Glencore entend se conformer aux exigences de Québec

La fonderie Horne, à Rouyn-Noranda
Étienne Ravary Le Devoir La fonderie Horne, à Rouyn-Noranda

Candidature reportée pour la CAQ

Le dévoilement de l’identité du candidat de la CAQ dans Rouyn-Noranda–Témiscamingue, qui devait avoir lieu jeudi matin, a finalement été repoussé « à une date ultérieure » à quelques minutes d’avis. Une porte-parole du parti a expliqué au Devoir que ce report était dû à « des enjeux logistiques » et n’était pas « directement » lié à l’annonce de la Fonderie Horne. La candidature pour la CAQ de Claude Thibault, membre du CLD de Rouyn-Noranda, avait été annoncée en juillet dernier, pour ensuite être retirée quelques jours plus tard pour des raisons « personnelles ». Le candidat de la CAQ devra affronter la députée solidaire sortante, Émilise Lessard-Therrien, ainsi que le libéral Arnaud Warolin, le péquiste Jean-François Vachon et le conservateur Robert Daigle.

Jean-Louis Bordeleau

Sous le feu des critiques depuis plusieurs mois, la Fonderie Horne de Rouyn-Noranda tente de montrer patte blanche. La concentration d’arsenic émis dans l’air par ses activités sera réduite à un maximum de 15 ng / m3, affirme-t-elle, mais seulement d’ici 2027.

Les responsables de la seule fonderie de cuivre au Canada ont présenté à la presse un plan de refonte de leurs installations afin de réduire sa pollution des environs. Selon leurs prévisions, en partant de la limite actuelle de 100 ng / m3, les émissions d’arsenic annuelles diminueront à 65 ng / m3 en 2023, puis à 45 ng / m3 l’année suivante, pour ensuite tomber à 15 ng / m3 en 2027.

La multinationale suisse Glencore a aussi tenté de se faire rassurante en indiquant que, dans « 84 % du périmètre urbain de Rouyn-Noranda, les émissions seront limitées à 3 ng / m3 ».

« On présente un plan pour arriver à 15 ng / m3. On n’est pas en mesure d’indiquer comment on va arriver à 3 ng / m3, [la norme québécoise] », a cependant nuancé Claude Bélanger, chef des opérations de cuivre de Glencore en Amérique du Nord.

Cette pollution limitée à une moyenne annuelle de 15 ng / m3 correspond exactement au seuil avancé il y a quelques jours par le ministre de l’Environnement pour le renouvellement de l’attestation d’assainissement de la fonderie. Il y a tout juste une semaine, la Santé publique québécoise déclarait de son côté que ce seuil était « acceptable ».

Pressé de questions sur la coïncidence de ces annonces, Claude Bélanger a répondu que cette norme se fondait sur des « modèles scientifiques ».

Plusieurs chantiers permettront d’atteindre la limite de 15 ng / m3, selon la fonderie. Les secteurs critiques seront « encapsulés » et soumis à un système de pression négative. Les émissions fugitives — celles qui s’échappent par les trous des murs de l’usine — constituent la majeure partie des rejets de contaminants. En scellant ces issues, les filtreurs vont donc « capter l’entièreté des gaz », promet le directeur de l’ingénierie de la fonderie, Donald Piché.

Son équipe procédera à une « réingénierie complète des procédés de transformation du cuivre ». Le temps nécessaire pour la fonte du cuivre sera notamment réduit, ce qui devrait limiter les émissions polluantes. Ce réaménagement de l’usine doit coûter 500 millions de dollars sur cinq ans.

Des pourparlers sont en cours avec le gouvernement à propos d’une aide financière, mais ces discussions n’en sont qu’à une étape préliminaire. La fermeture de l’usine « n’a jamais effleuré l’esprit » des responsables de la fonderie.

Flou autour des capteurs

 

Québec envisage d’imposer des plafonds d’émissions de polluants sur une base quotidienne. La présentation de la Fonderie Horne n’a pas fait mention de normes ramenées sur une base journalière. « Les émissions totales vont diminuer, et donc les valeurs journalières vont être réduites », a simplement observé Marie-Élise Viger, responsable de l’environnement chez Glencore.

Les capteurs aux alentours de la fonderie continueront toutefois de fonctionner selon le « standard » actuel, soit une captation tous les trois jours, a-t-elle précisé.

La fiabilité des stations de mesure de la fonderie a d’ailleurs été mise en doute récemment. L’une d’elles a été contaminée l’an dernier, empêchant la prise de données fiables. Cette station a été « remplacée », mais aucune explication n’a été offerte sur les moyens d’assurer la viabilité à long terme de la prise de données sur les contaminants émis.

Par ailleurs, la Fonderie ne compte pas diffuser par elle-même les données recueillies sur ses capteurs. Elle renvoie la population à l’inventaire national des rejets de polluants. Cet inventaire peut être consulté en ligne, sur un site Internet du gouvernement fédéral passablement compliqué.

Le ministre de l’Environnement a mentionné plus tôt cette semaine que la prochaine entente entre Québec et Glencore devrait inclure l’installation de nouveaux capteurs, évoquant même une approche « 360 » et des sondes tout autour du complexe métallurgique.

Le premier ministre rassuré

 

La cible de 15 ng / m3 proposée par la fonderie semble satisfaire le premier ministre François Legault.

« Les experts disent qu’à 15 nanogrammes, c’est sécuritaire pour la population. C’est encore mieux 3, mais c’est sécuritaire à 15 », a-t-il déclaré en marge d’un point de presse dans les Laurentides. « Maintenant, toute la question, c’est de dire : combien ça va prendre de temps pour se rendre à 15 ? […] Ça ne pourra pas se faire du jour au lendemain. »

Une large part de la population de Rouyn-Noranda demeure peu rassurée. « Ça va continuer de diviser la ville dans les prochaines semaines », estime Valérie Fournier, du comité Arrêt des rejets et émissions toxiques de Rouyn-Noranda.

La lenteur avec laquelle Glencore, la firme propriétaire de la fonderie, traite la réfection de l’usine ainsi que l’absence d’une feuille de route vers l’atteinte de la norme québécoise déçoivent tout particulièrement la militante écologiste. « Ce n’est pas étonnant pour une multinationale milliardaire. Depuis des années, elle cherche à en faire le moins possible. Ça continue dans ce sens. »

Glencore a une valeur boursière estimée à plusieurs dizaines de milliards de dollars ; elle vient également de reverser à ses actionnaires 4,5 milliards de dollars supplémentaires après avoir vu ses bénéfices exploser.



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