Des employés fédéraux autochtones exempts d’un cours de langue

Une note obtenue par La Presse canadienne par l’entremise de la Loi sur l’accès à l’information mettait en garde contre «des tensions croissantes» parmi les employés parlant une langue autochtone, mais ne maîtrisant pas les deux langues officielles du pays.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Une note obtenue par La Presse canadienne par l’entremise de la Loi sur l’accès à l’information mettait en garde contre «des tensions croissantes» parmi les employés parlant une langue autochtone, mais ne maîtrisant pas les deux langues officielles du pays.

Des fonctionnaires de haut rang envisagent d’offrir des cours de langues autochtones aux employés fédéraux. Ils songent aussi à offrir une exemption à ceux qui en parlent déjà une tout en ayant une connaissance suffisante de l’anglais ou du français, révèlent des documents.

Des sous-ministres de plusieurs ministères ont discuté de ces sujets au cours de l’automne dernier.

Une note obtenue par La Presse canadienne par l’entremise de la Loi sur l’accès à l’information mettait en garde contre « des tensions croissantes » parmi les employés parlant une langue autochtone, mais ne maîtrisant pas les deux langues officielles du pays.

Selon la Loi sur les langues officielles, les institutions fédérales doivent veiller à ce que le milieu de travail soit propice à l’usage effectif des deux langues officielles, tout en permettant à leur personnel d’utiliser l’une ou l’autre.

À ce titre, les fonctionnaires de haut rang doivent pouvoir communiquer en anglais et en français. Le bilinguisme est obligatoire pour un certain nombre de postes de la fonction publique. Toutefois, un employé peut suivre des cours d’anglais ou de français.

Une note a circulé l’automne dernier, mentionnant qu’un groupe de travail avait été formé pour discuter des changements possibles aux exigences de bilinguisme dans la fonction publique fédérale. On y apprend qu’un réseau d’environ 400 fonctionnaires autochtones a soulevé le besoin « d’une exemption générale ».

« Selon moi, il y a lieu d’accorder une exemption, si l’employé parle une langue autochtone, a écrit Gina Wilson, une sous-ministre à Patrimoine canadien qui défend la nécessité d’embaucher plus de fonctionnaires autochtones. Notre gouverneure générale représente un bon exemple. »

La nomination de Mary Simon, une Inuite, à titre de gouverneure générale, a soulevé la controverse, car elle parle l’anglais et l’inuktitut, mais pas le français. Elle est en train d’apprendre la langue de Molière.

On ignore si le gouvernement compte aller de l’avant avec ces propositions.

Le ministre des Relations Couronne-Autochtones, Marc Miller, qui est en train d’apprendre la langue mohawk, dit que l’idée de donner des exemptions est un sujet sensible.

« Quand on prend ce genre de décision, c’est presque toujours au détriment du français. Inévitablement, souligne-t-il. Ce n’est pas quelque chose qu’une majorité de gens trouveront acceptable. Il existe déjà des ressources pour apprendre [une langue officielle] et elles sont disponibles. »

Parmi les autres idées qui ont circulé, mentionnons la possibilité de donner plus de temps pour apprendre la deuxième langue officielle et donner la possibilité à tous les fonctionnaires, y compris les non-autochtones, d’apprendre une langue autochtone.

Marc Miller dit soutenir l’idée de donner des cours linguistiques, particulièrement aux fonctionnaires autochtones qui n’ont pas eu la chance d’apprendre une langue autochtone dans leur jeunesse.

Il ne souhaite pas que des enseignants soient retirés des communautés autochtones, là où ils contribuent à la renaissance de langues perdues.

« Si on observe la fragilité des langues autochtones dans l’ensemble du pays, on ne souhaite pas retirer ces précieux actifs. On ne veut pas prendre ces enseignants, souvent des personnes plus âgées, des dictionnaires ambulants, et les retirer des communautés qui tentent de refaire vivre leur langue. »

Les fonctionnaires ont aussi soulevé le besoin de fournir des services en inuktitut aux Inuits.

« Nous pouvons faire mieux dans ce domaine », concède M. Miller.

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