La relation complexe entre les Mohawks et la Couronne

En Ontario, les hommages à la reine Élisabeth II ne font pas l’unanimité chez les Mohawks, un peuple longtemps allié à la Couronne. Les nations mohawks ont combattu aux côtés des Britanniques lors de plusieurs conflits, dont la guerre d’indépendance des États-Unis, et certains des territoires qu’elles habitent aujourd’hui découlent de cette alliance.

Lundi, le conseil de bande des Mohawks de la baie de Quinte, près de Kingston, a choisi de fermer ses bureaux à l’occasion des funérailles royales. La décision a provoqué l’ire de certains membres de la communauté. La fermeture est une « claque au visage de tous les peuples autochtones », a écrit une femme sur les réseaux sociaux. « À quand une journée de deuil pour tous les enfants dont on a découvert le corps [près des pensionnats] ? C’est ridicule », a commenté une autre résidente.

Pour le chef du conseil de bande, Donald Maracle, dont le grand-père a été envoyé dans un pensionnat, ces questions restent réconciliables. Des discussions doivent avoir lieu avec la Couronne (sur le rôle de la Grande-Bretagne dans la création des pensionnats, par exemple) afin de guérir les plaies du passé, dit-il en entrevue, « mais cela doit avoir lieu après la période de deuil ». « Plusieurs personnes qui ont été envoyées dans des pensionnats respectent la reine », affirme le chef.

Selon David Kanatawakhon-Maracle, professeur d’études autochtones à l’Université Western et natif de ce territoire, « certains membres de la communauté vont pleurer la mort de la reine, mais ils ne seront pas nombreux ». Donald Maracle — un « royaliste », selon David Kanatawakhon-Maracle, qui le connaît — fait toutefois partie de ce groupe. « La reine était un modèle de grâce et de dignité », a d’ailleurs estimé le chef Maracle en entrevue au Devoir.

La réaction à la fermeture temporaire des bureaux met en relief les désaccords qui peuvent survenir entre les conseils de bande autochtones — un système politique imposé par le gouvernement canadien — et les communautés qu’ils représentent. « Les conseils de bande haudenosaunees ne représentent pas toute leur communauté », estime Courtney Skye, une chercheuse mohawk à l’institut Yellowhead, un centre de recherche associé à l’Université métropolitaine de Toronto, sans commenter spécifiquement la situation dans la baie de Quinte.

Un lien historique

 

La relation entre les Mohawks et les Britanniques remonte à au moins 350 ans. En 1667, les Britanniques établissent une entente — la chaîne d’alliance — avec les Haudenosaunees (aussi appelés Iroquois), un regroupement de six nations autochtones dont font entre autres partie les Mohawks, les Senecas et les Oneidas. L’entente a été polie au fil du temps et, en 1764, d’autres nations se joignent à l’alliance dans le cadre du traité de Niagara.

Environ deux ans après la signature du traité, la révolution américaine éclate. La confédération iroquoise reste d’abord neutre, mais se trouve vite divisée. Les Oneidas et Tuscaroras appuient les Américains ; le reste du groupe, y compris les Mohawks, se range du côté des Britanniques.

Après la guerre, en guise de reconnaissance pour leur appui (et en raison de la perte de leur territoire ancestral dans ce que certains Mohawks considèrent comme un génocide), les Britanniques offrent aux Mohawks des terres dans le Haut-Canada. Ils choisissent notamment la région de la baie de Quinte, où des colons loyaux à la Couronne se sont aussi établis. Un traité signé en 1793 officialise l’octroi d’un territoire d’environ 375 km2 aux Mohawks de la baie de Quinte ; il n’est toutefois maintenant que de 72 km2 après avoir été grugé par des colons.

C’est ce traité qui représente aujourd’hui l’un des liens les plus forts entre le conseil de bande et la Couronne, explique le chef Donald Maracle. « Je n’ai pas oublié les maux causés aux Autochtones, mais je valorise encore la relation en raison du traité », dit-il.

Le conseil de la bande — et non pas la confédération iroquoise, un conseil traditionnel — est l’organisme avec lequel la Couronne, par l’entremise du gouvernement canadien, négocie les traités, souligne d’ailleurs la chercheuse Skye.

Je n’ai pas oublié les maux causés aux Autochtones, mais je valorise encore la relation en raison du traité

 

« Tant et aussi longtemps que nous avons une monarchie constitutionnelle au pays, nous pouvons aller en cour pour défendre les obligations de la Couronne en vertu du traité [de 1793] », estime donc de son côté le chef Donald Maracle.

Étant donné ces liens étroits, Courtney Skye, qui est membre des Six Nations de la rivière Grand, près de Brantford, estime qu’une « analyse sérieuse de la gestion des traités faits par la Couronne » est de mise. « Si le Canada devient une république, mais que la loi et la jurisprudence restent la même, ça ne fera que marginaliser encore les droits autochtones [au pays] », craint-elle.

Liens et contributions

Les Mohawks ne sont pas les seuls peuples autochtones à avoir eu des liens étroits avec la Couronne. Les Dakotas, qui sont notamment établis en Saskatchewan et au Manitoba, étaient aussi des alliés des Britanniques durant la Révolution américaine. La Première Nation Dakota de Whitecap et la Première Nation Dakota de Sioux Valley ne sont toutefois pas gouvernées par des traités.

D’autres Premières Nations membres de la communauté anichinabée, comme les Chippewas et les Ojibwés, ont combattu auprès des Britanniques lors de la guerre anglo-américaine de 1812. En 2012, trois premières nations ojibwées de la région de Sault-Sainte-Marie, en Ontario, ont critiqué le gouvernement canadien pour son manque de reconnaissance pour leur contribution durant la guerre de 1812.



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