Le Québec, champion canadien de la sécurité alimentaire

L’insécurité alimentaire touche tout de même près d’un million de Québécois, soit 13,1% de sa population.
Photo: Renaud Philippe Archives Le Devoir L’insécurité alimentaire touche tout de même près d’un million de Québécois, soit 13,1% de sa population.

Malgré la faim qui augmente dans le monde, les Québécois s’en tirent mieux que partout ailleurs au Canada, selon une récente étude de l’Université de Toronto.

« L’insécurité alimentaire » touche tout de même près d’un million de Québécois, soit 13,1 % de sa population. En comparaison, 20 % des Albertains éprouvent des difficultés à se nourrir, en dépit d’un revenu moyen par habitant supérieur à toutes les autres provinces.

« C’est la première fois qu’on documente une différence aussi persistante et aussi large entre les provinces », souligne au Devoir la chercheuse principale de l’étude, Valerie Tarasuk. « Mais, le problème n’y est pas résolu. »
 



La providence de l’État québécois et « les valeurs sociales collectives » expliquent cet écart, note la professeure à l’Université de Toronto. « Par exemple, le Québec soutient les familles plus que partout ailleurs au pays. Et c’est un versement qui est indexé à l’inflation. C’est très important dans une période comme en ce moment. »

Les électeurs devraient y réfléchir à deux fois avant de louanger les politiques de réduction des taxes, plaide-t-elle. « Il faut reconnaître que ces taxes payent pour ces programmes. Et on en voit les effets positifs. L’Alberta s’enorgueillit de ne pas payer de taxes [provinciales], mais elle souffre de la faim ! […] Les gens en Alberta devraient faire un voyage au Québec pour voir comment ça se passe chez vous. »

Le manque de revenu constitue le principal facteur qui conduit à la malnutrition. Or, la moitié de ceux qui peinent à remplir leur assiette possède un emploi. « C’est ce qui arrive quand on travaille au salaire minimum et qu’on doit faire vivre une famille », pointe l’experte en nutrition.

La faim du monde

 

Tous ceux qui vivent de « l’insécurité alimentaire » ne sont pas au bord de la famine, relativise l’étude menée en 2021.

Certains vivent une « insécurité marginale », ce qui signifie qu’une certaine « inquiétude » plane au-dessus du budget d’épicerie.

À partir d’une « insécurité modérée », la nourriture devient de très mauvaise qualité, et on doit sauter certains repas.

Au stade d’« insécurité sévère », la nourriture manque pendant quelques jours. Les conséquences pour la santé deviennent alors graves.
 



La malnutrition et la sous-alimentation empêchent de « bien gérer les maladies chroniques », d’être hospitalisé et de « mourir prématurément », détaillent les experts dans cette étude.

Ces données datent de 2021 et l’inflation record des dernières semaines aggrave la situation. Ceux qui se trouvaient déjà fragiles vivent une faim plus creuse avec des prix plus élevés en épicerie, estime Valerie Tarasuk. « Ceux qui luttent déjà vont lutter davantage. »

Environ 54 000 ménages ont été consultés durant un an par les équipes de Statistique Canada dans le cadre de cette étude qui n’a pas été révisée par les pairs.

À voir en vidéo