La fonderie Horne promet une refonte «majeure»

Les ingénieurs de Glencore prévoient «encapsuler toute la fonderie» Horne pour empêcher la fuite d’émissions toxiques.
Photo: Étienne Ravary Le Devoir Les ingénieurs de Glencore prévoient «encapsuler toute la fonderie» Horne pour empêcher la fuite d’émissions toxiques.

La fonderie Horne promet de déposer d’ici « quelques semaines » un plan d’action « majeur » pour réduire les émissions d’arsenic. Malgré quelques refus de précisions, Le Devoir a pu s’entretenir avec deux responsables de la « modernisation » de l’un des plus gros pollueurs au pays : Marie-Élise Viger, première responsable de l’environnement, et Donald Piché, directeur de l’ingénierie et des services techniques de Glencore en Amérique du Nord.

Les gigantesques tuyaux qui serpentent sur la majorité du complexe métallurgique filtrent plus de 95 % des gaz toxiques de la fonderie, explique Donald Piché. « 100 % d’épuration, ça n’existe pas : le système a une limite. Si tu veux aller chercher encore plus, il faut que tu élimines à la source. » Ce labyrinthe de tubes absorbe aussi la plus grande partie des dépenses de l’usine, note sa collègue.

La fonderie comme telle, là où on fait fondre le minerai pour en extraire le cuivre, ne se trouve que dans une toute petite portion de l’usine. Les ingénieurs de Glencore promettent d’affiner le processus en réduisant d’« au moins de moitié » le temps de la transformation. « Au lieu d’avoir sept vaisseaux en opération, on va avoir trois vaisseaux », précise Donald Piché.

« Dans le monde, l’approche conventionnelle, c’est qu’on rajoute des équipements d’épuration [de filtration]. L’approche que nous, on a choisie pour techniquement aller chercher un maximum de gain, c’est de combiner de l’approche de l’épuration […] avec la réduction de la chaîne de valeur avec un procédé mis au point ici. On va au-delà des meilleures technologies disponibles. »

La fin de ce projet « majeur » était prévue en 2024 dans le dernier plan d’action de l’entreprise, daté de 2020. Sa « complétion » est maintenant prévue pour 2026.

À ceux qui pressent la fonderie d’accélérer la cadence, Donald Piché rappelle que ce projet, nommé PHENIX, a débuté il y a plusieurs années. « Ces grandes transformations se font par étapes », temporise l’ingénieur.

Photo: Étienne Ravary Le Devoir Donald Piché, directeur de l’ingénierie et des services techniques de Glencore en Amérique du Nord

Le coût de cette amélioration s’élève à 200 millions de dollars. Glencore a dégagé un bénéfice net pour ses actionnaires de 5 milliards de dollars l’an dernier.

Cette mise à jour sera l’« un des gros morceaux » présenté sous peu par Glencore. Mais rien ne filtre sur le contenu du reste des annonces.

Des experts consultés par Le Devoir mentionnent que des procédés dits de « prétraitement hydrométallurgique » existent dans d’autres complexes miniers et pourraient s’appliquer à la fonderie Horne. Ce procédé extrait l’arsenic avant la fonte avec un composé liquide que l’on filtre, évitant ainsi que ces métaux toxiques se volatilisent dans l’air que respirent les citoyens. Sa rentabilité n’est toutefois pas démontrée.

Freiner les émissions

 

Le rétrécissement du temps de la fonte n’empêchera pas la fonderie d’émettre des contaminants. L’air vicié de Rouyn-Noranda provient largement des « émissions fugitives » qui contournent les « hottes » et s’échappent des murs des bâtiments parfois centenaires.

Le nouveau segment de la fonderie sera construit dans un édifice neuf à l’abri des fuites, assure Marie-Élise Viger. « Ça va être complètement fermé et raccordé à un système de filtration. » Autrement dit, les ingénieurs prévoient « encapsuler toute la fonderie » pour empêcher la fuite d’émissions toxiques.

Photo: Étienne Ravary Le Devoir Marie-Élise Viger, première responsable de l’environnement pour la fonderie Horne

La démolition de vieux bâtiments va aussi « améliorer l’esthétisme » du complexe, ajoute Donald Piché.

La fonderie insiste d’ailleurs pour dire qu’elle multiplie les manières d’empêcher que les poussières toxiques ne quittent la fonderie. L’asphaltage du sol, l’installation de « barrières brise-vent » et un entreposage plus hermétique doivent en théorie limiter la propagation des particules honnies.

L’angle recyclage

La fonderie Horne n’est plus une mine depuis plusieurs années. Elle fond plutôt des déchets miniers et électroniques pour en retirer les éléments convoités.

Ces « concentrés » de minerai brut proviennent de « différentes mines partout en Amérique du Nord ». Et lorsqu’ils sont riches en polluants, la fonderie peut exiger un gros prix de ses fournisseurs en raison des rejets engendrés par le traitement. Les organisations environnementalistes plaident pour que la fonderie se procure des « intrants » moins riches en contaminants.

Photo: Étienne Ravary Le Devoir Les particules d’arsenic s’échappent des murs de la fonderie Horne.

La fonderie espère surtout augmenter sa portion « recyclage » de produits électroniques. Pour l’instant, 80 % du métal précieux ou semi-précieux revendu provient de déchets miniers, tandis que 20 % est issu de batteries, téléphones, ordinateurs ou autres composantes électroniques désuets.

 

« On adapte toutes les opérations pour prendre plus de matières recyclables. Avec les autos électriques, les batteries, on s’intègre dans cette boucle-là pour augmenter notre utilisation de matières recyclables », dit Donald Piché.

Les normes quotidiennes

 

La liquéfaction des déchets miniers a rejeté des dizaines de tonnes d’arsenic dans l’air de Rouyn-Noranda chaque année. Ramenée à une moyenne quotidienne, cette pollution a dépassé à plusieurs reprises 1000 nanogrammes  par mètre cube depuis quelques années. La fonderie se défend en affirmant respecter la norme « annuelle » de 100 ng/m3 que lui accorde Québec.

L’imposition d’un plafond quotidien de rejets polluants est envisagée par le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, et elle est bien vue par les militants pour la défense de l’environnement de l’Abitibi-Témiscamingue. Aucune limite précise n’a toutefois été avancée.

Marie-Élise Viger dit vouloir respecter la décision du gouvernement, quelle qu’elle soit. Mais « si on passe de 100 ng/m3 [en moyenne] annuellement, à 100 ng/m3 sur une base journalière, en ce moment, avec la technologie qu’on a et sans amélioration, non, ce n’est pas réaliste », prévient-elle.

Ce plafond de pollution n’est pas impossible à imposer, mais encore faut-il que les financiers de Glencore y trouvent leur compte. « Il faut juste que ça soit réaliste selon les performances attendues », indique-t-elle.

L’imposition de plafond d’émissions pour d’autres éléments que l’arsenic flotte aussi dans l’air. Est-ce que la fonderie Horne pourrait durcir ainsi ces normes ? On répond que l’on suivra les exigences du gouvernement.