Le défilé de Fierté Montréal a été annulé en raison d’un malentendu

En dépit de l’annulation de l’événement, les participants se sont réunis sur l’esplanade du Parc olympique.
Valérian Mazataud Le Devoir En dépit de l’annulation de l’événement, les participants se sont réunis sur l’esplanade du Parc olympique.

Le défilé de Fierté Montréal a été annulé à la dernière minute en août dernier sur la base d’un malentendu, apprend-on dans un rapport externe rendu public mercredi. L’enquête pointe également des difficultés de recrutement, une gouvernance fragilisée et, surtout, un manque de communication au sein de l’organisation.

Embauché pour faire la lumière sur les circonstances entourant l’annulation du défilé, l’ancien président du conseil d’administration de la Société de transport de Montréal (STM) Philippe Schnobb conclut que la haute direction de Fierté Montréal a été mise devant un fait accompli le matin du 7 août 2022, et que la décision d’annuler le défilé ne venait pas d’elle.

Ce serait plutôt une conversation entre deux personnes impliquées dans l’organisation qui en serait à l’origine. En constatant, peu avant 8 h, que les agents d’accueil nécessaires pour assurer la sécurité de l’événement n’avaient pas été embauchés, l’une d’elles aurait conclu à tort que le défilé ne pouvait pas avoir lieu. Elle annonce alors à l’externe que l’événement est annulé, sans que le directeur général l’ait confirmé.

Ce dernier, Simon Gamache, n’était alors pas sur place. Au téléphone, il donne plutôt la consigne à l’organisation de rester en attente, mais la nouvelle s’est déjà ébruitée. À son arrivée sur le site, moins d’une heure plus tard, les bénévoles sont en train de rebrousser chemin. Les policiers ont aussi entendu dire que le défilé était annulé et viennent de se démobiliser. Le d.g. de Fierté Montréal dit alors n’avoir eu d’autre choix que de confirmer la nouvelle.

Le rapport de l’ancien président du CA de la STM valide ainsi la thèse voulant qu’un quiproquo soit l’origine de la décision de Fierté Montréal, tout en prenant bien soin de souligner que le directeur général « est également imputable des actions ou inactions de ses subalternes ».

Car il n’en demeure pas moins qu’à la fin, l’organisation a bel et bien omis d’embaucher 96 personnes pour assurer la sécurité du défilé. Pour expliquer cet oubli, Philippe Schnobb indique que la personne responsable du recrutement a été licenciée à peine sept semaines avant l’événement. Son successeur est ensuite parti en congé maladie. La tâche de recruter les bénévoles incombait donc à plusieurs personnes déjà débordées par leurs fonctions respectives.

Problèmes de gouvernance

 

Pour l’avenir, le rapport recommande à Fierté Montréal d’embaucher du personnel rémunéré plutôt que des bénévoles pour assurer la sécurité de l’événement. Mais surtout, on stipule que l’organisation devrait procéder à une refonte complète de ses instances. « L’assemblée générale des membres compte moins de 20 personnes, ce qui me semble inadéquat pour assurer une saine gouvernance. Dans un deuxième temps, il faut professionnaliser le conseil d’administration », écrit Philippe Schnobb.

Il remarque également que l’organisation a été déstabilisée par de nombreux départs ces dernières années. En 2020, le président fondateur du festival, Éric Pineault, avait notamment dû être écarté à la suite d’allégations de nature sexuelle. Cette même année, le défilé n’avait pas pu avoir lieu à cause de la pandémie, et l’édition 2021 avait été bien plus modeste pour la même raison.

L’année 2022 devait donc signer le retour à la normale. Or, l’annulation de l’événement phare du festival le matin même a été vécue comme une onde de choc. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, avait dès lors insisté pour que lumière soit faite. Mercredi, elle a salué par communiqué le rapport de Philippe Schnobb. « C’était essentiel pour notre administration de nous assurer que Fierté Montréal dispose de tous les outils nécessaires pour assurer le succès des prochains défilés », a-t-elle fait valoir.

Fierté Montréal a également dit par communiqué avoir pris connaissance des conclusions de l’enquête. Son directeur général, Simon Gamache, a également réitéré son intérêt de rester en poste et de participer à la refonte.

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