Le DPCP blanchit des policiers impliqués dans une bagarre dans un camping de Stoneham

«C’est extrêmement décevant», déplore la propriétaire du camping, qui dit avoir essuyé les insultes et la turbulence du groupe pendant deux nuits de beuverie consécutives.
Photo: Capture d'écran du site du Camping Stoneham «C’est extrêmement décevant», déplore la propriétaire du camping, qui dit avoir essuyé les insultes et la turbulence du groupe pendant deux nuits de beuverie consécutives.

Les policiers de Saguenay impliqués dans une violente altercation, l’été dernier au camping Stoneham, échappent à toute accusation criminelle. Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a conclu qu’il n’y avait pas de « perspectives raisonnables de condamnation » dans ce dossier, même si plusieurs témoins affirment avoir vu un homme se faire battre.

« C’est extrêmement décevant », déplore la propriétaire du camping, qui dit avoir essuyé les insultes et la turbulence du groupe pendant deux nuits de beuverie consécutives. Elle accepte de raconter le récit des événements sous le couvert de l’anonymat, par peur d’éventuelles représailles.

Insultes, tapage nocturne et un voisin blessé

 

Un individu avait réservé huit terrains de camping pour la fin de semaine commençant le 20 août 2021, raconte-t-elle. « Plusieurs enfants accompagnaient le groupe », dit la propriétaire. Bon nombre de policiers du Saguenay également.

Le premier soir, les fêtards dérangent et les agents de sécurité du camping doivent intervenir pour demander le silence et le respect du couvre-feu. Le lendemain, le groupe reprend ce qu’il avait entamé la veille : la fête recommence et se poursuit au-delà de l’heure permise. Plusieurs individus se trouvent en état d’ébriété avancé, et la sécurité intervient à nouveau pour demander le respect des règles.

Un voisin décide lui aussi de s’en mêler, excédé par cette deuxième soirée de tapage. La situation dégénère rapidement, se souvient la propriétaire : dès qu’elle arrive sur place, elle constate que « quelqu’un était en train de se faire tabasser par quatre personnes ».

Elle a aussitôt appelé la police, explique-t-elle. La Sûreté du Québec (SQ) confirme être intervenue vers 23 h, le 21 août 2021, à la suite d’une altercation. Le rapport d’événement stipule qu’une personne, à l’arrivée des policiers, avait subi des blessures mineures.

Les agents ont rencontré plusieurs témoins pour tenter d’éclaircir les circonstances de la bagarre — sans toutefois expulser le groupe, précise la propriétaire. Le lendemain, même quand l’alcool ne faisait plus effet, celui-ci faisait encore preuve d’une « grande violence verbale », se souvient la femme d’affaires, qui avait 27 ans à l’époque. « Ç’a été très difficile de s’en remettre, explique-t-elle. Ces gens-là m’ont énormément insultée. »

Le DPCP n’a pas donné suite aux conclusions de la SQ. « À la lueur de la preuve, nous estimons qu’il n’y a pas de perspectives raisonnables de condamnation », indique la porte-parole du DPCP, Audrey Roy-Cloutier.

Rien à se reprocher, dit l’avocat des policiers

Les six policiers de Saguenay présents lors de l’altercation ont embauché le criminaliste Jean-Marc Fradette pour assurer leur défense. Ce dernier demeure catégorique : ses clients n’ont rien à se reprocher.

« Ils ont tout simplement tenté d’immobiliser le gars qui avait d’abord essayé de frapper quelqu’un », souligne Me Fradette. Selon lui, personne n’était en état d’ébriété au moment de la bagarre, sinon l’homme qui a reçu les coups. « Mes clients sont tous des parents d’enfants mineurs, des athlètes en plus, adeptes de vélo de montagne. C’est justement pour ça qu’ils étaient à Stoneham et qu’ils buvaient modérément », indique l’avocat.

Des membres d’autres corps policiers, notamment de Laval, Saint-Jérôme et Terrebonne, faisaient aussi partie du groupe, explique-t-il.

Dans sa version des faits, Me Fradette maintient que l’homme était « vraiment hors de lui » et qu’il se serait blessé lui-même lors de l’altercation. Selon l’avocat, les propriétaires du camping ont pris « fait et cause pour la victime parce qu’il s’agit d’un résidant permanent » de l’endroit. « Ces gens-là racontent que c’est l’omerta de la police. C’est faux : l’enquêteur était de Montréal, pas du Saguenay. Le procureur était de Québec, pas du Saguenay. Le DPCP prend ses décisions de façon indépendante, en évaluant les deux côtés de la médaille. »

Quant aux insultes proférées le lendemain de l’altercation, selon la propriétaire, « il n’y a aucune certitude qu’il s’agissait de policiers », affirme Me Fradette. « De toute façon, quand bien même ils l’auraient insulté, il n’y a rien de criminel là-dedans. »

Enquête disciplinaire en vue ?

La police de Saguenay se fait avare de commentaires et refuse de préciser le nombre de policiers impliqués dans les événements du 21 août dernier. Le relationniste du service, Luc Tardif, précise qu’une enquête disciplinaire devrait se mettre en branle prochainement pour déterminer si des policiers ont manqué à leur code de discipline. « Nous devions attendre de connaître les conclusions du DPCP avant d’ouvrir notre enquête », indique M. Tardif.

Le code de discipline du Service de police de Saguenay (SPS) stipule notamment qu’un agent doit, en tout temps, « traiter toute personne avec courtoisie et respect », en plus « d’observer toute loi ou tout règlement ».

Le SPS n’a pas précisé à quel moment il ouvrira l’enquête disciplinaire ni l’échéancier qu’il se fixe pour en présenter les conclusions. Un policier jugé fautif d’un manquement au code de discipline s’expose à différentes conséquences, de la simple réprimande à la destitution.

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