Montréal pourra-t-elle trouver les policiers qu’on lui promet?

Fin août, peu après un mardi qui a vu deux hommes abattus en plein jour, le gouvernement québécois et l’administration de la métropole ont dévoilé leur plan visant l’ajout de 450 agents aux effectifs du Service de police de la Ville de Montréal d’ici cinq ans, entre autres mesures envisagées, qui incluent aussi des mesures de prévention.
ValÉrian Mazataud Le Devoir Fin août, peu après un mardi qui a vu deux hommes abattus en plein jour, le gouvernement québécois et l’administration de la métropole ont dévoilé leur plan visant l’ajout de 450 agents aux effectifs du Service de police de la Ville de Montréal d’ici cinq ans, entre autres mesures envisagées, qui incluent aussi des mesures de prévention.

Les politiciens qui font la surenchère quant aux effectifs policiers qu’ils ajouteraient pour lutter contre la violence armée à Montréal risquent de se buter à un solide obstacle : le nombre de finissants de l’École nationale de police du Québec pourrait être insuffisant pour qu’ils parviennent à leurs fins.

Depuis 10 ans, l’établissement de Nicolet voit en général baisser tant son nombre d’admissions que sa quantité de diplômés.

Fin août, peu après un mardi qui a vu deux hommes abattus en plein jour, le gouvernement québécois et l’administration de la métropole ont dévoilé leur plan visant l’ajout de 450 agents aux effectifs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) d’ici cinq ans, entre autres mesures envisagées, qui incluent aussi des mesures de prévention. Il ne s’agit pas d’embauches, mais plutôt d’augmenter le nombre net de policiers de 450 sur cette période. Québec a promis de verser 45 millions de dollars à la métropole dans ce but.

Le Parti québécois a promis l’embauche d’un total de 100 policiers supplémentaires pour le SPVM, tandis que le Parti conservateur du Québec en envisage 400.

Mais si avoir l’argent pour engager des policiers est fort utile, encore faut-il qu’il y ait assez de candidats à embaucher. Et à moins de convaincre ceux déjà employés par un autre corps policier de se joindre au SPVM, il faut aller à la source, c’est-à-dire recruter des finissants de l’École nationale de police de Nicolet, la seule à qualifier les policiers au Québec.

Ayant prévu le coup des critiques qui brandissent la pénurie de policiers comme obstacle à son plan de 450 embauches, le gouvernement de François Legault a fait valoir qu’il s’était entendu avec l’école de Nicolet pour qu’elle accueille 72 recrues de plus spécialement pour le SPVM. Il peut donc y avoir 828 futurs policiers sur les bancs de l’école plutôt que 756.

Sauf qu’il n’y a eu que 714 demandes d’admission pour l’année scolaire qui débute. Et ce nombre risque de baisser quand les candidatures seront examinées — et écartées, dans certains cas.

L’École nationale de police du Québec semble aussi moins populaire qu’auparavant : alors qu’il y avait eu 1018 demandes d’admission pour l’année scolaire 2013-2014, ce nombre a baissé à 770 en 2018-2019. Les demandes ont connu un léger regain à partir de 2019-2020, avec environ 800 candidats, avant de plonger cette année.

Il faut remonter à l’année scolaire 2015-2016 pour trouver une cohorte de candidats retenus qui permettrait d’atteindre le nombre espéré de 828 policiers sur les bancs d’école.

Pénurie à la source

Croire pouvoir régler le problème en augmentant le nombre de places à l’école de Nicolet, « c’est un peu de la pensée magique », juge d’ailleurs le professeur agrégé à l’École de criminologie de l’Université de Montréal Rémi Boivin.

Car passer de 756 places à 828 quand il n’y a eu que 680 candidats retenus lors de la dernière année, cela ne change pas grand-chose, dit-il. De plus, dans la dernière décennie, le nombre de diplômés a chuté, passant de 642 en 2013-2014 à 486 en 2020-2021. Une centaine de candidats de plus ont toutefois obtenu leur diplôme l’an dernier.

Mais à l’origine, l’admission n’est pas décidée par l’École nationale de police du Québec, mais bien par les cégeps, rappelle le professeur Boivin, ancien analyste au sein du SPVM.

Si l’on va voir de ce côté — 13 cégeps offrent le programme de techniques policières nécessaire à l’admission à Nicolet —, on constate là aussi que le nombre de diplômés est en baisse. Selon les données du ministère de l’Enseignement supérieur, 693 étudiants ont obtenu leur diplôme en 2021. Au cours des cinq dernières années, leur nombre a oscillé entre 690 et 817.

Donc, même « si tous les diplômés du cégep vont à l’École de police, on est déjà en deçà du nombre [de 828] ». Et certains vont changer de carrière ou travailler ailleurs, ajoute-t-il.

Les forces policières, pas plus que l’École nationale de police, n’ont de contrôle sur le nombre d’admissions en techniques policières au cégep, souligne le professeur Boivin. Il croit que c’est là, à la source, que les efforts devraient être mis.

Des finissants courtisés

 

Montréal affirme ne pas ménager ses efforts de recrutement : entre novembre 2021 et août 2022, 152 embauches ont été effectuées au sein du SPVM, et 130 autres devraient être faites d’ici la fin du mois de décembre. La Ville n’a toutefois pas révélé le nombre de postes vacants.

La mairesse Valérie Plante a récemment déclaré que 30 % des finissants de l’École nationale de police se joignaient au SPVM. L’établissement, lui, n’a pu confirmer cette information, disant ne pas compiler ces données : « on ne s’occupe pas du recrutement », explique une responsable des communications, Andrée Doré.

Par contre, dit-elle, les diplômés sont courtisés : ils reçoivent deux, trois ou même quatre offres d’embauche.

Pour les convaincre de choisir Montréal, il y a là aussi des obstacles, car d’autres forces policières offrent des salaires plus élevés — la SQ rémunère ses recrues à hauteur de 48 386 $, contre 41 694 $ pour le SPVM, par exemple.

Et si certains policiers se préoccupent moins de l’argent que des conditions de travail, il peut y avoir d’autres défis à surmonter, note le professeur Boivin. Le rythme de travail plus intense et les heures supplémentaires plus courantes dans la métropole, tout comme « la grande visibilité du SPVM dans les médias », en rebutent certains, donne-t-il en exemple.

Les difficultés rencontrées par les policiers sur le terrain diminuent l’attrait de la profession, avait confié au Devoir en janvier Dominic Ricard, président de l’Association des policières et policiers provinciaux du Québec. À tel point que l’Association des directeurs de police du Québec a jugé nécessaire de lancer au printemps dernier une campagne publicitaire pour valoriser le métier.

À voir en vidéo