Regards sur le toit du monde

Woman watering moon, Germaine Arnaktauyok, 2003.
Photo: Woman watering moon, Germaine Arnaktauyok, 2003.

Bien qu'Inuite, Germaine Arnaktauyok n'a pas choisi la sculpture pour s'exprimer. Et si ses peintures et gravures parlent de son peuple — ses légendes, son environnement, son mode de vie —, c'est avec une maîtrise technique et un rythme graphique qui les fait résolument plonger dans la modernité. Il y a dans la rétrospective présentée à la Guilde canadienne des métiers d'art de quoi décoiffer sérieusement les préjugés entourant l'art inuit.

Germaine Arnaktauyok est née près d'Igloolik, dans les anciens Territoires du Nord-Ouest, où elle vend sa première toile à l'âge de 11 ans. Son talent la fait remarquer de ses professeurs, qui l'encouragent à étudier les beaux-arts à Winnipeg. Elle y ajoutera, à Ottawa, une formation en design technique. À partir de cette base, c'est avec le temps, explique-t-elle, qu'elle a développé le style qui rend ses oeuvres si personnelles. «Quand on est plus jeune, même sans le vouloir, on reste influencé par ses professeurs. C'est plus tard qu'on arrive à découvrir sa propre identité et à l'exprimer.»

Aujourd'hui, à 58 ans, Arnaktauyok est une artiste renommée: certaines de ses oeuvres se retrouvent même aux Nations unies, à New York, et quand Ottawa a voulu illustrer sur la pièce de 2 $ la naissance du Nunavut, c'est à elle qu'on a fait appel. Pourtant, rares sont les Québécois qui connaissent son travail.

«Dans le domaine, les collectionneurs sont étrangers», confirme la directrice de la Guilde canadienne des métiers d'art, Diane Labelle. «Ici, l'art inuit est victime de préjugés parce qu'il a été extrêmement galvaudé.» Dans l'esprit du grand public, l'art inuit se résume malheureusement aux sculptures de pierre à savon vendues dans les boutiques pour touristes...

La forme et le fond

C'est un peu pour casser cette image que l'organisme a réuni 32 oeuvres de Germaine Arnaktauyok — toutes des originaux — dans sa galerie-boutique de la rue Sherbrooke, à Montréal.

Certains examineront avec intérêt l'évolution des techniques utilisées dans ces tableaux entre 1993 et aujourd'hui. D'autres seront séduits par le rythme graphique de certains tableaux plus dépouillés, où les objets usuels — kayaks, bottes — deviennent de simples formes avec lesquelles l'artiste semble jongler. Tous, enfin, apprécieront de découvrir l'Arctique qui est présent dans chaque oeuvre: sa lumière particulière, ses espaces infinis, sa faune et, surtout, ses gens. Germaine Arnaktauyok puise sont inspiration dans la vie des Inuits, créant parfois des oeuvres quasi anthropologiques qui illustrent les techniques de chasse traditionnelles ou les tatouages dont s'ornaient les mains des femmes, et interprétant parfois les légendes de son peuple. La déesse de la mer, Sedna, est ainsi l'objet de touchants portraits féminins. Un autre tableau, plus récent, montre l'esprit de la Lune venant en aide à une femme désireuse d'avoir un enfant.

«C'est naturel pour moi de traiter de ces sujets: c'est ce que je suis», explique Germaine Arnaktauyok, qui hausse les épaules à l'idée d'être présentée comme ambassadrice de la culture inuite. Son travail, à la fois du Nord et du Sud, traditionnel et contemporain, est cependant de ceux qui rapprochent deux solitudes.

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Germaine Arnaktauyok

Un rendez-vous unique

Guilde canadienne des métiers d'art

1460, rue Sherbrooke Ouest , Bureau B

Montréal

Jusqu'au 16 avril, (514) 849-6091

www.canadianguild.com

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