Montréal célèbre la fierté, coûte que coûte

Différentes manifestations spontanées ont eu lieu en même temps dimanche dans plusieurs secteurs de Montréal, dont une sur la rue Sainte-Catherine.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Différentes manifestations spontanées ont eu lieu en même temps dimanche dans plusieurs secteurs de Montréal, dont une sur la rue Sainte-Catherine.

Des milliers de personnes se sont rassemblées spontanément au centre-ville de Montréal, dimanche après-midi, pour célébrer la diversité sexuelle et défendre les droits des personnes LGBTQ+, malgré l’annulation du défilé officiel de Fierté Montréal. L’organisme, qui a causé la surprise et la déception, a présenté ses excuses.

« C’est dommage, parce qu’un événement qui devait rassembler tout le monde divise les gens ; plutôt que d’avoir un grand convoi, on manifeste en petits groupes », déplore Simon, un jeune homme de la Rive-Sud qui s’était initialement déplacé à Montréal pour participer au défilé officiel. Il s’est plutôt rassemblé avec des centaines d’autres, déçus, à la place Émilie-Gamelin.

Différentes manifestations spontanées ont eu lieu en même temps dans plusieurs secteurs. L’un des plus importants rassemblements a eu lieu au square Dorchester, le point de départ initial du défilé annulé de Fierté Montréal. D’autres groupes ont occupé le boulevard Saint-Laurent et la rue Sainte-Catherine. Les policiers ont suivi les manifestants et bloqué des rues au fur et à mesure de leurs déplacements.

Malgré la grande déception de milliers de personnes, l’ambiance était à la fête, en fin d’après-midi. Sur la rue Sainte-Catherine, au centre-ville, un camion qui jouait de la musique trônait au milieu de la rue, suivi par des policiers, et faisait danser les passants. Dans le Village, toujours sur la rue Sainte-Catherine, des spectacles festifs de musique et de danse ont été présentés tout l’après-midi.

Un événement officiel de Fierté Montréal a d’ailleurs été maintenu. Le spectacle de clôture du festival s’est tenu à l’esplanade du Parc olympique, avec la drag queen brésilienne Pabllo Vittar.

Manque de personnel

 

Le défilé de Fierté Montréal a été annulé lorsque l’organisme s’est rendu compte qu’il manquait de personnel à la dernière minute. « Toute la semaine, on a eu de gros problèmes de ressources. Ça n’a pas été évident avec la pénurie de main-d’oeuvre, mais c’est vraiment un problème de gestion de notre côté, je sais que les gens sont déçus, on s’excuse », soutient le directeur général de l’organisme, Simon Gamache.

Il explique avoir subi un manque d’effectifs pour « tous les événements de la semaine », mais qu’il s’est rendu compte seulement dimanche matin que trop peu de personnes avaient été appelées en renfort précisément pour le défilé. Plus de 80 personnes manquaient à l’appel, selon M. Gamache.

« Je souhaite aussi réitérer à quel point la collaboration a été exceptionnelle avec le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), même si les gens disent beaucoup de choses », a ajouté le directeur général. Plusieurs craignaient que l’annulation soit causée par un conflit avec le SPVM, exclu du défilé.

Le Service de police a plutôt fait preuve d’une « entière collaboration », selon M. Gamache, même si, avec si peu de temps de préavis, la police de Montréal n’a pas pu compenser le manque de personnel : « trouver autant de gens à la dernière minute, un dimanche matin, ce n’est pas possible ».

Fierté Montréal évalue la possibilité de reporter le défilé. Si Simon Gamache n’a jusqu’à maintenant pas eu de confirmation que le SPVM ou la Ville allaient les soutenir dans cette démarche, il précise qu’il « explorera cette option dans les prochains jours ».

Déceptions de la classe politique et des militants

 

En conférence de presse dimanche matin, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, s’est dite déçue de cette annulation : « C’est très triste […]. Si on avait été au courant qu’il manquait des effectifs, on aurait fait le nécessaire. »

La Société de développement commercial Village Montréal déplore aussi la situation. Sur Facebook, elle a précisé n’avoir « jamais été informée que des enjeux de sécurité menaçaient la tenue du défilé », et qu’elle aurait voulu « joindre ses forces » avec Fierté Montréal.

Salem Billard, un militant qui comptait assister au défilé de Fierté Montréal, suivi par une importante communauté LGBTQ+ sur les réseaux sociaux, explique quant à lui avoir été « déçu » des événements de l’organisme dans les derniers jours. Certaines de ses connaissances auraient notamment été mégenrées par des membres de l’équipe de Fierté Montréal cette semaine.

Mécontent et ne se sentant pas représenté par le festival, il a organisé une contre-manifestation spontanée, dimanche à 13 h 30, à la place Émilie-Gamelin. Des centaines de personnes se sont présentées, après qu’il a lancé un appel à la mobilisation sur Facebook. Les manifestants se sont ensuite dispersés dans le Village, sur la rue Sainte-Catherine.

« Nous sommes vraiment désolés si certaines personnes ont été mégenrées ou si elles ne se sont pas senties représentées » par nos événements, a indiqué Simon Gamache. Ce dernier avait d’ailleurs demandé aux participants déçus de ne pas organiser de contre-manifestations et d’aller à l’événement de clôture officiel de Fierté Montréal.

Bilan somme toute positif

 

Malgré l’annulation du défilé, Simon Gamache dresse un bilan positif de l’ensemble du festival Fierté Montréal, qui bat son plein depuis le 1er août. « C’était notre premier festival sans restrictions liées à la COVID-19 depuis deux ans et nos autres événements ont connu beaucoup de succès », dit-il.

Fierté Montréal a présenté des événements à la fois sur la rue Sainte-Catherine et sur l’esplanade du Parc olympique cette semaine, tous gratuits. Le spectacle Drag Superstars a été le plus populaire du festival, rassemblant de célèbres invitées internationales, dont des ex-participantes des émissions RuPaul’s Drag Race ou Queen of the Universe.

« Le festival Fierté Montréal génère près de 3,4 millions d’entrées localement et internationalement lors de sept journées d’activités communautaires et culturelles », indique l’organisme sur son site Web. Valérie Plante a d’ailleurs rappelé dimanche qu’il s’agit du « plus gros événement du genre en Amérique du Nord ».

 


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