D’Asbestos à Val-des-Sources, le renouveau d’une ancienne ville minière

Funambulisme sur sangle au-dessus du puits d’une ancienne mine lors du Slackfest de Val-des-Sources
Photo: Julien Cadena Le Devoir Funambulisme sur sangle au-dessus du puits d’une ancienne mine lors du Slackfest de Val-des-Sources

Cela fait maintenant 10 ans que la mine d’amiante Jeffrey a fermé pour de bon à Asbestos, plongeant la ville dans un marasme économique. Mais grâce à la détermination de ses habitants, un fonds de diversification de 50 millions de dollars et un nouveau nom, Val-des-Sources, la municipalité modifie son image tout en mettant en valeur son patrimoine minier. Portrait.

C’est sur les réseaux sociaux que Josée Langlois a remarqué qu’une toute nouvelle halte pour véhicules récréatifs a été inaugurée à la mi-juillet en Estrie, une région qu’elle s’apprêtait à parcourir avec son conjoint. « Quand on est arrivés, on a eu un effet “wow”. On a adoré », raconte la vacancière en regardant le puits minier de presque deux kilomètres de diamètre qui s’étend droit devant elle. « On ne savait pas que Val-des-Sources, c’est Asbestos ! »

La vue est unique. La fosse est occupée par un lac d’un bleu éclatant entouré de plusieurs étages d’arbres fournis. Surplombant l’ancienne mine à ciel ouvert dans l’angle idéal pour admirer le coucher du soleil, la halte de neuf places est gratuite à condition que ses usagers installent dans leur pare-brise des preuves d’achats dans un commerce local.

« Ça devrait donner l’exemple à d’autres municipalités. Tu te sens accueilli, en sécurité, estime pour sa part Mélanie Langlois, vantant l’aménagement des lieux. Et en ne payant pas pour un camping, on va pouvoir dépenser notre argent ailleurs dans la ville. »

La femme originaire de Granby vient de visiter la distillerie de gin Birster, à deux kilomètres de là, et de pédaler pendant trois heures sur « une belle piste cyclable » de la région. Jugeant toutefois qu’elle a dû circuler sur des chemins moins agréables pour se rendre à cette dernière, elle suggère à la municipalité de développer son réseau cyclable.

Tout comme ses voisins de halte, cette adepte de la van life a eu l’agréable surprise de constater qu’un festival se déployait sur la place publique en contrebas. Une foule est rassemblée à la place de la Traversée, aménagée l’été dernier, pour le Slackfest. Des couples et des familles y observent des athlètes de slackline — du funambulisme sur sangle — exercer leur art devant le puits minier.

Photo: Julien Cadena Une foule de curieux s’est rassemblée sur la place de la Traversée pour regarder les athlètes professionnels s’exercer sur des câbles surplombant la mine à ciel ouvert.

« Je veux aller essayer », s’écrie une fillette avant de courir vers une aire de jeu en sable, où les novices, jeunes et moins jeunes, peuvent s’initier à cette discipline en toute sécurité. « C’est le seul événement ouvert au public avec la pratique du highline. L’objectif est d’en faire la démonstration dans une ambiance familiale et légère », explique l’organisateur, Dany Bouchard, qui ajoute qu’il y a tout de même un volet compétitif.

Cet événement est l’idée d’un des copropriétaires de la microbrasserie locale, Moulin 7, qui voulait mettre le site en valeur. Ce dernier a été appuyé par l’administration municipale avec enthousiasme. Lors de sa première édition, il y a quatre ans, les organisateurs avaient installé un câble de deux kilomètres au-dessus de la fosse.

« C’était un projet un peu fou, parce que la plus grande highline jamais installée au Québec était de 300 mètres », affirme M. Bouchard, qui a lui-même fait la traversée, d’une durée de deux heures, à l’époque.

« Pour nous, c’est un peu comme monter l’Everest. Tu vis toutes les émotions qui existent en toi et tu te demandes plusieurs fois pourquoi tu fais ça. »

Remonter la pente

 

Le maire de Val-des-Sources, Hugues Grimard, est fier de la vitalité actuelle de sa municipalité. Il faut dire que cette dernière a parcouru bien du chemin depuis 2012.

« Avec la fermeture de la mine Jeffrey et de Métallurgie Magnola en même temps, les deux [moteurs économiques] principaux de notre communauté s’étaient éteints. Le moral de la population était au plus bas. Les gens partaient, les maisons ne se vendaient pas, l’hôtel de ville était en décrépitude », raconte celui qui était déjà maire à l’époque.

Les élus et les résidents de la ville se sont battus pour leur avenir, clame-t-il. Le fonds d’aide de 50 millions de dollars provenant du gouvernement provincial a été entièrement investi pour attirer et soutenir des entreprises de divers secteurs. Le changement de nom, effectif depuis janvier 2021, a permis de calmer les craintes de certains investisseurs.

Avec la fermeture de la mine Jeffrey et de Métallurgie Magnola en même temps, les deux [moteurs économiques] principaux de notre communauté s’étaient éteints. Le moral de la population était au plus bas. Les gens partaient, les maisons ne se vendaient pas, l’hôtel de ville était en décrépitude.

« En ce moment, on a dépassé les rêves qu’on avait il y a 10 ans », affirme M. Grimard, assis à une table à pique-nique colorée de la place de la Traversée, placée entre deux conteneurs convertis en restaurant et en bar.

La population est en augmentation, assure-t-il. Mais comme de nombreux postes sont maintenant à pourvoir, la Ville veut convaincre de plus en plus de familles de s’établir sur son territoire. Des événements comme le Slackfest ont pour objectif premier d’améliorer la qualité de vie des citoyens, mais aussi de séduire les touristes.

Et ça semble fonctionner. Originaires d’autres régions, Jean-Gabriel Viens et Jessica Luneau, qui forment un jeune couple avec enfants, se sont établis à Val-des-Sources il y a environ un mois. « Pour un village de quelques milliers d’habitants, il y a toujours quelque chose à faire », se réjouit Mme Luneau, heureuse de découvrir la place publique.

De nombreux projets sont encore dans les cartons. En guidant Le Devoir sur les lieux, le maire semble faire partie d’un jeu vidéo lui permettant de recréer sa ville à sa guise. Il imagine un hôtel, une tyrolienne, des sentiers pédestres, des panneaux d’interprétation, de la machinerie industrielle en démonstration, de l’éclairage dans le puits minier, de la planche à pagaie dans le lac, un restaurant vitré en hauteur sur le chevalement de la mine… Pour plusieurs de ces projets, la municipalité attend des autorisations gouvernementales quant à la sécurité du site minier.

Pour l’instant, les visiteurs qui souhaitent voir des artéfacts liés à la mine peuvent faire un tour par la microbrasserie Moulin 7, dont les noms de bières ont une connotation particulière : Mineur, Or blanc, La 1949 (en référence à l’année de la grève de l’amiante), 100 tonnes (en référence à la grosseur des camions qui charriaient autrefois le minerai mal-aimé)…

  

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