L’épouse d’un juge de la Cour suprême a incité des législateurs à annuler la victoire de Biden

Militante de longue date, Ginni Thomas s’est jointe en 2019 au comité de direction du Council for National Policy, un groupe d’influence de plus de 400 membres qui incarne, depuis les années 1980, la droite dure de Washington.
Susan Walsh Associated Press Militante de longue date, Ginni Thomas s’est jointe en 2019 au comité de direction du Council for National Policy, un groupe d’influence de plus de 400 membres qui incarne, depuis les années 1980, la droite dure de Washington.

Virginia « Ginni » Thomas, militante conservatrice et épouse du juge de la Cour suprême Clarence Thomas, a contacté au moins deux législateurs de l’État du Wisconsin en 2020 pour les exhorter à annuler la victoire électorale du président Joe Biden dans cet État très convoité, a rapporté jeudi le Washington Post.

Sur Twitter, de nombreux internautes se sont insurgés. Plusieurs ont relayé la nouvelle accompagnée du mot-clic « Lock Her Up » (Emprisonnez-la), d’abord utilisé par des partisans de Donald Trump en 2016 à l’égard d’Hillary Clinton, qui était alors candidate démocrate aux élections présidentielles.

« Pourquoi la femme d’un juge de la Cour suprême devrait-elle être au-dessus de la loi sans conséquences ? Pourquoi Clarence Thomas devrait-il être autorisé à continuer à siéger à la Cour suprême ? Il y a quelque chose qui ne va pas avec cette image ! » lit-on parmi les publications qui défilent.

Le quotidien américain a d’abord rapporté en juin que Ginni Thomas avait envoyé un courriel à 29 législateurs de l’État de l’Arizona. Elle leur a demandé de « choisir » leurs propres grands électeurs présidentiels — chargés d’élire le président et le vice-président —, sachant pourtant que la responsabilité du choix des électeurs incombe aux citoyens en vertu de la loi de l’État de l’Arizona.

Deux nouveaux courriels obtenus conformément à la loi de l’État sur les archives publiques ont fait surface jeudi.

Ils démontrent que Mme Thomas a aussi envoyé un message à deux législateurs républicains du Wisconsin : la sénatrice d’État Kathy Bernier, alors présidente du comité des élections du Sénat, et le représentant d’État, Gary Tauchen. Ces derniers ont reçu, pratiquement au même moment, une copie textuelle du message.

« Veuillez rester ferme face aux pressions médiatiques et politiques. S’il vous plaît, réfléchissez à l’autorité impressionnante qui vous est accordée par notre Constitution. Et puis, s’il vous plaît, prenez des mesures pour vous assurer qu’une table rase d’électeurs soit choisie pour notre État », peut-on lire dans les missives obtenues par CBS News et rapportées pour la première fois par le Washington Post.

Les courriels ont été envoyés le 9 novembre, quelques jours seulement après la victoire du président Biden.

En entrevue avec l’Associated Press, Kathy Bernier a toutefois déclaré qu’elle ne se souvenait pas d’avoir reçu le courriel de Mme Thomas, qui était d’ailleurs l’un des milliers que son bureau et d’autres législateurs du Wisconsin avaient reçus. Le message en question avait été envoyé à partir de la plateforme FreeRoots, qui permet l’envoi de masse de courriels préécrits.

Une militante de la droite dure

 

Le militantisme politique de Ginni Thomas, inhabituel pour l’épouse d’un juge de la Cour suprême, soulève depuis plusieurs années des questions quant à de potentiels conflits d’intérêts pour son mari, rapporte le Washington Post. Elle assure néanmoins que les deux gardent leur vie professionnelle séparée.

La femme de 65 ans a fait l’objet d’un examen approfondi au cours des derniers mois, alors que les critiques à son égard s’intensifiaient à mesure que des rapports  sur le rôle qu’elle a joué dans la période postélectorale aux États-Unis ont émergé.

Elle a été invitée le mois dernier à témoigner devant une commission parlementaire qui s’intéresse à ses échanges avec John Eastman, un avocat proche de Donald Trump, artisan d’un projet visant à annuler les résultats de l’élection présidentielle de 2020. Des messages textes révèlent qu’elle a également été en contact avec le chef de cabinet de la Maison-Blanche de l’époque, Mark Meadows, et l’aurait ainsi encouragé à contester les résultats de l’élection présidentielle.

Militante de longue date, Ginni Thomas s’est jointe en 2019 au comité de direction du Council for National Policy, un groupe d’influence de plus de 400 membres qui incarne, depuis les années 1980, la droite dure de Washington.

À voir en vidéo