L’éventuelle démolition du plus vieux poste de douane au Canada inquiète Québec

L’édifice Wilder-Pierce situé dans la municipalité de Stanstead
Photo: Jean-François Nadeau Le Devoir L’édifice Wilder-Pierce situé dans la municipalité de Stanstead

Le plus vieux poste de douane au Canada, l’édifice Wilder-Pierce, sera-t-il démoli comme le souhaite la municipalité de Stanstead ? Celle-ci avait cité le bâtiment pour le protéger, en raison de son importance historique et architecturale, mais des différends avec le propriétaire du bâtiment l’ont amenée à changer son fusil d’épaule. Au ministère de la Culture et des Communications (MCC), on se montre inquiet devant cette nouvelle menace de démolition d’un bâtiment patrimonial.

« Le Ministère a transmis une lettre à la municipalité lui demandant de considérer toutes les alternatives autres que la démolition de l’édifice Wilder-Pierce en l’informant des aides financières disponibles et en lui offrant son accompagnement dans le dossier », explique le MCC au Devoir.

De l’argent pour sauver le bâtiment

Est-ce que le MCC entend s’interposer entre la municipalité et le propriétaire de l’immeuble afin d’assurer la sauvegarde de ce bien patrimonial, au-delà des litiges entre ces deux entités ? « Le Ministère a déjà clairement signifié à la municipalité que la démolition n’était pas une option à préconiser. Elle a également fait part des programmes d’aide financière actuellement disponibles pour ce bâtiment couvrant 40 % des frais admissibles. »

Cependant, le ministère note que le propriétaire n’a pas sollicité son aide financière. « Le Ministère n’a pas, à ce jour, effectué de démarches auprès du propriétaire », privilégiant plutôt des démarches auprès de la municipalité. « Le Ministère effectue des démarches auprès de la municipalité afin de lui offrir des pistes d’accompagnement financier et son expertise pour réfléchir aux alternatives à la démolition de l’immeuble. »

En fait, la restauration du bâtiment pourrait même être couverte jusqu’à 75 %, « dans l’éventualité où la municipalité de Stanstead ou la MRC Memphrémagog signaient une entente avec le Ministère pour les volets restauration du patrimoine bâti au Programme de soutien au milieu municipal (PSMMPI) », précise le MCC.

La loi québécoise invite les autorités publiques à être exemplaires en matière de conservation du patrimoine. Le MCC a-t-il eu l’occasion de rappeler cette exigence de la loi à la municipalité concernée ? « En juillet 2022, le Ministère a rencontré la municipalité afin de l’amener à trouver de nouvelles solutions au dossier et de lui dresser un portrait des différents programmes d’aide financière. Le Ministère a de nouveau offert son accompagnement en vue d’une requalification du bâtiment. » Pour l’instant, aucun avis de démolition n’a été diffusé, même si la municipalité a bien indiqué, devant les tribunaux, son intention de raser ce bâtiment construit vers 1812.

À l’époque, l’édifice Wilder-Pierce a d’abord servi de magasin, puis de poste de douane, dans cette ville. « L’édifice Wilder-Pierce occupe ainsi une place importante dans la localité en raison des fonctions qu’il abrite et témoigne de la prospérité de celle-ci au courant du XIXe siècle. Par ailleurs, il s’agit vraisemblablement du plus vieil édifice ayant été utilisé comme bureau de douane qui subsiste au Canada », indique le Répertoire du patrimoine culturel du Québec. Né au New Hampshire, le propriétaire initial du bâtiment, Wilder Pierce (1788-1866), fut l’un des notables les plus influents de Stanstead Plain et de la région. Il est enterré au cimetière local.

Quelle protection ?

La récente refonte de la Loi sur le patrimoine culturel ne promettait-elle pas de mieux protéger les bâtiments d’importance contre les démolitions intempestives ? « Les modifications législatives apportées en 2021 visent notamment à ajouter des crans de sûreté afin d’éviter que des bâtiments présentant un intérêt patrimonial ne soient détruits sans même que les citoyens, les municipalités, les MRC, le Ministère et la ministre en soient préalablement informés », indique le MCC au Devoir. Les démolitions demeurent possibles.

Pour tout immeuble construit avant 1940, la loi stipule désormais que les municipalités ont l’obligation de transmettre un avis d’intention ou une autorisation de démolir à la ministre de la Culture et des Communications. Cela doit être fait 90 jours au moins avant l’émission d’un tel permis. Est-ce que cela veut dire que Québec est prêt à intervenir pour empêcher cette démolition, par exemple en classant sous sa propre autorité le bâtiment ? Pour ce faire, il faudrait que n’importe quel citoyen ait fait une demande en faveur de la sauvegarde du bâtiment. Laconique, le ministère indique qu’il « n’a pas reçu de proposition de classement pour l’édifice Wilder-Pierce ».

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