Le Canada à la une en Allemagne

Le voyage au Canada du chancelier étonne les Allemands, tant par sa durée que son ambition.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le voyage au Canada du chancelier étonne les Allemands, tant par sa durée que son ambition.

Tous les grands médias allemands ont consacré une partie de leur couverture au Canada — et à sa politique énergétique — en marge de la visite hors de l’ordinaire du chancelier allemand, Olaf Scholz, qui était à Montréal lundi.

En soi, le voyage au Canada de leur chef de gouvernement étonne les Allemands, tant par sa durée que par son ambition. « Il s’agit de la plus longue visite inaugurale d’un chancelier dans un seul pays », indique le journal munichois Süddeutsche Zeitung, le plus grand quotidien d’Allemagne.

« Pour aucun autre de la vingtaine de pays visités depuis son assermentation, en décembre, [Olaf Scholz] n’a mis autant d’efforts dans ses visites inaugurales qu’il le fait maintenant pour le Canada », écrit aussi le média économique Handelsblatt.

Une revue de presse effectuée par Le Devoir lundi laissait peu de doute sur le soudain intérêt et la curiosité des médias allemands pour le pays et son potentiel gazier et minier, notamment.

 

Remplacer le gaz russe

« Le Canada possède des ressources naturelles aussi riches que la Russie », explique le quotidien Frankfurter Allgemeine, reprenant le parallèle enthousiaste dressé par Olaf Scholz lui-même.

Tel un nouveau prétendant qu’on compare à un partenaire déchu, le deuxième pays du monde par sa superficie est systématiquement comparé au premier, dont on veut se défaire des liens commerciaux.

« Démocratique, stable et non menacé par Trump, comme le présente la chaîne publique de télévision allemande ZDF, le Canada est l’un des pays qui sont devenus encore plus attrayants à la suite de la guerre d’agression russe. »

Encore faut-il que le Canada soit en mesure d’aider l’Europe à se défaire au plus vite de sa dépendance au gaz russe, ce qui est loin d’être dans la poche, souligne consensuellement la presse allemande. Les annonces attendues concernent d’ailleurs de futures exportations d’hydrogène vert, et non de ce gaz naturel qui fait présentement tourner les usines.

« Les projets [annoncés] ne promettent pas une solution rapide aux problèmes énergétiques de l’Europe », analyse Die Tageszeitung, un journal réputé proche du Parti vert allemand. « L’un des défis entourant le GNL [gaz naturel liquéfié] est le niveau d’investissement dans les infrastructures », conclut Die Welt.

L’hebdomadaire Die Zeit met d’ailleurs ses lecteurs en garde contre le gaz canadien, comparé à du « gaz lacrymogène » pour les enjeux éthiques liés à l’extraction par fracturation hydraulique, une méthode qui fait « verser des larmes », écrit-on dans une analyse.

En plus des conjonctures sur le gaz naturel, les publications économiques soulignent quant à elles l’intérêt de l’industrie allemande pour les métaux canadiens, comme le cobalt, le nickel, le lithium et le graphite, importants pour la production de batteries.

Outre les dossiers économiques, des atomes crochus entre le chancelier Scholz et le premier ministre Trudeau sont notés notamment sur la question climatique.

 

Formé à la fin de l’année dernière, le nouveau gouvernement allemand comprend des membres issus du Parti vert, comme le ministre de l’Économie et du Climat, Robert Habeck, qui fait aussi partie du voyage. « Il s’agit d’énergie et de matières premières, mais aussi de savoir quel style politique correspond le mieux à l’époque », relève Der Spiegel. Le Canada est donc aussi en toile de fond de ces intrigues politiques.

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