Hausse des crimes contre la personne au Québec l’an dernier

L’an dernier, 97 370 infractions contre la personne ont été répertoriées au Québec, une augmentation de 10,8% par rapport à 2020.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne L’an dernier, 97 370 infractions contre la personne ont été répertoriées au Québec, une augmentation de 10,8% par rapport à 2020.

Les agressions sexuelles rapportées aux corps de police de la province ont bondi de près de 29 % l’an dernier au Québec, selon des données du ministère de la Sécurité publique (MSP) qui doivent toutefois être interprétées avec prudence, relèvent les experts consultés par Le Devoir. Les fraudes et les vols de voitures continuent pendant ce temps d’augmenter.

L’an dernier, 97 370 infractions contre la personne ont été répertoriées au Québec, une augmentation de 10,8 % par rapport à 2020. Les données plus détaillées publiées vendredi par le MSP font pour leur part état d’une légère diminution des homicides et des tentatives de meurtre l’an dernier, tandis qu’à l’inverse, les voies de fait de tous types ont augmenté en moyenne de 11 % entre 2020 et 2021.

On en arrive ainsi à une augmentation globale du nombre d’infractions contre la personne qui « s’explique principalement par une hausse du nombre des voies de fait, d’agressions sexuelles et des autres infractions d’ordre sexuel déclarées par les corps de police », relève le MSP dans une publication de cinq pages qui se veut un aperçu des crimes commis en 2021 dans la province. Les agressions sexuelles rapportées, du nombre de 7370 l’an dernier, ont ainsi bondi de 28,7 % par rapport à 2020. Les autres infractions d’ordre sexuel ont également augmenté de 19 % d’une année à l’autre.

« Quand je vois qu’il y a des augmentations [des agressions sexuelles déclarées à la police], je vois plutôt là un point positif que négatif parce que ça veut dire que les gens dénoncent plus », analyse au Devoir la criminologue et présidente de Mourani-Criminologie, Maria Mourani. Ces dénonciations ne représentent cependant que la pointe de l’iceberg, rappelle-t-elle.

Les données du ministère de la Sécurité publique font d’ailleurs état d’une augmentation de 43,7 % des agressions sexuelles rapportées aux corps de police de la province en 2011 et 2022. Un rapport publié en 2019 par le MSP soulignait toutefois que les agressions sexuelles ne seraient déclarées que dans 6 % des cas.

Ainsi, « il reste encore beaucoup d’études à mener pour vraiment comprendre la réalité des agressions sexuelles » et ainsi pouvoir mettre en place des campagnes de sensibilisation efficaces pour prévenir « l’hémorragie » avant qu’elle ne se produise, estime la fondatrice de Québec contre les violences sexuelles, Mélanie Lemay. « Si on veut que la violence arrête de se transmettre d’une génération à l’autre, il faut être en mesure de recueillir des données crédibles », insiste-t-elle.

Ce ne sont d’ailleurs qu’une partie des agressions sexuelles dénoncées à des corps de police qui mènent à des accusations de la part du Directeur des poursuites criminelles et pénales. Un nombre qui se rétrécit encore davantage lorsqu’il est question des accusations qui mènent à des condamnations d’agresseurs, relève Mme Mourani, qui espère que la création d’un tribunal spécialisé sur les violences sexuelles et conjugales contribuera à mettre fin à cet effet « d’entonnoir ».

« Les victimes, elles ne sont pas crues, quelque part, déplore Mme Mourani. Après ça, tu n’as pas le goût de dénoncer. »

Si on veut que la violence arrête de se transmettre d’une génération à l’autre, il faut être en mesure de recueillir des données crédibles.

Fraudes et vols de voitures

Dans la dernière décennie, plus précisément entre 2012 et 2021, le nombre de crimes contre la propriété rapportés annuellement a connu une courbe décroissante continue. L’an dernier fait toutefois office d’exception alors que ce type de crimes a alors connu une hausse de 3,4 % qui « s’explique principalement par une augmentation du volume de fraudes et des vols d’automobiles déclarés par les corps de police en 2021 », indique le MSP.

Le ministère a ainsi comptabilisé pas moins de 33 942 cas de fraudes ayant été rapportés à la police l’an dernier, en hausse de 12,8 % par rapport à 2020. Celles-ci représentent d’ailleurs un moyen très utilisé pour financer le crime organisé, souligne Stéphane Wall, un ancien policier du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). « C’est très payant parce que tant que tu ne te fais pas prendre, tu fais de l’argent comme de l’eau », note-t-il, en ajoutant que les sanctions imposées par les tribunaux pour des crimes de cet acabit ne sont généralement pas dissuasives. « Ça manque de dents. »

Quant aux vols de véhicules à moteur, dont le nombre a augmenté de 19,5 % l’an dernier, « c’est l’enfer », lâche l’ancien sergent-détective au SPVM André Gélinas. Ce dernier estime que de nombreuses voitures et camions légers volés se retrouvent ensuite dans des cargos en direction de divers pays où ils sont vendus à de gros prix dans un contexte où l’industrie automobile fait face à d’importants « défis de production ». La prudence est donc de mise pour les propriétaires de véhicules.

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