Le martinet ramoneur dans le ciel de l’ETS

Les initiatives de verdissement se multiplient sur le campus de l’ETS, où les nouveaux aménagements paysagers permettent notamment d’accueillir des oiseaux nicheurs.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les initiatives de verdissement se multiplient sur le campus de l’ETS, où les nouveaux aménagements paysagers permettent notamment d’accueillir des oiseaux nicheurs.

Le martinet ramoneur, un oiseau inscrit sur la liste des espèces menacées du gouvernement fédéral, a été observé pour une seconde année consécutive sur le campus de l’École de technologie supérieure (ETS), au centre-ville de Montréal. En réponse à cet événement, l’établissement universitaire projette de construire une cheminée artificielle où les volatiles pourront nicher.

C’est en effectuant un inventaire de la biodiversité du quartier universitaire que l’équipe de développement durable de l’ETS et l’organisme en écologie urbaine Éco-Pivot ont aperçu le martinet ramoneur. Parmi la vingtaine d’espèces aviaires recensées, cet oiseau a retenu l’attention de la biologiste d’Éco-Pivot Daphnée Lecours Tessier, responsable des inventaires ornithologiques. D’après elle, l’observation répétée en 2021 et 2022 du volatile signifie qu’il se serait établi dans ce secteur de Griffintown.

Depuis les années 1970, les insectivores aériens — ces oiseaux qui se nourrissent d’insectes en plein vol — comptent parmi les espèces aviaires qui vivent les plus forts déclins. La plupart des populations, comme l’hirondelle, ont décru de 80 %, mais pour le martinet ramoneur, ce chiffre grimpe à 95 %. Aujourd’hui, il n’y aurait plus que 2500 individus au Québec, indique Véronique Bellavance, biologiste et coordonnatrice conservation au Zoo de Granby.

Avant de se faire ramoneur et d’occuper les cheminées de briques, le martinet peuplait les forêts, où il nichait dans les cavités de troncs morts de fort diamètre. Pour ce voltigeur aux pattes trop faibles pour se tenir debout, les larges parois des chicots étaient idéales pour se poser à la verticale ou pour y bâtir un nid.

Photo: iStock Le martinet ramoneur, dont la population a décru de 95% depuis les années 1970

Le rajeunissement des forêts, causé par le déboisement intensif et l’exploitation humaine, a mené à une raréfaction des grands arbres, et donc des sites de nidification. Face à cet effondrement du marché résidentiel, l’oiseau cavicole, contraint à l’exode, s’est envolé vers les villes, laissant derrière lui les territoires sylvestres autrefois accueillants.

Aujourd’hui, de plus en plus de cheminées urbaines, dans lesquelles le martinet ramoneur a trouvé refuge, sont condamnées ou simplement démolies. Cette nouvelle pression, à laquelle s’ajoutent le déclin des populations d’insectes et la chute de la biodiversité entomique, menace sérieusement la survie de l’espèce, souligne Véronique Bellavance.

Des nichoirs artificiels

 

Lors du passage du Devoir sur le campus de l’ETS, une quinzaine de martinets ramoneurs ont été aperçus dans le ciel, sifflant leurs trilles aigus si caractéristiques. Les ailes arquées comme des boomerangs, les voltigeurs virevoltaient en cercle, chassant des insectes invisibles aux observateurs restés au sol.

Même si la présence de martinets ramoneurs dans ce coin de Griffintown a de quoi réjouir, elle n’est pas pour autant surprenante. Au total, une douzaine de nichoirs — là où les couples s’isolent durant la période de nidification — ont été répertoriés à proximité d’un dortoir situé à deux kilomètres de l’ETS, dans un lieu tenu secret afin d’assurer leur protection. « L’ETS est dans une zone chaude », illustre la biologiste. C’est pourquoi l’École projette de construire des cheminées artificielles en collaboration avec le Zoo de Granby. Ce dernier est d’ailleurs à l’origine de deux tourelles de nidification à Granby et à Sutton.

On ne veut pas verdir pour verdir. On veut penser nos projets pour aider les espèces menacées et indigènes.

 

« C’est un projet à long terme, mais on aimerait que ce soient des professeurs et des étudiants qui réalisent la cheminée artificielle », précise le conseiller en développement durable à l’ETS Julien-Pierre Lacombe.

En pleine campagne de verdissement, l’école désire avoir un portrait fidèle des oiseaux, insectes, plantes et chauves-souris qui fréquentent son campus. « On ne veut pas verdir pour verdir. On veut penser nos projets pour aider les espèces menacées et indigènes », explique-t-il. Des jardins mellifères pour sustenter les pollinisateurs et des plantations de conifères pour accueillir des oiseaux nicheurs comptent parmi les plus récents aménagements paysagers.

Un campus en plein changement

 

Julien-Pierre Lacombe reconnaît que des aménagements physiques, tels qu’une cheminée artificielle, sont plus difficilement réalisables que des aménagements paysagers. Il prend pour exemple la piétonnisation de la rue Murray, qui traverse le campus du nord au sud, et les années de démarches auprès de la Ville de Montréal qui ont été nécessaires.

Aujourd’hui, les projets de verdissement se multiplient sur cet ancien axe routier. Des jardins mellifères, aménagés par la coopérative Miel Montréal, occupent des lieux autrefois réservés aux voitures. Et les étroits trottoirs qui ceignaient l’ancienne brasserie Dow, devenue le pavillon principal de l’ETS, laissent aujourd’hui place à maints arbres et arbustes.

Si les aménagements paysagers ont la cote à l’ETS, c’est que celle-ci est située en bordure du centre-ville, un secteur dense et fortement minéralisé. À lui seul, le campus ne peut abriter de grands havres de biodiversité. Les parcelles de verdure qui ponctuent le parterre et les toits du quartier universitaire s’inscrivent dans un réseau beaucoup plus vaste, indique Julien-Pierre Lacombe. Du nombre, il cite les rives du canal de Lachine, le parc linéaire du boulevard Robert-Bourassa ainsi qu’une foule d’autres îlots verts situés à proximité.

« C’est bon pour la connectivité. Je trouve ça pertinent d’avoir des espaces réduits. Ça permet aux animaux de se reposer quelques secondes avant de poursuivre leur chemin vers des milieux plus vastes », ajoute la biologiste Daphnée Lecours Tessier.

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