Des propos «inacceptables» de François Legault à l’endroit du suspect d’un triple meurtre

Le premier ministre québécois, François Legault, a tenu des propos « inacceptables » et qui contredisent des règles de droit élémentaires vendredi en se disant « content » que la police se soit « débarrassé » du suspect d’un triple homicide survenu cette semaine à Montréal et à Laval, selon son ancien avocat.

« On vit dans une société de droit, on ne vit pas au Far West ici », a lancé au Devoir samedi l’avocat spécialisé en droit criminel François Legault, qui a représenté Abdulla Shaikh en mars dernier dans le cadre d’une révision annuelle menée par la Commission d’examen des troubles mentaux du Québec. Me Legault, qui partage le même nom que le premier ministre du Québec, a vivement réagi aux propos tenus par ce dernier vendredi.

L’élu avait alors été appelé à réagir aux trois homicides survenus mardi et mercredi dans les arrondissements montréalais de Saint-Laurent et d’Ahuntsic-Cartierville ainsi qu’à Laval. Ces trois meurtres de civils ont mené le lendemain à la mort de M. Shaikh, qui a été abattu par la police alors qu’il se trouvait jeudi matin au motel Pierre, situé le long du boulevard Marcel-Laurin. Une enquête policière est en cours pour faire la lumière sur cette affaire.

« Je suis content qu’on se soit débarrassé de cet individu-là, a lâché le premier ministre à sa sortie d’une clinique de vaccination de l’est de l’île de Montréal, où il a obtenu sa quatrième dose de vaccin contre la COVID-19. Et là, bien il faut voir ce qui est arrivé parce qu’étant donné que c’était quelqu’un qui était déjà ciblé, pourquoi est-ce qu’il a été relâché ? » Le premier ministre a par la suite offert ses condoléances aux familles des victimes de ces trois meurtres.

« C’est inacceptable », réplique l’ancien avocat de M. Shaikh, qui rappelle que son ancien client, même s’il est décédé, demeure innocent jusqu’à preuve du contraire. « On ne peut pas profiter du fait qu’une personne soit décédée en disant : “bon, bien, final bâton et bon débarras”. Ça ne se dit pas, surtout de la part d’un représentant de l’État », fustige Me Legault. Les « règles de base » d’une société de droit, rappelle-t-il, s’appliquent à tous, « même pour les pires criminels ».

Santé mentale

 

Sur la Toile, plusieurs internautes ont déploré les propos disgracieux du premier ministre, en lui rappelant notamment que M. Shaikh a une famille endeuillée. L’homme souffrait aussi de troubles de santé mentale, notamment de schizophrénie. Il avait d’ailleurs été déclaré non criminellement responsable en 2018 de plusieurs délits commis notamment à l’aéroport Montréal-Trudeau.

« Monsieur Legault, ce présumé meurtrier était un malade mental et il avait des parents qui sont sûrement démolis. Un minimum de retenu s’il vous plaît ! » a entre autres réagi sur Twitter la députée libérale de la circonscription d’Acadie, à Montréal, Christine St-Pierre.

« Le [premier ministre] n’a assurément aucune compassion pour les personnes souffrant de maladie mentale », a pour sa part écrit l’internaute Hélène St-Denis, tandis que Patrick Déry a aussi rappelé que le suspect, qui avait « besoin d’aide », avait « des parents, une famille ». « Ce n’était pas nécessaire », a-t-il ajouté, en référence aux propos du chef de la Coalition avenir Québec.

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