Fini l’école virtuelle pour les élèves vulnérables à la COVID-19

Le ministère de l’Éducation met fin à l’enseignement virtuel qui était offert depuis deux ans à des centaines d’élèves vulnérables à une infection au virus de la COVID-19. Québec s’appuie sur la fin de l’état d’urgence sanitaire pour justifier le retour en classe de tous les élèves du primaire et du secondaire, même ceux atteints d’une maladie chronique ou dont le système immunitaire est affaibli.

Cette décision a été transmise la semaine dernière aux centres de services scolaires par le sous-ministre de l’Éducation, Alain Sans Cartier. La directive annule un arrêté ministériel de mai 2022 qui ordonnait notamment aux écoles d’enseigner à distance aux élèves dont « l’état de santé ou celui d’une personne avec qui ils résident les met à risque de complications graves s’ils contractent la COVID-19 ». Un papier de médecin était requis pour avoir droit à l’enseignement virtuel.

Le ministère de l’Éducation considère qu’il est dans l’intérêt supérieur des enfants de revenir en présence à l’école, indiquent nos sources. Les élèves viennent en classe non seulement pour les apprentissages, mais aussi pour socialiser. Dans certains cas, l’école est aussi un filet de sécurité sociale qui permet de détecter les enfants vivant une situation difficile à la maison.

Si j’étais parent d’un enfant vulnérable, je serais préoccupé. J’aurais besoin d’être rassuré.

 

Cette obligation de revenir en classe reste méconnue dans le réseau scolaire — la rentrée se fera dans les prochains jours —, mais préoccupe la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ), qui réclame des clarifications au ministère de l’Éducation.

« Si j’étais parent d’un enfant vulnérable, je serais préoccupé. J’aurais besoin d’être rassuré », a déclaré Kévin Roy, président de la FCPQ. Les parents sont en droit de se demander pourquoi l’enseignement à distance était approprié depuis deux ans pour des enfants vulnérables à la COVID-19, mais que la présence en classe devient maintenant obligatoire, affirme-t-il.

Mesures de protection

 

Kévin Roy soutient que les directives entourant l’école virtuelle « manquent de clarté ». Il réclame une politique qui encadrerait l’enseignement à distance en tenant compte des avantages et des inconvénients pour tous les élèves. Il serait rassuré si la Santé publique avait recommandé la fin de l’enseignement virtuel pour les élèves vulnérables à la COVID-19.

Questionné à ce sujet, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a indiqué au Devoir que la Santé publique n’avait pas produit d’avis portant spécialement sur la fin de l’école à distance. Robert Maranda, porte-parole du MSSS, nous a renvoyés à une page de directives pour les « personnes atteintes d’une maladie chronique ou ayant un système immunitaire affaibli, incluant les enfants, ainsi que leurs proches ».

Ces personnes vulnérables « doivent s’assurer de respecter en tout temps les consignes sanitaires de base ; minimiser les contacts ; éviter les lieux publics ; sinon, porter un masque ou un couvre-visage », indique le MSSS.

« Indépendamment de l’âge, des mesures de protection additionnelles peuvent s’imposer pour les travailleurs avec maladie chronique ou système immunitaire affaibli. Par exemple, favoriser le travail à distance à partir du domicile ou appliquer rigoureusement des mesures de prévention spécifiques à certains milieux de travail si le télétravail est impossible », ajoute le ministère de la Santé.

Personnel exempté

 

Les élèves doivent revenir en classe, mais le personnel scolaire peut toujours être exempté de présence à l’école pour des raisons médicales confirmées par un médecin.

« Il revient aux centres de services scolaires de déterminer les modalités s’appliquant au personnel vulnérable à la COVID-19, et ce, en respect des recommandations actuelles formulées par la Direction générale de santé publique, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) », précise Bryan St-Louis, porte-parole du ministère de l’Éducation.

L’INSPQ décrit les problèmes de santé qui rendent les gens vulnérables à une infection au virus de la COVID-19 (maladies rénales, cardiovasculaires et respiratoires chroniques ; greffe du foie, du rein, du coeur ou du poumon ; cancer ; et plusieurs autres).

« Il importe de souligner que cet avis se veut un outil de référence pour soutenir les médecins dans l’évaluation de la vulnérabilité d’un individu au SRAS-CoV-2 et des mesures de protection additionnelles recommandées dans le cadre du travail. Conséquemment, le jugement du médecin traitant face à la vulnérabilité de son patient demeure essentiel et devrait avoir prépondérance », précise l’INSPQ.

Autre changement par rapport à la dernière année scolaire : la mesure qui prévoyait la fermeture d’une classe si 60 % de ses élèves étaient positifs à la COVID-19 a été abolie. Dans le réseau, on attend des précisions sur tout ce qui touche les fermetures de classe et sur le suivi des apprentissages des élèves isolés en cas d’infection.

Autres critères pour le virtuel

 

Le ministère de l’Éducation explique que l’école virtuelle reste possible pour certains élèves, mais uniquement dans le cadre d’un projet pilote qui s’échelonne de septembre 2021 à juin 2024. Ce type d’enseignement à distance ne vise pas des élèves exemptés pour des raisons médicales, mais plutôt des enfants « qui ne cadrent pas dans le moule habituel » de l’école.

Aux dernières nouvelles, 3500 élèves prenaient part à ce projet, qui s’inscrit dans le Plan d’action numérique du gouvernement Legault. Les parents doivent démontrer que l’école virtuelle est la meilleure solution pour leurs enfants en raison d’une série de circonstances : intimidation, anxiété grave, troubles de comportement ou d’apprentissage, autisme, douance, éloignement des grands centres ou encore participation à des programmes de sport-études ou arts-études nécessitant des absences régulières de la classe.

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