Un résident de Rivière-des-Prairies dit avoir été victime de profilage racial

Il affirme que les policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ont accepté de le laisser circuler, mais qu’un véhicule de police s’est subitement positionné pour lui barrer la route.
Getty Images iStockphoto Il affirme que les policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ont accepté de le laisser circuler, mais qu’un véhicule de police s’est subitement positionné pour lui barrer la route.

Sacha-Wilky Merazil revenait tranquillement chez lui après avoir effectué quelques emplettes lorsqu’il a été arrêté par la police dimanche dernier, à Rivière-des-Prairies. Embarqué dans une voiture de patrouille et menotté, il considère avoir été victime de profilage racial.

Joint au téléphone, M. Merazil relate les événements qui ont conduit à son arrestation avec émotion. « À quelques mètres de chez moi, il y avait une intervention policière en cours. J’ai vu les policiers parler à un jeune homme noir, se souvient-il. Lorsqu’il est parti, j’ai demandé si je pouvais passer. »

Il affirme que les policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ont accepté de le laisser circuler, mais qu’un véhicule de patrouille s’est subitement positionné pour lui barrer la route. « Un agent m’a demandé d’éteindre mon véhicule. Quand j’ai demandé pourquoi, il m’a dit que je ressemblais à un criminel qu’ils recherchaient dans une histoire de violence conjugale. »

Une vidéo prise par M. Merazil lors de son interpellation et que Le Devoir a visionnée prouve ses dires. Dans la captation, qui dure une minute et 26 secondes, on entend un policier affirmer que M. Merazil, qui est assis dans sa voiture, a un « visage similaire » au suspect recherché et lui enjoindre de montrer ses cartes d’identité.

« Je lui ai dit que je ne m’identifierai pas parce que je n’ai aucun rapport avec cette histoire », explique le principal intéressé en entrevue. Dans la vidéo, le policier le prévient qu’il « va finir dans la cage du véhicule [de police] » en cas de refus de coopérer. M. Merazil, d’un calme inébranlable, demande alors au policier son numéro de matricule, à la suite de quoi ce dernier ouvre la porte du véhicule et lui ordonne d’en sortir. Plusieurs policiers agrippent ensuite M. Merazil, ce qui lui fait lâcher son téléphone. On voit distinctement un agent tenter de mettre sa botte sur la caméra du téléphone qui est tombé par terre.

« Je me suis retrouvé à l’arrière du véhicule de police et menotté. On ne m’a jamais dit pourquoi j’étais en état d’arrestation », raconte M. Merazil au téléphone, des sanglots naissants dans la voix.

Relâché après plusieurs minutes

 

Visiblement secoué par les événements, il raconte qu’il a finalement été relâché « après de longues minutes ». « Je suis un jeune homme qui n’a aucun casier criminel, qui n’a aucun dossier judiciaire », explique celui qui siège au Conseil jeunesse de Montréal-Nord et qui a été candidat pour Projet Montréal aux élections municipales de 2017.

Affirmant qu’il explore actuellement les recours légaux possibles avec ses avocats, ce père d’une petite fille croit que « ce serait bien que les policiers fassent leur travail dignement » puisqu’« il y a une minorité de policiers qui font un travail qui vient ternir le travail de l’institution ».

« Malgré tout, j’ai un énorme respect pour les policiers et pour leur travail », affirme-t-il. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’il est interpellé par les autorités pour des raisons qui relèvent à son sens du profilage racial : « Dans le passé, j’ai déjà été intercepté pour des vérifications de routine, mais cette fois-ci, on parle d’une intervention abusive ».

Selon un rapport indépendant publié en 2019, les personnes noires et autochtones ont « entre quatre et cinq fois plus de chances » d’être interpellées par des agents du SPVM.

À la suite de ce rapport, le SPVM avait lancé des consultations externes pour revoir sa politique en matière d’interpellation. Des consultations… auxquelles Sacha-Wilky Merazil a lui-même pris part en 2020. « En rencontrant des hauts gradés du SPVM en 2020, je ne me serais pas attendu à être victime d’une telle interpellation deux ans plus tard », regrette-t-il.

Par courriel, la section des relations médias du SPVM a indiqué ne pas souhaiter commenter l’affaire : « Lorsque des événements lui sont signalés, le SPVM a la responsabilité de s’assurer de la qualité du travail effectué par ses policiers. Nous ne donnerons toutefois aucune autre précision concernant ce dossier. »

Le courriel mentionne également que « si une personne s’est sentie lésée lors d’une intervention policière, il est de son droit de porter plainte contre le(s) policier(s) auprès du SPVM ou auprès d’un organisme indépendant » et que « toute conduite discriminatoire ou de profilage est soumise au principe de tolérance zéro ».

À voir en vidéo