La publicité de HEC Montréal provoque une nouvelle réaction

Des citoyens se sont indignés du «tweet» de Jean-François Lisée, mais plusieurs autres lui ont apporté leur appui.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Des citoyens se sont indignés du «tweet» de Jean-François Lisée, mais plusieurs autres lui ont apporté leur appui.

Une publicité de HEC Montréal montrant une femme qui porte le hidjab et dénoncée par l’ex-politicien Jean-François Lisée a continué de susciter de nombreuses réactions mardi.

Alors que deux avocates de confession musulmane témoignaient dans nos pages de leur désaccord avec la position de M. Lisée, qui considère que la publicité présente un « signe religieux misogyne », la présidente du Rassemblement pour la laïcité, Nadia El-Mabrouk, abonde plutôt dans le sens de l’ex-politicien et dénonce la publicité.

[Montrer le voile dans la publicité], c’est un point de vue favorable à l’islam intégriste, c’est mettre de l’avant des pratiques intégristes

 

« Ce n’est pas neutre de faire ça. Ça vient avec une vision de la diversité et de la représentativité des signes religieux », plaide-t-elle en entrevue téléphonique. La Québécoise d’origine tunisienne, qui est aussi professeure au Département d’informatique et de recherche opérationnelle à l’Université de Montréal, croit qu’« on n’a pas à représenter toutes les idées » dans des campagnes publicitaires. « [Montrer le voile dans la publicité], c’est un point de vue favorable à l’islam intégriste, c’est mettre de l’avant des pratiques intégristes, assène-t-elle. Quand les femmes disent “c’est mon choix” [de porter le voile], ça ne répond pas à la question “pourquoi c’est mon choix ?” »

En entrevue avec Le Devoir la veille, l’avocate de formation et autrice Dania Suleman a soutenu que « certaines femmes portent le hidjab par choix, et ça leur permet de se sentir beaucoup plus libres ». Elle a également estimé la position de M. Lisée « désolante », jugeant qu’elle « continue à aliéner les femmes qui portent le voile ».

Mme El-Mabrouk, autrice du livre Notre laïcité, paru en 2019, est fortement en désaccord. « On ne peut pas prendre un symbole clair de l’islamisme et prétendre que ça dit exactement le contraire », soutient-elle.

Sur les réseaux sociaux

 

De nombreux citoyens se sont indignés du tweet de Jean-François Lisée, tandis que plusieurs lui ont apporté leur appui, dont notamment Ensaf Haidar, ex-candidate du Bloc québécois dans Sherbrooke et femme du blogueur Raif Badawi. « En tant que musulmane pacifique, j’insiste sur le fait que le voile ne vient pas de l’Islam et qu’il est un symbole de l’esclavage et de l’oppression des femmes. Arrêtez d’abuser des femmes avec des publicités aussi stupides », a-t-elle écrit sur Twitter.

Le député néodémocrate de Rosemont–La Petite-Patrie, Alexandre Boulerice, s’est néanmoins montré très critique de la position de M. Lisée. « Donc science et islam seraient incompatibles ? Alors que science et pas de signe religieux apparent de christianisme serait correct ? » a-t-il questionné. M. Lisée a répondu : « Tu crois que le Coran est fondé sur la science? La Bible? La Torah? Qu’une institution de haut savoir scientifique doit promouvoir leurs symboles ? »

Par courriel, la conseillère principale en relation avec les médias de HEC Montréal, Émilie Novales, a confirmé que la femme dans la publicité est une « étudiante au parcours international » et que l’institution accueille « un nombre croissant d’étudiants internationaux » chaque année. « Nous tenons à ce que tous les membres de notre communauté étudiante puissent être mis en valeur sur nos plateformes, reflétant toute notre diversité », ajoute-t-elle.

À voir en vidéo