Le sous-financement du transport en commun décrié dans un rapport

Dans son dernier rapport, l’Alliance Transit déplore que, parmi les investissements en transport confirmés au Plan québécois des infrastructures pour les dix prochaines années, seulement 30 % soient alloués au transport collectif, le reste étant réservé au transport routier.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Dans son dernier rapport, l’Alliance Transit déplore que, parmi les investissements en transport confirmés au Plan québécois des infrastructures pour les dix prochaines années, seulement 30 % soient alloués au transport collectif, le reste étant réservé au transport routier.

L’Alliance Transit rendra public un nouveau rapport, mardi, déplorant le sous-financement du transport collectif au Québec, notamment par rapport au réseau routier et à l’Ontario. Elle implore le prochain gouvernement de diversifier les sources de financement, alors que les partis politiques multiplient les annonces en campagne électorale.

« Le prochain gouvernement va devoir agir davantage pour financer de manière pérenne les réseaux de transport », soutient Samuel Pagé-Plouffe, coordonnateur de l’Alliance Transit, qui regroupe une soixantaine d’organismes, tels qu’Équiterre, Trajectoire Québec et Vivre en Ville.

Le prochain gouvernement va devoir agir davantage pour financer de manière pérenne les réseaux de transport

 

Le rapport, dont Le Devoir a obtenu une copie, démontre que les surplus du Fonds des réseaux de transport terrestre (FORT) — un fonds du gouvernement du Québec qui finance le transport collectif et le transport routier — devraient continuer à diminuer, et qu’ils risquent de se « résorber complètement » pour l’année financière 2023-2024. Cela se traduira par un « épuisement de la marge budgétaire » du gouvernement, selon Transit.

« D’ici deux ans, si on regarde les tendances, la caisse risque d’être vide », résume Samuel Pagé-Plouffe.

L’Alliance déplore également que, parmi les investissements en transport confirmés au Plan québécois des infrastructures pour les dix prochaines années, seulement 30 % soient alloués au transport collectif, le reste étant réservé au transport routier. En Ontario, le transport collectif représenterait 71 % des investissements du « Plan d’immobilisations » de la province, rappelle le rapport de l’Alliance Transit.

« On ne peut pas continuer à mettre autant d’argent dans le réseau routier, parce qu’on encourage l’étalement urbain et l’utilisation de la voiture solo », estime Florence Junca-Adenot, professeure à l’UQAM spécialiste du transport public et membre du comité d’experts de Transit.

Elle propose plutôt une répartition égale entre les deux, et de « favoriser l’entretien » du réseau routier, au lieu de proposer « trop » de nouveaux projets, pour permettre plus de place pour le transport collectif.

Des solutions exigées

 

Les municipalités, aussi en partie responsables du financement du transport collectif, prévoient d’ailleurs subir un déficit à cet égard de 460 millions de dollars par année dès 2024, selon l’Union des municipalités du Québec. En mai dernier, le gouvernement provincial s’est donc engagé à convenir d’un accord financier sur cinq ans pour pallier ce déficit et assurer le développement du transport collectif au Québec.

« Cette entente-là, qui va être négociée en début de mandat, est fondamentale pour nous sortir du sous-financement », affirme Samuel Pagé-Plouffe.

Il précise qu’une diversification des sources de revenus du FORT s’impose également, puisque si rien ne change, ils pourraient être appelés à baisser, alors que « près de la moitié des revenus proviennent de la taxe sur le carburant » et que tous les véhicules seront électriques d’ici deux décennies.

L’Alliance se porte aussi en faveur d’une contribution financière accrue (malus) pour les propriétaires de véhicules polluants, et appuie une recommandation de la Communauté métropolitaine de Montréal d’étendre la taxe sur l’immatriculation des véhicules à toutes les municipalités du Québec. « Je ne comprends pas pourquoi on a autant de difficulté à implanter de telles mesures », s’indigne Mme Junca-Adenot.

La professeure propose également que « les deux tiers des revenus tirés de la taxe sur le carbone reviennent au transport collectif ». Le gouvernement de François Legault a réduit cette part à 25 % plus tôt cette année.

L’Alliance Transit devrait d’ailleurs préciser ses recommandations pour diversifier les sources de financement du transport collectif au Québec « dans les prochains mois », selon M. Pagé-Plouffe.

Ambitions « menacées »

Ce dernier salue la Politique de mobilité durable du Québec, qui prévoit notamment une augmentation de l’offre de services en transport collectif de 5 % par année.

« Le Plan pour une économie verte [du gouvernement provincial] est aussi ambitieux en matière de développement des transports collectifs, mais on a hâte de voir les projets structurants de transport collectif s’accélérer », ajoute-t-il.

M. Pagé-Plouffe estime toutefois que certaines « prises de position récentes menacent le respect des cibles », alors que les budgets alloués à de nouveaux projets de transport routier, comme le troisième lien de Québec, pourraient s’avérer trop accaparants selon lui : « On peut certainement en faire plus. »

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