1700$ par mois, un loyer abordable dans le Plateau-Mont-Royal?

La nouvelle grille fait grimper de 11% le loyer maximal d’un logement abordable de trois chambres à coucher dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La nouvelle grille fait grimper de 11% le loyer maximal d’un logement abordable de trois chambres à coucher dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal.

Un appartement de trois chambres à coucher dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal loué à 1700 dollars par mois peut être considéré comme abordable, selon la nouvelle grille des loyers maximums admissibles à un programme de la Ville de Montréal qui subventionne la rénovation de logements, et qui soulève les passions.

À l’hiver 2020, la Ville de Montréal a mis en place un programme baptisé « Réno logement abordable », qui vise à soutenir financièrement les propriétaires de bâtiments de plus de six logements, mais de moins de cinq étages, dans leurs travaux de rénovation. Une initiative alors mise en place afin de lutter contre les problèmes d’insalubrité dans le marché locatif de la métropole.

Des propriétaires peuvent ainsi recevoir jusqu’à 500 000 dollars pour rénover un bâtiment, ou un maximum de 14 000 dollars par logement en travaux admissibles. Pour pouvoir obtenir ces subventions, les propriétaires doivent cependant offrir le tiers de leurs portes d’un bâtiment à un loyer « abordable ». Ces logements doivent ainsi respecter des « loyers plafonds » mis en place par la Ville, qui établit ceux-ci à 95 % des loyers médians du marché dans chaque arrondissement et pour différentes tailles d’habitation.

Le marché immobilier étant en pleine ébullition à Montréal, la Ville a haussé les loyers inscrits à cette grille une première fois le 1er septembre 2021, puis de nouveau cette année au terme de l’adoption d’un point à cet effet à l’ordre du jour de la séance du comité exécutif, mercredi. « Les loyers du marché ayant évolué depuis la dernière mise à jour du règlement, il est proposé de mettre à jour ces loyers plafonds » afin de maintenir le même « bassin de bâtiments admissibles » à ce programme, font valoir les documents décisionnels de la Ville.

« En effet, la hausse des loyers a pour effet de rendre inadmissibles à ce programme de nombreux bâtiments, si les plafonds ne sont pas ajustés », peut-on lire.

Une hausse importante

La nouvelle grille fait grimper de 11 % le loyer maximal d’un logement abordable de trois chambres à coucher dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, qui passe ainsi de 1530 à 1700 dollars par mois, a constaté Le Devoir. La hausse est similaire pour les logements de type quatre et demie, dont le loyer plafond est passé de 940 à 1050 $ dans le secteur.

Le loyer maximal pour un logement de trois chambres et plus connaît une hausse de 21 % dans les arrondissements d’Ahuntsic-Cartierville et de Verdun, et franchit ainsi le seuil symbolique de 1000 dollars par mois. Il atteint également 1120 dollars par mois dans Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, l’arrondissement le plus populeux de Montréal, ainsi que 1330 dollars à Ville-Marie, une hausse de 14 % en un an.

« Les loyers sur le marché privé ont beaucoup augmenté », reconnaît l’organisatrice communautaire du Comité logement Ahuntsic-Cartierville en réaction à cette nouvelle grille de loyers abordables de la Ville. « Par contre, même si on dit que statistiquement, c’est abordable, si on se base sur la capacité de payer des gens, ça ne l’est pas vraiment », poursuit Karina Montambeault.

« C’est sûr qu’un logement de trois chambres à coucher à 1090 dans Ahuntsic, ce n’est pas cher, si on se base sur le prix sur le marché. Mais par rapport à la capacité de payer des gens, c’est beaucoup trop cher », ajoute l’organisatrice communautaire. Elle déplore par ailleurs que le programme de la Ville exige seulement que le tiers des logements dont la rénovation est subventionnée respectent les « loyers plafonds » en question.

Pour les logements de deux chambres à coucher, des hausses marquées des loyers abordables sont aussi à noter dans Montréal-Nord (+7,8 %), à Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles (+7,5 %) et à Verdun (+9,8 %), entre autres.

« La logique des logements dits abordables, c’est de respecter une logique du marché, donc ça n’a rien à voir avec la capacité de payer des gens », relève lui aussi le porte-parole du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec, Cédric Dussault, qui trouve « scandaleux » que la Ville finance la rénovation de logements « qui ne sont pas véritablement abordables ».

Les loyers, constate-t-il, augmentent plus vite que l’inflation et « beaucoup plus rapidement » que les revenus des ménages, qui se retrouvent pris au dépourvu dans plusieurs arrondissements de Montréal. « Il y a de plus en plus de personnes à faible revenu qui n’auront plus d’endroit où se loger » si on ne met pas un frein à ces hausses rapides, prévient M. Dussault.

« Inévitable », selon la Ville

Appelé à réagir, le cabinet de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, affirme que les modifications des loyers inscrits à ce programme étaient « inévitables » afin que l’administration puisse augmenter « le nombre de logements admissibles aux subventions ». « Ne pas augmenter les seuils n’aurait pour effet que de participer au recul de l’abordabilité dans la métropole », fait valoir l’attachée de presse Marikym Gaudreault.

La Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) déplore pour sa part de ne pas avoir été consultée par la Ville avant la mise à jour de la grille des loyers abordables incluse dans ce programme, qui concerne pourtant ses membres. « Je pense qu’on aurait pu apporter des éléments enrichissants à ses calculs, mais on n’a pas été consultés », lâche son directeur des affaires publiques, Marc-André Plante.

La CORPIQ entend d’ailleurs « s’enquérir » auprès de la Ville dans les prochaines semaines des façons dont elle pourrait contribuer à « améliorer » le programme, indique-t-il.

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