Profilage racial - Les futurs policiers auront une formation spéciale

La prévention de la discrimination raciale fera partie de la formation obligatoire dans tous les programmes collégiaux en techniques policières et à l'Institut national de police dès l'automne prochain.

Il s'agit de la principale recommandation formulée par le «groupe de travail sur le profilage racial» mis sur pied il y a un an par la ministre des Relations avec les citoyens et de l'Immigration (MRCI), Michelle Courchesne, avec l'objectif d'éradiquer ce phénomène social qui a fait l'objet d'une première réprobation par les tribunaux québécois la semaine dernière.

Dans un jugement sans précédent, la juge de la Cour du Québec Juanita Westmoreland-Traoré a acquitté le jeune Alexer Campbell des deux accusations de possession de drogue en vue d'en faire le trafic qui pesaient contre lui, sous prétexte qu'il a été suivi et arrêté par deux patrouilleurs du Service de police de la ville de Montréal (SPVM) en raison de la couleur de sa peau.

Déjà considérée comme illégale, la méthode dite du «profilage racial», une forme de discrimination exercée par des policiers au motif de l'origine ethnique, la religion ou la couleur de la peau, est une tare que Québec entend éliminer par un effort soutenu d'éducation et de prévention.

Le plan d'action du groupe de travail se décline en trois axes, le principal étant celui de la formation. Le ministère de l'Éducation a confirmé son engagement à inclure la prévention de la discrimination raciale dans le cursus collégial, et les principaux cors de police s'y montrent très favorables. «C'est une avancée très importante. À moyen et à long terme, tous les policiers du Québec seront formés à lutter contre le profilage racial», a expliqué hier Jean-Claude Delorme, directeur-général des relations interculturelles au MRCI.

L'Association des directeurs de police, la Sûreté du Québec (SQ) et le SPVM ont d'ailleurs offert «une excellente participation» aux travaux du groupe de travail, a confirmé M. Delorme. «Les corps de police sont très assidus aux rencontres, ils veulent corriger ce problème», a-t-il indiqué.

À l'heure actuelle, il est impossible de quantifier l'ampleur de la discrimination raciale exercée par les policiers, car les plaintes se rendent rarement, sinon jamais, devant les tribunaux. La Commission des droits de la personne enquête présentement sur 20 à 25 plaintes, et c'est la seule statistique disponible sur le sujet.

Le MRCI est préoccupé par cette absence de données, et de concert avec les ministères de la Justice et de la Sécurité publique, il étudie la possibilité de modifier les constats d'infraction émis par les policiers, pour inclure des données sur la couleur, la religion ou l'origine ethnique du contrevenant. Il ne s'agit cependant que d'une hypothèse de travail dont la compatibilité avec la Charte des droits et libertés devra être analysée, précise M. Delorme.

Le MRCI entend finalement donner suite à une troisième recommandation du groupe de travail afin de sensibiliser les organismes de défense des droits et le grand public à la réalité de la discrimination raciale exercée par certains policiers. M. Delorme encourage ces groupes à développer une expérience en la matière, afin d'être en mesure de jouer pleinement leur rôle de dénonciation des comportements fautifs. À cet égard, les jeunes forment une clientèle prioritaire, parce qu'ils constituent les principales cibles du «profilage racial», a indiqué M. Delorme.