Le troisième lien échoue l’examen climatique, selon Équiterre

Le ministre des Transports, François Bonnardel, lors de la présentation du plan de tunnel entre Québec et Lévis en avril dernier
Photo: Francis Vachon Le Devoir Le ministre des Transports, François Bonnardel, lors de la présentation du plan de tunnel entre Québec et Lévis en avril dernier

Le troisième lien autoroutier entre Québec et Lévis présentement projeté « n’est aucunement compatible » avec les objectifs climatiques du Québec, selon une étude environnementale réalisée par Équiterre à partir des « quelques documents disponibles ».

À défaut d’avoir des études gouvernementales sous la main, l’organisme écologique, membre du collectif Non au troisième lien, a mené une analyse fondée sur de « grands principes faisant consensus en matière de transition écologique ». Équiterre et le PIRESS — ou Pôle intégré de recherche environnement, santé et société — évaluent le bitube à l’aune de quatre critères, soit l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, l’adaptation aux changements climatiques, la justice sociale et la saine gouvernance.

« Les résultats […] sont sans équivoque : le troisième lien échoue en obtenant la note de 24 sur 75, soit 32 % », écrit Équiterre. Selon l’organisme, le lien augmenterait la circulation routière et favoriserait l’étalement urbain. La construction du bitube générerait d’importantes quantités de polluants, explique le rapport, en plus de dégager d’énormes monticules de gravats. La première mouture du tunnel, large de 20 m, en aurait dégagé « au moins 2,5 millions de mètres cubes », calcule l’étude, soit suffisamment pour « recouvrir deux voies de l’autoroute 20 de 1,3 m de déchets entre Québec et Montréal ».

Les bénéfices économiques du projet sont loin d’être assurés, poursuit le rapport. La congestion connaîtrait un répit seulement temporaire, et le coût, estimé à 6,5 milliards de dollars par le gouvernement, pourrait bien exploser, puisque « les tunnels [voient] généralement leur coût augmenter de 35 % en moyenne ». Le dépassement des échéanciers, pour ce genre de projet, est davantage « la règle que l’exception », ajoute Équiterre, rappelant au passage qu’« au Québec, pour chaque dollar dépensé en déplacements automobiles par un individu, la société paie 9,20 $ ».

L’analyse accorde une note de 22 % à la gouvernance qui entoure le projet. « L’absence d’études d’opportunité et de faisabilité et d’analyses sur les besoins et les projections de circulation est décriée par des centaines de spécialistes et scientifiques, déplore Équiterre. Il en ressort un manque de rigueur et de transparence dans la gestion de ce dossier [qui] semble plutôt relever de l’électoralisme. »

Congestion à venir

Au printemps dernier, la Coalition avenir Québec (CAQ) avait avancé que d’ici 2036, 36 800 déplacements interrives additionnels viendraient empirer la congestion, qui a augmenté de plus de 20 % en près de 20 ans sur les deux ponts vieillissants actuels.

La CAQ estime que dans une dizaine d’années, 143 000 véhicules par jour traverseront le pont Pierre-Laporte, alors qu’il a été conçu pour un débit quotidien de 90 000 véhicules et qu’on en enregistre 126 000 par jour.

Le temps d’attente actuel sur le pont Pierre-Laporte est de 20 minutes en moyenne, selon le ministère des Transports, qui calcule qu’il grimpera à 28,2 minutes en 2040.

D’abord ressuscité par les troupes libérales sous le premier ministre Philippe Couillard, le troisième lien, un projet évoqué depuis des décennies dans la région de Québec, se trouvait au coeur de la plateforme électorale de la CAQ au cours de la campagne de 2018. Le parti promettait de soulever une première pelletée de terre avant la fin de son mandat. Des travaux préparatoires sont en cours depuis cet été à Lévis, dans la foulée de l’élargissement de l’autoroute 20 à la hauteur du centre-ville.

Le premier ministre a récemment écarté la possibilité de présenter les études dont dispose le gouvernement avant l’échéance électorale. Selon François Legault, celles-ci ne sont plus à jour depuis que le télétravail a modifié les habitudes de déplacement.

Tous les partis ont pris position concernant le troisième lien. Le Parti québécois privilégie un tunnel sous-fluvial, mais réservé au transport en commun. Le Parti libéral, de son côté, propose d’étendre le tramway envisagé à Québec jusqu’à Lévis. Le Parti conservateur préfère ériger un pont qui passerait par l’ouest de l’île d’Orléans. Québec solidaire, enfin, promet un service rapide par bus qui passerait par le pont de Québec et l’expansion du tramway pour diminuer le parc automobile.

Avec La Presse canadienne

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