Les policiers du SPVM écartés du défilé de Fierté Montréal

L’organisation ne ferme pas la porte d’ailleurs à ce que les corps de police puissent un jour participer à l’événement phare du festival.
Valérian Mazataud Le Devoir L’organisation ne ferme pas la porte d’ailleurs à ce que les corps de police puissent un jour participer à l’événement phare du festival.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ne participera pas au défilé de Fierté Montréal dimanche. L’organisation derrière l’événement a jugé que le corps de police avait encore du « travail à faire » en matière d’inclusivité.

Fierté Montréal reconnaît que cette décision a déçu des policiers membres des communautés LGBTQ+, dont plusieurs auraient été prêts à défiler dimanche en uniforme afin de témoignerdu chemin parcouru. Le festival assume néanmoins sa position.

« Historiquement, et encore aujourd’hui, certaines de nos communautés ont été maltraitées par les forces policières. Et comme on représente toutes les communautés, on ne pouvait juste pas inclure de forces policières au sein du défilé », a défendu Simon Gamache, directeur général de Fierté Montréal.

M. Gamache fait entre autres référence aux nombreuses descentes policières qui ont eu lieu jusque dans les années 1990 dans des bars gais de la métropole. Et même si ce n’est pas la principale raison de la décision, il ne cache pas que toute la question du profilage racial a également pesé dans la balance.

Rappelons que le SPVM et la Ville de Montréal ont fait leur mea culpa en 2017 pour les descentes policières effectuées entre les années 1960 et 1990, qui avaient mené à l’époque à l’arrestation de plusieurs hommes gais. Lundi, lorsqu’un drapeau arc-en-ciel a été érigé devant les bureaux du corps de police, sa directrice générale par intérim, Sophie Roy, a d’ailleurs réitéré ces excuses. Lors de cette cérémonie, à laquelle Fierté Montréal était représentée, elle a assuré vouloir « poursuivre le chemin de la réconciliation et de la collaboration ».

Historiquement, et encore aujourd’hui, certaines de nos communautés ont été maltraitées par les forces policières. Et comme on représente toutes les communautés, on ne pouvait juste pas inclure de forces policières au sein du défilé.

« C’est bien, mais ce ne n’est pas encore [suffisant]. C’est fondamental pour nous de nous assurer que tout de ce qu’on fait est responsable par rapport à nos communautés », a commenté vendredi Simon Gamache en entrevue avec Le Devoir.

Le SPVM dit respecter la décision de Fierté Montréal, reconnaissant du même souffle avoir encore des efforts à faire pour solidifier ses liens avec des communautés LGBTQ+.

« Nos relations […] sont meilleures aujourd’hui, mais comme dans toute chose, nous pouvons toujours nous améliorer. C’est pourquoi nous entretenons un dialogue soutenu avec les représentant(e)s de ces communautés. […] Nous espérons que les personnes de toutes les communautés LGBTQ2+ pourront nous accorder leur confiance aujourd’hui et se tourner avec nous vers le présent et l’avenir », a indiqué par courriel la police de Montréal.

Pour y arriver, le corps de police mise entre autres sur une formation qui est offerte depuis l’an dernier à ses agents afin de les sensibiliser à la réalité des personnes LGBTQ+.

Pas une première

 

Le SPVM est le seul corps de police à avoir affiché son intérêt pour le défilé cette année. La Sûreté du Québec (SQ) avait déjà fait part à Fierté Montréal de son ouverture il y a quelques années, mais l’organisation avait refusé que des policiers de la SQ paradent en uniforme pour les mêmes raisons.

Malgré tout, tant le SPVM que la SQ ont affirmé au Devoir cette semaine avoir de bonnes relations avec Fierté Montréal. L’organisation ne ferme d’ail-leurs pas la porte à ce que les corps de police puissent un jour participer à l’événement.

Le défilé de Montréal n’est pas le seul au pays à exclure les policiers. Ce fut le cas lors des années précédentes à Toronto ou encore à Edmonton, où les militaires n’étaient pas non plus les bienvenus.

Dans la métropole, dimanche, les Forces armées canadiennes seront cependant bien présentes dans le cortège, à l’instar de plus d’une centaine d’entreprises et d’organismes. On s’attend aussi à ce que des représentants de tous les grands partis politiques soient sur place.

De toutes les organisations qui souhaitaient participer au défilé, le SPVM est la seule à avoir essuyé un refus cette année.

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