Jusqu’à 450 policiers à Montréal d’ici cinq ans

«On sent qu’on a besoin de poser un geste supplémentaire devant l’inquiétude grandissante et persistante à Montréal», a fait valoir la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault.
Jacques Nadeau Archives Le Devoir «On sent qu’on a besoin de poser un geste supplémentaire devant l’inquiétude grandissante et persistante à Montréal», a fait valoir la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault.

Québec déploie 250 millions de dollars sur cinq ans, notamment pour faciliter le recrutement d’un maximum de 450 policiers pendant cette période au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), au moment où la violence par armes à feu préoccupe la population. Le gouvernement sortant reconnaît toutefois qu’attirer autant de policiers dans la métropole pourrait s’avérer complexe.

« C’est assez, cette violence à Montréal », a déclaré samedi la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, en conférence de presse en début d’après-midi aux côtés notamment de la mairesse de Montréal, Valérie Plante et de la directrice par intérim du SPVM, Sophie Roy.

« On sent qu’on a besoin de poser un geste supplémentaire devant l’inquiétude grandissante et persistante à Montréal », a ajouté Mme Guilbault, qui constate que les Montréalais ont été ébranlés par les deux fusillades survenues en moins de trente minutes mardi après-midi à Montréal, qui ont laissé deux victimes derrière elles.

450 policiers de plus

 

Ainsi, Québec compte offrir 45 millions par année à la Ville afin d’aider celle-ci à recruter 225 policiers d’ici cinq ans. Concrètement, le gouvernement du Québec viendra financer « une embauche sur deux » réalisée par la Ville, pour un total de 450 policiers qui devraient garnir les rangs du SPVM d’ici cinq ans.

« Quand l’embauche d’un policier sera confirmée, l’argent sera décaissé pour financer une embauche sur deux, en collaboration à 50-50 avec la Ville de Montréal », a expliqué la vice-première ministre du Québec, à la veille du déclenchement de la campagne électorale provinciale. Celle-ci a d’ailleurs précisé que 72 recrues additionnelles vont débuter cette année leur formation à l’École nationale de police du Québec, par rapport au nombre d’aspirants policiers généralement admis. « Et ces 72 recrues supplémentaires seront toutes formées pour être embauchées par le SPVM par la suite », a-t-elle dit.

Questionnée en marge de cette conférence de presse, Geneviève Guilbault a d’ailleurs assuré que Québec et Montréal se donnent un objectif d’avoir une augmentation « nette » de 450 policiers dans la métropole, soit en tenant compte, « bien sûr », des départs à la retraite.

Le nombre de policiers à Montréal pourrait donc augmenter de plus de 10 % d’ici cinq ans, par rapport au nombre actuellement en poste. Le cabinet de Mme Plante n’a pas précisé samedi au Devoir combien la Ville prévoit dépenser pour ces embauches, mais on affirme que celles-ci devraient avoir un impact « marginal » sur ses prochains exercices budgétaires.

« La police est là et les bandits n’ont plus leur place ici. C’est important pour la population de le savoir », a pour sa part lancé la ministre responsable de la Métropole, Chantal Rouleau.

Une somme de 5 millions par année sera par ailleurs octroyée par Québec afin d’ajouter 50 postes d’intervenants au sein de l’Équipe mobile de médiation et d’intervention sociale d’ici 5 ans, un montant qui sera égalé par la Ville de Montréal pour un total de 50 millions de dollars. Cette équipe permet notamment de déployer des travailleurs sociaux pour intervenir auprès d’individus en crise afin de désamorcer la situation sans avoir recours à des policiers.

Actuellement, environ 30 % des appels au 911 à Montréal concernent des dossiers en santé mentale, a rappelé Mme Plante. Cette dernière estime donc qu’en misant sur cette équipe mobile pour répondre aux appels en santé mentale, la Ville pourra « donner de l’oxygène » aux policiers qui, convient-elle, « sont fatigués ».

Un enjeu de recrutement

 

Dans les derniers jours, la mairesse Valérie Plante a été sévèrement critiquée, notamment par l’opposition officielle à l’hôtel de ville, après que des reportages de divers médias ont fait état d’allégations selon lesquelles des fonds provinciaux destinés au SPVM auraient été alloués à d’autres ressources. Mme Plante a rejeté sévèrement ces dires, tandis que le parti Ensemble Montréal s’est dit inquiet de la perspective d’un « définancement » de la police montréalaise.

Dans les faits, les dépenses réelles du corps de police – qui dépassent souvent celles prévues dans les budgets de la Ville – connaissent une hausse constante, annuellement, depuis 2016. Elles ont d’ailleurs atteint un sommet de 745,1 millions de dollars, un montant 14,5 % plus élevé que celui dépensé en 2016, selon les données de la Ville.

Une part importante des 66 millions de dollars dépensés en excédent du budget prévu l’an dernier pour la police, soit près de 35 millions, a toutefois été allouée aux heures supplémentaires des policiers. Une situation qui témoigne des défis de recrutement auxquels est confronté le SPVM afin de compenser les départs volontaires et à la retraite de plusieurs de ses policiers.

« On doit trouver un moyen d’attirer plus de jeunes de la diversité à s’intéresser à la police », a convenu Mme Guilbault, qui a aussi proposé que des policiers à la retraite soient appelés à retourner au travail. Sophie Roy a pour sa part évoqué la possibilité d’augmenter les salaires offerts aux policiers à Montréal.

« Évidemment, toutes les options sont sur la table. On reste ouverts. On est vraiment un service de police qui tente d’apprendre des meilleures pratiques », a déclaré Mme Roy. Elle a d’ailleurs indiqué que des mesures sont prises par le SPVM pour accélérer les étapes de recrutement pour les candidats intéressés. « On travaille déjà activement là-dessus », a-t-elle affirmé.

En date du 15 août dernier, le SPVM comptait 4 338 policiers, selon les données diffusées plus tôt cette semaine par la Fraternité des policiers et des policières de Montréal. Celle-ci a alors déploré une baisse des policiers sur le terrain à Montréal, ce qui a incité Mme Plante à promettre l’embauche de 282 policiers supplémentaires d’ici la fin de l’année, sans toutefois s’avancer sur le nombre de départs à la retraite et de démissions qui pourraient survenir dans les prochains mois.

À voir en vidéo