Plaidoyer pour une stratégie climatique «ambitieuse»

Pour les étudiants, qui représentaient la vaste majorité des manifestants présents au départ de la manifestation, au pied du mont Royal, les gouvernements ne sont toujours pas à l’écoute de leur message, malgré plusieurs manifestations à saveur climatique au cours des dernières années.
Jacques Nadeau Le Devoir Pour les étudiants, qui représentaient la vaste majorité des manifestants présents au départ de la manifestation, au pied du mont Royal, les gouvernements ne sont toujours pas à l’écoute de leur message, malgré plusieurs manifestations à saveur climatique au cours des dernières années.

Les partis politiques qui aspirent à diriger le Québec après les prochaines élections doivent impérativement faire preuve de « courage » en matière de lutte contre la crise climatique, ont plaidé vendredi des milliers de manifestants qui ont défilé à Montréal. Ils ont d’ailleurs hué les représentants de la Coalition avenir Québec (CAQ) qui ont tenté de prendre part à la manifestation, tout en réservant un accueil très enthousiaste à ceux de Québec solidaire (QS).

« Tous les partis doivent en faire plus. On s’attend à ce qu’ils aient tous le courage de s’attaquer au coeur du problème. On doit accepter le fait que si on veut se diriger vers un monde carboneutre, comme l’exige la science climatique pour limiter le réchauffement à un seuil viable, nous devrons vivre dans un monde qui se sera complètement sevré du pétrole et du gaz au Québec », a fait valoir François Geoffroy, un des porte-parole de l’organisation de cette mobilisation.

Quelque 146 000 étudiants et 15 000 travailleurs ont déclenché une grève d’une journée à l’occasion de cette mobilisation. Ils exigent la fin de l’utilisation du pétrole et du gaz naturel au Québec dès 2030 et davantage d’investissements dans les programmes sociaux, en soutien aux citoyens « vulnérables » aux impacts de la crise climatique. « C’est une demande extrêmement ambitieuse, a reconnu M. Geoffroy. Mais l’alternative fait trop peur pour l’imaginer. Oui, les changements seront difficiles, mais l’alternative sera épouvantable. »

Caquistes hués

 

En pleine campagne électorale, des candidats libéraux, péquistes et solidaires ont pris part à la manifestation, qui a réuni 15 000 personnes selon les organisateurs. Le ministre sortant de l’Environnement, Benoit Charette, a pour sa part tenté de s’y joindre, accompagné notamment de ses collègues Pierre Fitzgibbon et Chantal Rouleau.

Hué, il a finalement quitté les lieux entouré par plusieurs gardes du corps et des policiers du Service de police de la Ville de Montréal. Avant son départ, M. Charette n’a pas voulu dire s’il appuyait les revendications de la coalition, mentionnant plutôt que les positions des caquistes « rejoignent » celles défendues par les manifestants. Sur Twitter, il a par la suite affirmé avoir été victime de « violence » et d’« intimidation » à la manifestation.

Chaleureusement accueilli, le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, n’a pas été surpris de l’accueil réservé par des manifestants pour le climat aux candidats de la CAQ. L’aspirant premier ministre n’a pas voulu dire s’il était mérité ou non. « Ce n’est pas à moi à dire qui est bienvenu ou pas dans la manifestation parce que je ne l’ai pas organisée », a-t-il affirmé. « Mais, moi, je comprends les jeunes de ne pas s’être sentis écoutés par François Legault. Je comprends les jeunes qui se rendent compte que ce politicien-là ne s’intéresse pas à l’avenir, ne s’intéresse pas aux changements climatiques », a-t-il ajouté.

Même si le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a souvent dit que son plan climat et celui de M. Nadeau-Dubois se ressemblaient, c’est le plan de QS qui a semblé charmer la foule, vendredi. Alors que les manifestants s’assemblaient autour des banderoles du contingent solidaire, la troupe péquiste, moins forte en nombre, a attiré très peu de curieux.

Lorsqu’on lui a demandé si elle appuyait la revendication des marcheurs de taxer les grandes richesses, la cheffe libérale Dominique Anglade a souligné qu’elle promet d’augmenter les impôts pour les « très riches » qui gagnent plus de 300 000 $ par année. « On veut aller chercher de l’argent dans les paradis fiscaux » et faire « contribuer davantage » les banques, a-t-elle ajouté.

D’un pas rapide, Mme Anglade s’est jointe aux manifestants qui descendaient l’avenue du Parc. Plusieurs jeunes militants pour l’environnement se sont empressés de demander à la cheffe libérale de prendre une photo avec eux. Quelques groupes ont toutefois hué la cheffe libérale en l’apercevant. « Non à la récupération politique », a lancé une femme.

« Injustice »

Pour les étudiants, qui représentaient la vaste majorité des manifestants présents au départ de la manifestation, au pied du mont Royal, les gouvernements ne sont toujours pas à l’écoute de leur message, malgré plusieurs manifestations à saveur climatique au cours des dernières années.

« Nous sommes en train d’étudier pour vivre dans un monde qui sera profondément transformé par la crise climatique. C’est une injustice intergénérationnelle et c’est une mode de parler à la jeunesse. Mais que font les partis concrètement ? C’est ce qu’on veut voir », a fait valoir Amélie Beaulé, étudiante au cégep Saint-Laurent.

« Nous n’avons pas le temps d’attendre. Il faut que ce soit une priorité pour le prochain gouvernement », a pour sa part fait valoir Véronique Laflamme, porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain. « Il faut taxer la richesse pour réinvestir dans les programmes sociaux et publics. Il le faut pour s’attaquer aux inégalités sociales, qui risquent de s’accroître avec la crise climatique », a-t-elle ajouté.

Avec Florence Morin-Martel,
François Carabin et Marco Bélair-Cirino

Le pétrole bien présent au Québec

Pour le moment, le Québec est loin de faire le nécessaire pour lutter contre la crise climatique et se préparer à ses impacts. Le parc de véhicules personnels à essence continue de croître, principalement en s’appuyant sur des véhicules plus imposants, et les Québécois consomment quotidiennement environ 360 000 barils de pétrole, soit plus de 130 millions de barils par année. En ce qui a trait aux émissions de gaz à effet de serre, elles ont reculé d’à peine 2,7 % depuis 1990, selon le plus récent bilan disponible, soit celui de 2019. Et même si le gouvernement Legault a souvent fait valoir que les émissions par habitant du Québec sont les plus faibles en Amérique du Nord, elles s’élèvent tout de même à 9,9 tonnes par habitant, par année. C’est plus du double de la moyenne mondiale. Les experts du climat estiment en outre que pour respecter l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris, soit limiter les dérèglements du climat à +1,5 °C, il faudrait les plafonner à deux tonnes, au maximum.



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