Le pape reconnaît les crimes sexuels du clergé

François n’est pas le premier pape qui demande pardon, cette année, aux victimes d’agressions commises par des prêtres catholiques.
Photo: John Locher Associated Press François n’est pas le premier pape qui demande pardon, cette année, aux victimes d’agressions commises par des prêtres catholiques.

Pour la première fois de son voyage pénitentiel au Canada, le pape François a demandé pardon à l’ensemble des victimes des violences sexuelles perpétrées par des prêtres et des religieuses. Des « crimes », selon le souverain pontife, « qui appellent des actions fortes et un combat irréversible ».

Au moment où son Église, au Canada, n’a plus l’ombre de sa puissance d’antan, où les scandales continuent de souiller sa sainteté et où les plaignants deviennent légion à réclamer justice devant les tribunaux, le pape François a reconnu ce qui relève de l’évidence pour bien des gens et des juges, soit que des membres du clergé sont coupables d’actes pédophiles.

« Pour annoncer l’Évangile, il faut être crédible, a affirmé le souverain pontife. L’Église, au Canada, a commencé un nouveau parcours après avoir été blessée et choquée par le mal perpétré par certains de ses enfants. Je pense en particulier aux abus sexuels commis contre des mineurs et des personnes vulnérables […] Je voudrais, avec vous, demander à nouveau pardon à toutes les victimes. La douleur et la honte que nous ressentons doivent devenir une occasion de conversion. Plus jamais ça. »

François n’est pas le premier pape qui demande pardon, cette année, aux victimes d’agressions commises par des prêtres catholiques. L’ancien souverain pontife Benoît XVI, accusé, dans un rapport indépendant, d’inaction face aux sévices commis au sein de l’Église lorsqu’il était archevêque de Munich, avait lui aussi exprimé, en février dernier, sa « profonde honte » et sa « grande douleur » à l’égard des victimes.

Le pape François lui-même avait déjà, en 2019, qualifié les actes pédophiles commis par des membres du clergé de « crimes abominables qui doivent disparaître de la face de la terre ». Plusieurs associations de victimes avaient, à cette occasion, dénoncé l’absence de gestes concrets cachés derrière ces paroles fortes.

Il y a deux semaines, au Québec, des victimes présumées ou confirmées de prêtres pédophiles avaient demandé au Saint-Père de profiter de sa visite au Canada pour énoncer des directives claires au clergé. Elles dénonçaient notamment les méandres judiciaires dans lesquels l’Église canadienne enfonce chaque action collective intentée contre elle et exhortaient le pape à mettre au pas son clergé pour qu’il reconnaisse les crimes perpétrés et accorde justice aux victimes.

Le nouveau parcours qui s’ouvre devant l’Église canadienne, aux dires du pape, comporte quelques boulets hérités de l’ancien. Seulement au Québec, une vingtaine d’actions collectives ont présentement cours contre des congrégations religieuses et des diocèses. Elles visent, pour l’instant, plus de 750 abuseurs présumés et représentent quelque 1500 plaignants.

Contre la nostalgie d’un monde sacralisé

Le pape François prenait la parole dans la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec, devant un parterre composé de la haute hiérarchie de l’Église canadienne. Il profitait de la cérémonie des vêpres, la dernière action apostolique de son pèlerinage pénitentiel, pour prononcer les mots les plus francs à l’égard des abus perpétrés au sein de son Église.

Au cours de sa longue homélie, le pape a peint un portrait réaliste de l’état du catholicisme au Canada. « La sécularisation […] a depuis longtemps transformé le mode de vie des femmes et des hommes d’aujourd’hui, laissant Dieu au second plan. Il semble avoir disparu de l’horizon, a souligné François. Sa parole ne semble plus être une boussole d’orientation pour la vie. »

Le pape a invité son clergé à faire preuve de « créativité » pour « ouvrir de nouvelles voies » au message de l’Évangile. Il a notamment prié l’Église canadienne de ne pas tomber dans l’« amertume » de sa grandeur disparue, au risque « d’envoyer un message trompeur, comme si derrière la critique de la sécularisation se cachait, de notre part, la nostalgie d’un monde sacralisé, d’un monde d’autrefois où l’Église et ses ministres avaient une plus grande importance sociale ».

Le pape François, connu pour sa sensibilité à l’égard des plus démunis, a plutôt appelé à une Église plus humble et moins éprise de richesses matérielles. « Le Seigneur, qui déteste les mondanités… » a-t-il dit à un moment — des paroles qui contrastaient avec les dorures ostentatoires de Notre-Dame, magnifiques démonstrations d’un luxe qui jure, depuis des lunes, avec l’appel au dépouillement porté par les Évangiles ainsi que l’actuel souverain du Vatican.

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