Queer dans la vie comme à l’église

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La cathédrale Christ Church est l’une des seules églises à Montréal où l’on célèbre la fierté gaie.

Bien qu’ils se heurtent encore à des préjugés dans plusieurs paroisses, des croyants issus de la communauté LGBTQ+ trouvent en leur foi du réconfort lors des périodes difficiles. D’autant que des églises montréalaises célèbrent elles aussi la Semaine de la fierté.

« Même après 40 ans à être ouvertement gai, chaque fois que je rencontre un groupe de personnes, je me demande si c’est sûr pour moi [de leur révéler mon orientation sexuelle] et comment elles vont réagir », confie Bertrand Olivier, le doyen de la cathédrale anglicane Christ Church, lors du service de la fierté qui y est organisé. L’endroit fait partie des quelques églises de Montréal qui soulignent l’occasion.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les croyants issus de la communauté LGBTQ+ présents lors d’une des messes célébrant la Semaine à la fierté à la cathédrale anglicane Christ Church, située en plein cœur de Montréal, sur la rue Sainte-Catherine, écoutent l’intervention du révérend Jeff Rock.

« Toute la communauté n’est pas très ouverte, on a nos batailles », reconnaît le révérend Olivier. L’église anglicane située en plein coeur de la métropole se veut toutefois un lieu accueillant pour la communauté queer.

Montréal est une ville où « des gens de tous les horizons » coexistent, et l’Église ne fait que refléter cette diversité, souligne M. Olivier. Dans la foi anglicane, chaque province ecclésiastique est indépendante, et le fait que le pouvoir n’est pas aussi centralisé que dans l’Église catholique permet aux paroisses d’évoluer à leur propre rythme, note-t-il.

Le prêtre reconnaît par contre qu’il y a encore « beaucoup de manque de confiance [envers les Églises] de la part de la communauté LGBTQ ».

Une quête d’acceptation

Cette méfiance se reflète d’ailleurs sur le terrain : être accepté comme queer et chrétien peut être ardu pour les gens qui tiennent à ces deux pans de leur identité.

Quand je sors avec quelqu’un, ce n’est pas le fait de me déclarer bisexuel ou transgenre qui me rend nerveux, mais le fait de me déclarer chrétien

« Quand je sors avec quelqu’un, ce n’est pas le fait de me déclarer bisexuel ou transgenre qui me rend nerveux, mais le fait de me déclarer chrétien », explique Noah Hermes, membre de l’Église anglicane depuis six ans. « J’ai perdu des amis québécois qui pensent que je suis sectaire parce que je vais à l’église », raconte de son côté Tevfik Karatop, un homme gai de confession luthérienne.

Après avoir suivi un programme de réadaptation en toxicomanie lorsqu’il était adolescent, Noah a été inspiré par la composante spirituelle de l’exercice. Dans sa quête d’une communauté spirituelle inclusive, il a atterri à la cathédrale anglicane Christ Church.

J’ai perdu des amis québécois qui pensent que je suis sectaire parce que je vais à l’église

 

Pour d’autres, le parcours a été plus long. Originaire de Turquie, Tevfik est né dans une famille musulmane sunnite, mais s’est converti au christianisme il y a 10 ans. Ce n’est qu’au terme d’un long parcours qui l’a conduit jusqu’à Montréal, où il est arrivé en tant qu’étudiant au doctorat en marketing, qu’il a trouvé une communauté inclusive. « J’allais [d’abord] dans une église luthérienne finlandaise à Istanbul […], je me suis rendu compte qu’ils [les fidèles] étaient homophobes et je n’y suis plus retourné. »

Ce n’était pas la première fois que Tevfik faisait face à une telle discrimination : « Là-bas, [en Turquie], tout le monde était d’accord sur l’homophobie : musulmans, chrétiens, laïcs… » Aujourd’hui, il est actif dans de nombreux cercles chrétiens de la métropole québécoise et travaille pour une organisation jésuite venant en aide aux réfugiés.

Une foi libératrice

 

Tevfik explique que, pour lui, être gai ouvertement et sans culpabilité correspond à sa croyance en un Dieu aimant qui souhaite que ses fidèles s’acceptent eux-mêmes. Cette idée de foi libératrice résonne également chez Noah, qui a trouvé en « l’amour de Dieu » de l’aide pour traverser les moments difficiles de sa transition.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le prêtre reconnaît par contre qu’il y a encore «beaucoup de manque de confiance [envers les Églises] de la part de la communauté LGBTQ».

Interrogés sur la façon dont ils se réconcilient avec les positions traditionnelles des Églises chrétiennes, souvent patriarcales et homophobes, ils soulignent que leur lecture personnelle de la Bible se fait en connaissance du contexte dans lequel elle a été écrite. « C’est une collection de l’expérience de diverses personnes avec Dieu au fil des ans, dans le contexte dans lequel elles étaient, de la façon dont elles pouvaient le comprendre », explique Noah.

Pour Tevfik, le rejet historique de la communauté LGBTQ+ par les Églises ne fait d’ailleurs que renforcer sa détermination à les transformer : « Il est facile de rentrer chez soi et de fermer les églises, mais nous avons du travail à faire pour la réconciliation. »

Un avenir incertain

 

La place des gens queers ne fait toutefois pas l’unanimité au sein de l’Église anglicane canadienne, certains évêques s’opposant notamment au mariage entre personnes de même sexe. « L’Église aura toujours 20 ans de retard, mais ça bouge dans la bonne direction », affirme Noah.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La place des gens queers ne fait toutefois pas l’unanimité au sein de l’Église anglicane canadienne, certains évêques s’opposant notamment au mariage entre personnes de même sexe.

Pour Tevfik, « il y aura des îlots de liberté » malgré les réactions négatives de certains fidèles. « Il y a des espaces où vous n’avez pas à sacrifier une de ces parties de vous-même. Nous pouvons être pleinement chrétiens et pleinement queers, tout cela dans notre petit paquet désordonné », affirme Noah.