Postes Canada doit renoncer à distribuer le Publisac, dit Valérie Plante

En avril dernier, la mairesse avait annoncé qu’à compter de mai 2023, la Ville ne permettrait plus la distribution du Publisac qu’aux personnes qui l’auront demandé.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir En avril dernier, la mairesse avait annoncé qu’à compter de mai 2023, la Ville ne permettrait plus la distribution du Publisac qu’aux personnes qui l’auront demandé.

Valérie Plante presse Postes Canada de tenir compte de la volonté d’une majorité de Montréalais et de ne pas distribuer le Publisac sur le territoire de la métropole lorsque le règlement d’adhésion volontaire entrera en vigueur au printemps prochain.

Transcontinental compte avoir recours à Postes Canada pour faire la distribution des circulaires sur le territoire montréalais, rapportait mercredi Le Journal de Montréal. Cette manoeuvre lui permettrait de contourner le règlement de la Ville qui instaurera, à compter de mai 2023, un système d’adhésion volontaire (« opt-in ») puisqu’à titre de société d’État fédérale, Postes Canada n’est pas assujettie à la réglementation municipale.

Président de la section locale pour Montréal du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes, Alain Robitaille confirme que lors d’une rencontre tenue la semaine dernière, l’employeur a présenté aux représentants syndicaux les intentions de la société d’État concernant la distribution des circulaires de Transcontinental. Dès le 10 octobre, Postes Canada commencera la distribution du Publisac — qui ne sera plus dans un sac de plastique, mais dans un emballage de papier — dans l’arrondissement de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, a relaté M. Robitaille. Progressivement, les facteurs de Postes Canada distribueront le Publisac sur tout le territoire montréalais. « Ils nous disent que Postes Canada n’est pas soumise aux législations municipales. »

Une lettre au p.-d.g.

 

Valérie Plante n’entend pas en rester là. Ayant eu écho de l’existence de ce projet la semaine dernière, elle a écrit au p.-d.g. de Postes Canada pour rappeler la volonté des Montréalais qui, lors d’un sondage, se sont prononcés à 82 % en faveur du système d’adhésion volontaire proposé par la Ville. « Je souhaite que Postes Canada respecte cette volonté et qu’elle n’aille pas de l’avant avec cette entente qui contribue à du gaspillage massif alors qu’on le sait, l’heure est aux actions et non pas au statu quo et au recul », a-t-elle expliqué mercredi, lors de la séance hebdomadaire du comité exécutif. « Dans les bacs de recyclage, nos poubelles et nos sites d’enfouissement, ce qu’on retrouve, ce sont des circulaires. On parle de 17 000 tonnes de matières qui sont envoyées aux centres de tri montréalais chaque année », a-t-elle souligné.

Rappelons qu’en avril dernier, la mairesse avait annoncé qu’à compter de mai 2023, la Ville ne permettrait plus la distribution du Publisac qu’aux personnes qui l’auront demandé. À l’heure actuelle, les citoyens qui ne désirent pas recevoir de circulaires doivent le signaler en apposant un autocollant sur leur porte ou sur leur boîte aux lettres. En réplique, Transcontinental a déposé une poursuite contre la Ville de Montréal en juin dernier.

Mais Montréal n’est pas la première ville québécoise à opter pour cette stratégie. La Ville de Mirabel avait adopté en 2019 un règlement semblable et Transcontinental s’était adressé aux tribunaux pour le faire invalider. La Cour supérieure a cependant donné raison à la municipalité dans un jugement rendu au printemps dernier.

Refuser les circulaires

 

Alain Robitaille reconnaît que pour Postes Canada, la livraison du Publisac représente un contrat intéressant et que plusieurs emplois dépendent de la distribution de circulaires. Sans vouloir prendre position au sujet de la décision de Postes Canada dans le cas du Publisac, il admet que ce type de service entre en conflit avec les positions défendues par le syndicat en faveur d’une réduction de l’empreinte écologique.

« Les municipalités soulèvent une problématique au sujet de laquelle Postes Canada devra se positionner », croit-il. « C’est à Postes Canada de se défendre là-dessus. »

M. Robitaille signale toutefois que les citoyens auront la possibilité d’apposer un pictogramme sur leur boîte aux lettres pour indiquer qu’ils ne souhaitent pas recevoir de circulaires de Postes Canada. « Les facteurs et factrices vont respecter ce choix-là. Donc, il y a une alternative, même si le geste doit encore être posé par les clients », explique-t-il.

En présence d’un tel pictogramme, seuls les envois gouvernementaux, municipaux ou électoraux seront distribués, précise-t-il.

Le syndicat exprime par ailleurs certaines préoccupations car le Publisac ajoutera un poids important aux sacs des facteurs. « Même avec un chariot et les sangles doubles, c’est problématique », soutient Alain Robitaille. Et ces circulaires, qui seront distribuées dans un emballage non fermé, pourraient facilement glisser au sol, ajoute-t-il.

Transcontinental n’a pas voulu commenter le dossier mercredi, mais dans un courriel, Postes Canada indique qu’elle ne peut choisir quel courrier est livré. « Nous comprenons ce que la Ville de Montréal essaie d’accomplir. Il faut savoir qu’en tant que fournisseur national de services postaux, Postes Canada est tenue de livrer tout le courrier qui est correctement préparé et payé, y compris le publipostage », explique Philipe Legault, du service des relations avec les médias de Postes Canada.

La société d’État affirme qu’au cours des dernières années, elle a posé plusieurs gestes en faveur de pratiques plus écologiques. « Nous faisons la promotion de solutions de courrier écoresponsables et nous collaborons avec les joueurs du secteur pour réduire les déchets dans le courrier », précise-t-on.

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