Lévesque voulait renforcer villes et régions

L’ancien chef péquiste souhaitait notamment que les préfets des MRC soient élus par suffrage universel.
Photo: Jacques Nadeau archives Le Devoir L’ancien chef péquiste souhaitait notamment que les préfets des MRC soient élus par suffrage universel.

Cet été, René Lévesque aurait eu 100 ans. Jusqu’au 24 août prochain, date anniversaire, Le Devoir souligne sur toutes ses plateformes la mémoire du fondateur du Parti québécois, l’un des plus grands premiers ministres de l’Histoire du Québec, avec la série 100 ans de René Lévesque.

René Lévesque souhaitait donner plus de pouvoirs aux villes et aux régions, selon Michel Lemieux, qui a été chef de cabinet de l’ex-ministre péquiste Guy Tardif. Ce dernier a notamment été à la tête du ministère des Affaires municipales de 1976 à 1980, sous le gouvernement Lévesque.

« Je me souviens d’avoir entendu [M. Lévesque] dire : on ne fera pas l’indépendance pour renforcer le pouvoir des fonctionnaires à Québec, dit M. Lemieux. Dans son optique, un certain nombre de pouvoirs auraient pu être récupérés du fédéral et auraient été gérés régionalement ou localement. »

À terme, le père du PQ voulait instaurer des gouvernements régionaux, explique M. Lemieux. « Mais l’étape obligatoire était de créer des MRC [municipalités régionales de comté]. » Elles ont donc été mises sur pied, à la suite de l’adoption de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme, en 1979.

L’ancien chef péquiste souhaitait notamment que les préfets des MRC soient élus par suffrage universel, souligne Michel Lemieux, qui a aussi été conseiller politique de son cabinet. À ce jour, quelques MRC ont adopté l’idée de Lévesque.

« Peut-être que c’est son origine gaspésienne, [mais M. Lévesque disait que] plus tu prends les décisions près des gens, meilleures sont ces décisions-là », affirme M. Lemieux.

Un politicien rassembleur

 

L’ancien maire de Baie-Saint-Paul Jean Fortin raconte d’ailleurs avoir été inspiré par le côté rassembleur de René Lévesque, qu’il n’a toutefois jamais eu la chance de côtoyer. « C’est cette approche-là [que je retiens de M. Lévesque], d’être près des gens et de pouvoir être capable de travailler avec eux, peu importe qui ils sont », note l’homme qui a pris sa retraite en 2021, après 25 ans à la tête de la Ville.

C’est notamment en étant « très présent » auprès de la population que Jean Fortin a pu contribuer au regroupement de trois municipalités (ville de Baie-Saint-Paul, paroisse de Baie-Saint-Paul et municipalité de Rivière-du-Gouffre), en 1996, estime-t-il.

Jean Fortin dit avoir été inspiré tout au long de sa carrière par le réalisme dont faisait preuve l’ancien chef péquiste. « Je pense qu’il était capable de dire oui, on a une vision, mais entre-temps, il faut continuer de bâtir le Québec. »

Des valeurs léguées au municipal

 

La grande écoute et l’ouverture de René Lévesque ont été des sources d’inspiration pour Marc Demers, maire de Laval de 2013 à 2021. « [Ces valeurs], ça s’applique à toutes les instances, que ce soit au municipal, au provincial ou au fédéral », ajoute l’homme ayant fait carrière en politique bien après la période Lévesque.

M. Demers relate avoir décidé de se présenter comme candidat à la mairie de Laval en 2013 dans la foulée des multiples scandales de corruption qui ont éclaté sous l’ancien maire Gilles Vaillancourt. Il raconte s’être dit : « [Soit] je continue mes affaires, je fais semblant que je ne vois rien et on laisse ça aller, [soit] je suis l’exemple de René Lévesque et je dis non, non, tu t’impliques et on verra ce qui va arriver. »

Selon lui, le père du PQ a su maintenir un équilibre entre le fait d’informer les citoyens et de les guider. « Le [rôle du] leader est d’essayer d’expliquer les effets bénéfiques du changement, ce qui va se passer et pourquoi le faire. » C’est d’ailleurs ce qu’a fait René Lévesque au sujet de l’indépendance, note M. Demers, qui a été candidat péquiste aux élections québécoises en 2007 et en 2008.

Un « peuple de propriétaires »

Dans sa vision du Québec, René Lévesque « voulait qu’on devienne un peuple de propriétaires », souligne Guy Lachapelle, professeur de science politique à l’Université Concordia. L’accès à la propriété, une question au coeur des débats en 1976, était nécessaire pour que les francophones puissent augmenter leurs revenus moyens, explique-t-il.

Pour ce faire, en 1982, le programme Corvée-Habitation a été mis sur pied, porté par le ministre Guy Tardif. Ce dernier était alors ministre de l’Habitation et de la Protection du consommateur. Avec ce front commun permettant la proposition de taux d’intérêt hypothécaires avantageux aux futurs propriétaires, environ 56 000 logements ont été construits en trois ans.

Le nom « Corvée-Habitation » est symbolique, note M. Lachapelle. « Dans notre histoire, faire une corvée, c’est que tout le monde participe à l’effort et travaille à faire quelque chose en collaboration. »

Le programme Logipop, instauré en 1977, avait d’ailleurs donné un nouvel élan aux coopératives d’habitation en offrant des subventions pour leur démarrage. « Dans toutes les régions, je pense que ça a donné un coup de pouce aux maires », conclut Guy Lachapelle.