Un nombre record d’Ontariens ont déménagé au Québec

Les motivations des Ontariens ayant quitté la province depuis le début de la pandémie contrastent avec celles qu’avaient les migrants interprovinciaux d’autrefois.
Graham Hughes La Presse canadienne Les motivations des Ontariens ayant quitté la province depuis le début de la pandémie contrastent avec celles qu’avaient les migrants interprovinciaux d’autrefois.

Quelque 7085 Ontariens ont déménagé au Québec lors du deuxième trimestre de 2022, le nombre le plus élevé observé en un seul trimestre depuis 32 ans. Ce mouvement de population s’inscrit dans une tendance nationale de mobilité interprovinciale et, plus largement, dans une vague de migration des Ontariens.

L’Ontario, la plus populeuse des provinces canadiennes, a perdu plus de 21 000 résidents au profit du reste du Canada lors du deuxième trimestre de 2022, d’après des données publiées par Statistique Canada. Cette perte est surtout due aux déplacements vers l’Alberta et les Maritimes, mais, lors de cette période, l’Ontario a également présenté un solde migratoire négatif avec le Québec.

Le solde migratoire du Québec pour ce trimestre était positif et a atteint 528, le nombre le plus élevé observé depuis 2003.

 

En 2021-2022, le solde migratoire entre l’Ontario et le Québec était de 172 pour l’Ontario, soit le nombre le plus faible pour une période allant du 1er juillet au 30 juin depuis le début des années 1970, soit depuis que Statistique Canada recueille ces données.

Les destinations de ces Ontariens ayant déménagé au Québec ne sont pas encore connues. Mais d’après Patrick Charbonneau, démographe chez Statistique Canada, la répartition régionale de ces migrants reste semblable au fil des ans : un peu plus de la moitié d’entre eux déménagent dans la région métropolitaine de Montréal ; 28 %, dans la partie québécoise de la région d’Ottawa-Gatineau ; et le reste, un peu partout dans la province.

La pandémie a modifié à plusieurs égards les mouvements migratoires entre l’Ontario et le Québec. D’une part, la crise sanitaire a retardé des déménagements déjà prévus. Les récentes données peuvent ainsi refléter un certain rattrapage, indique Patrick Charbonneau. D’autre part, le télétravail a gagné des adeptes depuis l’hiver 2020, et il permet à des Ontariens de conserver leur emploi tout en habitant dans une province où il est possible de trouver un logis plus abordable.

« Le prix des maisons et des logements est excessivement élevé en Ontario », rappelle Sébastien Labrecque, économiste en chef de l’Institut de politique publique StrategyCorp. D’après l’Association canadienne de l’immobilier, une maison coûtait en moyenne 829 739 $ en Ontario en août dernier, contre 484 070 $ au Québec. Selon l’économiste, les migrants interprovinciaux ontariens, déjà habitués à la surenchère immobilière, ont aussi emporté leur manière de faire dans leurs valises : en Nouvelle-Écosse, notamment, le prix des maisons a augmenté de manière importante entre 2019 et 2022.

Les motivations des Ontariens ayant quitté la province depuis le début de la pandémie contrastent avec celles qu’avaient les migrants interprovinciaux d’autrefois, relève aussi M. Labrecque. Ils déménageaient alors vers des provinces très productrices à la recherche de perspectives d’emploi, et vers des endroits urbains plutôt que ruraux ; c’est le phénomène inverse qui est observé depuis 2019.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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