Faire croître sa PME avec un vent de face

Jean-François Venne
Collaboration spéciale
La pénurie de main-d’oeuvre représente à elle seule un défi majeur. Beaucoup d’entreprises se plaignent de devoir refuser des commandes ou en retarder l’exécution parce qu’elles manquent de ressources humaines.
iStock La pénurie de main-d’oeuvre représente à elle seule un défi majeur. Beaucoup d’entreprises se plaignent de devoir refuser des commandes ou en retarder l’exécution parce qu’elles manquent de ressources humaines.

Ce texte fait partie du cahier spécial Défis des entreprises

Les dirigeants de PME naviguent actuellement dans un contexte agité et brumeux, qui complique grandement leurs prises de décisions. Ceux qui souhaitent malgré tout accélérer la cadence et poursuivre leur croissance font face à de nombreux dilemmes. La remontée des taux d’intérêt et l’inflation, les hoquets répétitifs des chaînes d’approvisionnement, l’adaptation des milieux de travail aux exigences postpandémiques et le manque de ressources humaines donnent en effet des maux de tête aux entrepreneurs qui rêvent de croissance.

L’incertitude généralisée représente le plus gros facteur de risque pour les PME, explique Me Étienne Brassard, associé et avocat en droit des affaires au cabinet Lavery. Les entreprises aiment la prévisibilité. Mais actuellement, la guerre en Ukraine, l’inflation, l’augmentation des taux d’intérêt, la pénurie de main-d’oeuvre et les problèmes d’approvisionnement créent un contexte inédit et difficile à lire. »

En effet, le monde a bien changé en deux ans et demi. Cela pose une multitude de nouveaux défis aux dirigeants de PME. L’inflation impose une pression à la hausse sur les coûts de production. En juillet 2022, l’indice des prix à la consommation (IPC) avait progressé de 7,6 % par rapport à la dernière année. L’inflation moyenne n’avait pas franchi la barre des 3 % au Canada depuis 30 ans avant d’amorcer son envolée en 2021. Quant aux salaires, selon la moyenne canadienne, ils ont augmenté de 5,2 % sur un an.

« On vit une période inflationniste et le plein-emploi, mais en même temps on redoute une récession, souligne Me Brassard. On ne trouve vraiment pas beaucoup de précédents similaires sur lesquels les entrepreneurs pourraient se baser pour prendre leurs décisions. »

Virages stratégiques

 

La pénurie de main-d’oeuvre représente à elle seule un défi majeur. Beaucoup d’entreprises se plaignent de devoir refuser des commandes ou en retarder l’exécution parce qu’elles manquent de ressources humaines. C’est vraiment un frein à la croissance. Les chaînes d’approvisionnement constituent une autre inquiétude. La pandémie et la guerre en Ukraine, notamment, ont mis à mal les chaînes d’approvisionnement très délocalisées qui étaient devenues la norme. Avant, les entrepreneurs regardaient surtout les dépenses liées à l’approvisionnement. Dorénavant, ils doivent analyser leur résilience, parce qu’un produit peu coûteux qui n’arrive pas, ce n’est pas très utile.

La pénurie de main-d’oeuvre et les problèmes d’approvisionnement peuvent amener les PME à considérer de nouvelles stratégies. « Certaines d’entre elles effectuent des fusions et acquisitions ou nouent des partenariats dans une volonté d’intégration verticale, pour rapprocher la chaîne d’approvisionnement de l’entreprise ou la rendre plus efficace, explique l’avocat. Certaines entreprises décident aussi d’en acquérir d’autres simplement pour mettre la main sur leurs employés et soulager leurs difficultés de main-d’oeuvre. »

Trouver les bons partenaires

 

La disponibilité et le coût du capital pourraient aussi devenir un enjeu. Aux États-Unis, le capital de risque octroyé aux entreprises n’a cessé de diminuer depuis la fin de 2021, accusant par exemple un recul de 23 % au deuxième trimestre de 2022 par rapport aux trois mois précédents. En mai dernier, la firme de financement d’entreprises technologiques en démarrage Y Combinator (qui a contribué à lancer Airbnb, Dropbox, DoorDash et Coinbase, entre autres) invitait même les jeunes pousses de son portefeuille à « prévoir le pire » et à réduire leurs dépenses, notamment en mettant des employés à pied. Plusieurs d’entre elles ont suivi ce conseil en passant leur masse salariale à la moulinette.

« Au Québec, le capital de risque provient souvent de bailleurs de fonds plus patients, qui s’engagent à long terme, comme Investissement Québec ou BDC Capital, souligne Étienne Brassard. Cela pourrait protéger un peu les entreprises. » En 2021, les deux tiers de la valeur totale des transactions en capital de risque effectuées par les douze firmes les plus actives au Québec provenaient d’Investissement Québec, de Desjardins Capital, du Fonds de solidarité de la FTQ et de BDC Capital, selon les données de l’association Réseau Capital. Cependant, la hausse des taux d’intérêt pourrait tout de même alourdir le fardeau de la dette de certaines PME et ralentir leur développement.

Selon Me Brassard, le contexte actuel pourrait pousser les entrepreneurs à rechercher des bailleurs de fonds qui sont prêts à se montrer patients et qui disposent des ressources pour appuyer leur développement, plutôt que de simplement rechercher les plus bas taux d’intérêt ou l’accès rapide au capital. « Ils doivent choisir de bons partenaires, qui ont la volonté d’affronter les difficultés actuelles à leurs côtés, conseille-t-il. On est gâtés, au Québec, puisque nous comptons sur beaucoup de bailleurs de fonds qui utilisent cette approche. 

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part. 

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