La main-d’oeuvre, une ressource dont il faut prendre soin

Charles-Édouard Carrier
Collaboration spéciale
Pour la centrale syndicale, la campagne électorale est une occasion d’exiger une place pour les travailleuses et travailleurs aux tables où se prennent les décisions.
terry chea associated Press Pour la centrale syndicale, la campagne électorale est une occasion d’exiger une place pour les travailleuses et travailleurs aux tables où se prennent les décisions.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Pour Caroline Senneville, élue présidente de la CSN en 2021, une campagne électorale est une occasion de mettre cartes sur table, de présenter des demandes claires et d’encourager le débat social. La centrale syndicale qui représente plus de 320 000 membres tient à ce que le sort des travailleuses et travailleurs soit un thème électoral important.

D'entrée de jeu, la présidente rappelle que la CSN ne fait pas de politique partisane, mais qu’elle n’hésitera pas à rappeler à ses membres les revendications qu’elle défendra en campagne. Et il y a fort à parier que le soutien aux travailleuses et travailleurs et la pénurie de main-d’oeuvre s’inviteront rapidement dans le débat social.

« La main-d’oeuvre, c’est une ressource précieuse, il faut en prendre soin. […] Sur le terrain, on parle d’heures supplémentaires, de surcharge de travail, de cadence accélérée, on est toujours en train de former de nouvelles personnes, etc. Ce sont tous des facteurs de risque pour qu’il y ait plus d’accidents de travail et davantage de problèmes de santé mentale. C’est pour ça qu’il faut avoir une vision à long terme pour répondre aux enjeux des travailleuses et travailleurs. C’est le rôle d’un gouvernement, le sens même du mot gouverner. Oui, il a des impondérables. Personne n’aurait pu prévoir la pandémie, mais la pénurie de main-d’oeuvre ? Elle était pressentie depuis longtemps. Ce n’est pas seulement une question pour le gouvernement de la CAQ qui est au pouvoir depuis quatre ans. On le savait avant eux, mais on faisait comme si c’était quelque chose qui n’existait pas. […] On dirait que tant qu’on n’a pas le nez collé sur le problème, on ne réagit pas », se désole-t-elle.

Les besoins criantsdes services publics

 

Plaidant tout d’abord pour un réinvestissement majeur dans les services publics, elle rappelle que la société a déjà assez souffert des compressions des dernières décennies. « Je voudrais que les jeunes restent à l’école, que les gens soient soignés, qu’on s’occupe de nos aînés, résume Mme Senneville. Les syndicats répètent qu’on s’approche du point de rupture. »

Si dans les dernières années, le filet social étiré au maximum s’est brisé à certains endroits, il est urgent de le réparer, et la présidente martèle qu’il n’y a pas lieu de distinguer la santé, l’éducation, les services sociaux de la « vraie économie ». « Nos industries ne peuvent pas fonctionner s’il n’y a pas d’écoles pour former les gens ni de système de santé pour en prendre soin. » Pour fonctionner, le Québec a besoin d’infrastructures sociales fortes, rappelle-t-elle.

18, l’objectif à atteindre

Pour appuyer sa demande de hausser le salaire minimum à 18 $ l’heure, la présidente parle de ce qu’il faut pour survivre. « Regardez le prix d’un logement trois et demie à Montréal et calculez 40 heures par semaine au salaire de 18 $, puis ajoutez l’épicerie, la carte d’autobus, etc. C’est incroyable de voir que dans une société comme la nôtre, on peut dire à des gens qu’ils iront travailler à temps plein, mais qu’ils fréquenteront quand même une banque alimentaire, ou que s’ils se cassent une dent, ils ne pourront pas aller chez le dentiste. C’est ça, la vraie vie. »

Revendiquant davantage de dignité pour les travailleurs au salaire minimum, elle invite à changer de paradigme et à s’interroger sur les conditions de l’ensemble des bas salariés.

Faire croître nos industries

 

Caroline Senneville, qui réclame également une stratégie industrielle claire, s’interroge sur les filières à développer actuellement et sur les moyens qu’on se donne pour y arriver.

« Il faut avoir un plan de match, une vision sur cinq ans, dix ans. C’est comme ça qu’on arrive à mettre en place des projets structurés [et structurants]. Si on parle des rouages de l’économie, il faut que tout ça soit relié, qu’une filière ne nuise pas à l’autre, mais vienne plutôt l’appuyer. »

La dualité environnementet économie

 

Pour certains, il s’agit de deux sphères qui sont totalement incompatibles. De son côté, la présidente espère qu’on cesse enfin d’opposer économie et environnement, en se permettant d’ajouter que l’environnement n’est une grande force du gouvernement actuel.

« Les catastrophes environnementales font mal à l’économie. […] Il faut avoir un discours positif pour avoir des actions positives et être fiers de ce qu’on propose par rapport à l’environnement. Les dossiers d’experts ne manquent pas ; il y en a, des idées. Une économie qui est pérenne, une économie qui est durable, c’est une économie qui sera et qui devra être de plus en plus respectueuse de l’environnement. »

Prendre le temps de dialoguer

 

Pour la CSN, la campagne électorale est aussi une occasion de revendiquer une place pour les travailleuses et travailleurs aux tables où se prennent les décisions. « D’un gouvernement à l’autre, c’est à recommencer. Ce n’est pas nécessairement synonyme de fermeture, mais il y a peut-être des réflexes qui ne sont pas toujours développés, précise la présidente. On a des solutions, des idées. Elles ne sont peut-être pas toutes bonnes, mais si on les ajoute à celles des autres et qu’on brasse tout ça, il peut en ressortir quelque chose d’intéressant. Mon travail est d’améliorer le sort des travailleurs que je représente, mais par le biais de certaines demandes, comme le salaire minimum ou l’assurance médicaments, on agit pour le bien de la société en général. Les gouvernements ne devraient pas se priver de ce son de cloche. »

Et si le dialogue ajoute parfois une étape de plus, la présidente croit qu’il permet de bâtir quelque chose d’encore plus solide. « Il y a 4,3 millions de travailleuses et travailleurs au Québec. Tous des gens qui se lèvent pour aller travailler et faire rouler notre économie, c’est ce qui fait que ça fonctionne […], mais ce sont des humains et il faut les prendre en compte. »

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