Des terres protégées à Brossard pour compenser les travaux du REM

Une vue aérienne de la friche protégée, où des espèces exotiques envahissantes ont été fauchées, arrachées et recouvertes de bâches afin d’en freiner le développement. Des hélicoptères ont aussi largué des «bombes» de semences d’espèces végétales souhaitables, et 2400 arbres ont été plantés.
Photo: Nature-Action Québec Une vue aérienne de la friche protégée, où des espèces exotiques envahissantes ont été fauchées, arrachées et recouvertes de bâches afin d’en freiner le développement. Des hélicoptères ont aussi largué des «bombes» de semences d’espèces végétales souhaitables, et 2400 arbres ont été plantés.

Des milieux naturels de Brossard seront protégés à perpétuité afin de compenser les milieux humides perdus lors de la construction de la station terminale du Réseau express métropolitain (REM). Le projet de restauration et de conservation, mené par l’organisme Nature-Action Québec, agrandit le Bois de Brossard, un rare îlot de nature dans la région.

Le lot ajouté, une friche abandonnée depuis des années, compte 23 hectares. Douze hectares de ces terres agricoles mal drainées sont considérés comme des milieux humides.

 

C’est la Ville de Brossard qui en est le nouveau propriétaire, mais c’est CDPQ Infra, le promoteur du REM, qui en a fait l’achat. Le coût du projet, incluant la réhabilitation du terrain et un suivi pendant 10 ans, s’élève à 1 million de dollars.

« On sécurise pour qu’il n’y ait pas de développement immobilier », explique Virginie Cousineau, la directrice des affaires publiques chez CDPQ Infra, lors d’une réunion à laquelle Le Devoir a assisté lundi. Le lot choisi, situé tout près de la station du REM et du centre commercial Quartier Dix30, suscitait la convoitise des promoteurs immobiliers qui, selon Mme Cousineau, continuaient d’espérer un dézonage.

Grâce à ces 23 nouveaux hectares, la Ville de Brossard continue d’accroître la proportion de milieux naturels protégés sur son territoire. Depuis 10 ans, la superficie des milieux terrestres protégés a presque doublé dans cette municipalité, atteignant aujourd’hui 24 %.

Le Bois de Brossard, une réserve naturelle de 408 hectares, constitue d’ailleurs « l’une des plus grandes richesses écologiques de la Montérégie », selon la mairesse de Brossard, Doreen Assaad. Avec Nature-Action Québec, qui est propriétaire d’une partie de cette réserve en élaboration, la Ville de Brossard s’efforce de mettre la main sur les morceaux manquants afin de créer un grand parc sans discontinuité.

Une collaboration était ainsi naturelle avec CDPQ Infra qui était obligée, en vertu de loi, de compenser les milieux humides détruits par la construction du REM. Sa station terminale, qui comporte un garage pour les trains et des milliers d’espaces de stationnements pour les navetteurs, avait entraîné l’élimination de 10 hectares de ces milieux d’une importance cruciale pour la biodiversité.

Un travail de longue haleine

 

Les friches agricoles obtenues pour la compensation du REM découlent des efforts de Nature-Action Québec (NAQ), qui tâche depuis des années de tisser des liens de confiance avec les propriétaires privés du Bois de Brossard afin de les convaincre de vendre leur lot pour en faire une aire naturelle protégée.

« Ça fait 14 ans qu’on appelle chaque propriétaire, chaque année, explique Romy Bazo, directrice de la conservation des milieux naturels chez NAQ. Certains rêvent en couleur : ils veulent des millions. » Toutefois, à mesure que les milieux naturels se multiplient autour de chez eux, les propriétaires de friches deviennent plus enclins à se départir de leur lot, ajoute-t-elle.

Ça fait 14 ans qu’on appelle chaque propriétaire, chaque année. Certains rêvent en couleur : ils veulent des millions.

 

Restaurer le lot payé par CDPQ Infra a nécessité d’importants travaux. On y trouvait des caches de chasse, des sentiers de véhicule tout-terrain (VTT) et même des dépôts de matière issus de la construction du Quartier Dix30, souligne Jérôme Maurice, le directeur de la restauration des milieux naturels chez NAQ. Par ailleurs, des espèces exotiques envahissantes, notamment le roseau commun et le nerprun, y abondaient.

Ces espèces exotiques envahissantes ont été fauchées, arrachées et recouvertes de bâches afin d’en freiner le développement. Des hélicoptères ont par ailleurs largué des « bombes » de semences d’espèces végétales souhaitables. Au total, 2400 arbres ont aussi été plantés.

Le projet de compensation pour la perte de milieux humides de Brossard est le plus important mené par les promoteurs du REM. L’an dernier, le creusage d’un tronçon de tunnel devant desservir l’aéroport Montréal-Trudeau avait, selon plusieurs spécialistes, provoqué l’assèchement d’un marais. CDPQ Infra avait nié sa responsabilité, mais promis de restaurer le milieu affecté.

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