Des conspirationnistes veulent arrêter des policiers à Peterborough

Le parc de la Confédération, à un coin de rue des quartiers généraux de la police municipale, où les manifestants ont prévu de se réunir samedi.
Photo: Wikimedia Commons Le parc de la Confédération, à un coin de rue des quartiers généraux de la police municipale, où les manifestants ont prévu de se réunir samedi.

Des adeptes de Romana Didulo, une conspirationniste canadienne qui s’autoproclame « reine » du pays, prévoient se rassembler à Peterborough samedi pour arrêter des membres de la police locale et les rendre à des militaires. Dans des messages publiés en ligne, le groupe d’adeptes écrit que le poste de police est au courant de l’arrivée des manifestants.

L’« arrestation citoyenne » de samedi débuterait par un rassemblement au parc de la Confédération, à un coin de rue des quartiers généraux de la police municipale. « La police est au courant du rassemblement et suit [les activités] », a fait savoir par courriel Sandra Dueck, coordonnatrice des communications de la police. Le bureau de la mairesse de Peterborough, Diane Therrien, a redirigé Le Devoir à la police. Le ministère de la Défense nationale n’a pas voulu commenter l’affaire.

D’après Christine M. Sarteschi, une professeure à l’Université Chatham, en Pennsylvanie, qui s’intéresse aux activités de Romana Didulo, un individu du nom de Frank Curtin est l’un des principaux organisateurs du rassemblement de samedi. « Dans de nombreuses vidéos, il a exprimé son mécontentement à l’endroit de la police pour la gestion d’une plainte concernant son employeur », dit-elle. La professeure ne s’attend pas à ce que Romana Didulo, qui se dit souveraine de la « République du Canada », soit présente.

Selon Carmen Celestini, une professeure à l’Université Waterloo qui se spécialise dans les mouvements conspirationnistes, la ville de Peterborough a entre autres été choisie, car plusieurs des quelque 60 000 adeptes de Romana Didulo y habitent. Des suprémacistes blancs résident aussi dans la région, dit-elle. En 2017, le groupe suprémaciste Canadian Nationalist Front a tenté d’organiser un rassemblement au parc de la Confédération, avant de l’annuler à la dernière minute.

Les organisateurs du rassemblement de samedi espèrent qu’environ 1000 personnes se rejoindront au parc, mais Carmen Celestini, tout comme Christine M. Sarteschi s’attend à ce que seulement environ 200 d’adeptes de la « Reine du Canada » s’y rendent. « Il n’y aura pas d’armée et la police ne va pas capituler », explique-t-elle. « Je ne suis pas trop inquiète », affirme Stephanie Carvin, ex-analyste en sécurité nationale au gouvernement fédéral. Mais l’ancienne analyste note que l’organisation d’un tel rassemblement montre que les adeptes de Romana Didulo ont confiance en leur croyance.

« Les adeptes pensent qu’ils vont arrêter les policiers, qu’ils vont sortir et que les gens vont les célébrer », explique Carmen Celestini, qui sera à Peterborough samedi pour suivre le déroulement de la mobilisation. « Ils pensent qu’ils seront perçus comme des héros », poursuit-elle.

Les dizaines de milliers d’abonnés de Romana Didulo sur le réseau social Telegram représentent une frange canadienne du mouvement des citoyens souverains. « Le mouvement est de nature antigouvernementale », décrivait Christine M. Sarteschi sur le site La Conversation au mois de juin. Les adeptes pensent être à l’abri des lois gouvernementales. L’idée d’une arrestation citoyenne s’inscrit dans cette philosophie. « Ces gens se voient comme des agents de la paix », commente Stephanie Carvin.

Avec Boris Proulx

 

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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