forces russes en Ukraine.

« Ça, c’est pour [le président ukrainien] Zelensky », lâche Kebir Alcime en déposant son bulletin dans l’urne installée sur le trottoir devant l’ambassade russe sur laquelle il est écrit « annexion de l’ambassade ».

La scène a été immortalisée par une vidéo devenue virale et relayée des milliers de fois sur Twitter. Depuis mercredi, la manifestation qui se tient quotidiennement devant les bureaux diplomatiques de la Fédération de Russie a pris les airs d’un vote populaire truqué sur le destin de l’austère bâtiment.

« Êtes-vous pour l’annexion de la propriété du 285, rue Charlotte, Ottawa, Canada ? » peut-on lire sur les bulletins, dont le choix de réponses est seulement « Oui » en différentes langues.

Sans surprise, le Oui a été majoritaire lors du dépouillement de vendredi. Le résultat affiché est de 106 %. Il n’y aura pas de second dépouillement.

Vote ouvertement truqué

 

« Notre référendum est partout sur [le média social] Telegram, partout sur le Telegram russe. Il a même passé aux nouvelles dans certains pays ! » soutient en entrevue au Devoir l’une de ses organisatrices, Angela Kalyta.

La femme de 36 ans, dont la grand-mère a immigré d’Ukraine, fait partie d’un petit groupe de manifestants qui se réunit tous les jours de la semaine devant l’ambassade russe. Les opposants à la guerre en Ukraine s’y donnent rendez-vous en fin d’après-midi afin que leurs drapeaux et leurs slogans soient remarqués par les diplomates à leur sortie du travail.

« Ça a commencé comme une plaisanterie, raconte Mme Kalyta au sujet du vote d’annexion de l’ambassade. La blague est que ce vote n’a aucun impact. Comme les votes des référendums en Ukraine. »

Le bulletin, dessiné pour ressembler à celui produit par les Russes dans les territoires ukrainiens, porte l’en-tête du « Gouvernement populaire de la République de Côte-de-Sable », le quartier de la capitale fédérale où se trouve l’ambassade. Il précise qu’il est possible de voter plusieurs fois, et que « les résultats seront ajustés pour refléter le résultat désiré ».

Vendredi dernier, la Russie a officialisé l’annexion de quatre territoires ukrainiens occupés où elle a organisé de prétendus référendums en pleine zone de guerre. Cette nouvelle escalade dans le conflit a été dénoncée par plusieurs pays, dont le Canada, au moment où la Russie brandit la menace de l’utilisation de l’arme nucléaire.

Tensions avec les diplomates

 

Les manifestants rencontrés par Le Devoir parmi la vingtaine présents vendredi devant l’ambassade russe à Ottawa se disaient encouragés par les récentes avancées de l’Ukraine, après des mois de cette guerre d’invasion menée par la Russie. Ils ont récemment pris l’habitude de lire la liste de noms des enfants qui ont perdu la vie dans le conflit publiée quotidiennement par le gouvernement ukrainien.

« C’est toujours triste de voir chaque jour, chaque semaine un autre événement qui arrive. Mais cette initiative de faire un référendum, ça nous a réunis [les manifestants] », explique Fred May, avec en main un bâton de hockey pour enfant aux couleurs de l’Ukraine.

Leur ténacité à manifester devant les barrières de l’ambassade a toutefois conduit à plusieurs accrochages avec des diplomates russes. Ces derniers auraient par exemple fait appel à la police en alléguant que leurs voitures ont été endommagées.

En août, des individus au volant d’une voiture munie d’une plaque d’immatriculation diplomatique ont volé un vélo aux couleurs de l’Ukraine installé par les manifestants devant l’ambassade russe et ont peint sur la chaussée un « Z », symbole de l’appui aux forces d’invasion russes. Les manifestants affirment que cette même voiture, filmée par des caméras de surveillance, a été aperçue dans le stationnement de l’ambassade.

En septembre, l’ambassade russe a affirmé qu’un individu avait attaqué son édifice d’Ottawa. Elle a publié une vidéo d’une caméra de surveillance datée du 12 septembre qui semble montrer un individu lancer un cocktail Molotov sur le bâtiment. « Il ne fait de toute évidence pas partie de notre petit groupe. Nous suivons les lois, et nous ne sommes pas ici pour agresser qui que ce soit », assure Angela Kalyta.

Elle relate toutefois les réactions très diverses d’un diplomate à l’autre : certains lancent des insultes ou de la propagande, d’autres, des blagues.

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