Fin de la grève à la SAQ

Des syndiqués de la SAQ suivaient le déroulement de l’assemblée générale au moyen de jumelles, hier, au parc Olympique.
Photo: Jacques Nadeau Des syndiqués de la SAQ suivaient le déroulement de l’assemblée générale au moyen de jumelles, hier, au parc Olympique.

Les grévistes de la Société des alcools du Québec (SAQ) ont approuvé hier soir dans une proportion de 76 % la proposition de la partie patronale que le comité de négociation du Syndicat des employés de magasins et de bureaux (SEMB-CSN) leur suggérait d'accepter après plus de deux mois et demi de débrayage.

Réunis dans une salle du Stade olympique, quelque 2200 des 3800 membres du SEMB se sont penchés pendant plus de cinq heures sur une entente complexe renfermant des gains pour les deux parties. Le retour au travail aura lieu vendredi midi mais à en juger par la réaction plutôt réservée de certains grévistes, l'harmonie pourrait ne pas être au rendez-vous dès les premières heures.

«Il y a de gros points positifs, il y a des concessions majeures, et il y a du nouveau matériel qui fait en sorte que certaines choses sont difficiles à évaluer à l'heure actuelle. Mais on a la conviction que c'est pour le mieux de nos membres, qui ont un contrat honorable», a déclaré le président du SEMB, Martin Charron, soulagé mais visiblement épuisé par les événements. «On n'avait pas le choix d'aller en grève, et j'ai la conviction personnelle qu'on n'aurait jamais pu aller chercher ce qu'on est allé chercher autrement que par un conflit.»

La SAQ a assoupli sa position face à la mobilité des employés à temps partiel, qui constituent 70 % des membres du SEMB. Elle a renoncé à sa demande visant à rattacher de force certains employés partiels à une succursale, contrairement au système qui leur permettait auparavant de fréquenter de petits regroupements de plusieurs magasins pour accumuler un plus grand nombre d'heures. Près de 90 succursales des grands centres auront un statut «prioritaire», mais les regroupements demeurent intacts.

«L'entente donnera à la SAQ une meilleure flexibilité dans sa gestion du personnel en magasin et une plus grande stabilité dans l'exploitation de son réseau de succursales», a estimé dans un communiqué le président-directeur général de la SAQ, Sylvain Toutant. «Il est maintenant temps de tourner la page.»

Par ailleurs, la SAQ dit avoir une nouvelle méthode pour établir le plancher d'emploi en fonction du nombre d'heures travaillées, chose qui mènera à la création de 80 nouveaux postes réguliers. Quant à la demande syndicale visant à éliminer les horaires où un employé se voit obligé de travailleur deux jours le week-end, la SAQ entend ne plus afficher ces postes ni en créer de nouveaux. Cela porte actuellement sur 181 postes.

La proposition de règlement, qui contient des hausses salariales de 2 % par année débutant le 1er janvier 2003, signale que, dans l'ensemble, 1250 employés auront une sécurité d'emploi, contre 1000 actuellement.

Or, l'entente donne naissance à une nouvelle catégorie d'«employés réguliers sans sécurité d'emploi». De 400 à 600 employés travailleront entre 16 et 19 heures et demie du vendredi au dimanche, et ce dans une succursale seulement. Ils pourront ensuite obtenir des heures ailleurs selon les besoins. Dans les couloirs, toutefois, on voyait cette mesure comme un gain net de la SAQ dans sa tentative de réduire la mobilité des employés à temps partiel.

«Ç'a été très difficile, et on va rentrer au travail divisés», a déclaré un employé à temps partiel de l'île de Montréal, alors que d'autres cachaient mal leur soulagement tout en affirmant qu'«on ne peut pas tout avoir».

Parmi les autres pommes de discorde figurait aussi le réseau des SAQ-Agence, ces dépanneurs ou épiceries qui offrent en région les mêmes produits que les succursales. Le SEMB y voyait une forme de privatisation en douce et souhaitait recevoir la garantie que la SAQ n'ajouterait plus de points de vente aux 400 agences existantes. De son côté, la SAQ disait vouloir miser sur l'ouverture de 50 succursales au cours des prochaines années en qualifiant de «mature» le réseau des agences. L'entente ne mentionne aucunement cette question.

Rappelons que la CSN est arrivée dans le paysage en janvier. Les coffres du syndicat étaient alors à sec, et celui-ci avait commencé à «magasiner» ses options auprès de diverses centrales. Le SEMB propose alors à ses membres de s'affilier à la CSN afin de bénéficier d'une injection de fonds ainsi que d'un rapport de force renouvelé, et la proposition est acceptée à 71 % lors d'une assemblée houleuse le 16 janvier.

Environ une semaine plus tard, les négociations redémarrent. Mais il faudra plusieurs jours avant que les parties, représentées par leurs négociateurs, dont l'ex-premier ministre Lucien Bouchard pour la SAQ, n'entrent de nouveau au coeur du litige.

La grève avait commencé le 19 novembre, le syndicat tablant alors sur le rapport de force que lui donnait la période des Fêtes. Le mois et demi qui précède le jour de l'An représente bon an, mal an des ventes de 600 millions pour la SAQ, soit le quart de son chiffre d'affaires annuel. Les quelques centaines de cadres de la SAQ ont fait fonctionner tout au long du conflit entre 40 et 50 succursales sur un total de 400 magasins.