Les voyageurs résignés à la reprise des tests aléatoires à l’aéroport

L’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau, à Montréal
Photo: Hubert Hayaud Le Devoir L’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau, à Montréal

La reprise des tests aléatoires de dépistage de la COVID-19 ne semblait pas démoraliser les voyageurs, mardi, à l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau, à Montréal. L’ambiance était plutôt au calme et à la résignation, malgré le mécontentement qui perdure concernant l’application ArriveCAN.

L’aéroport de Montréal figure parmi les quatre au pays, avec ceux de Toronto, Vancouver et Calgary, où ces tests reprennent pour les voyageurs entièrement vaccinés. Nouveauté cette fois : pour éviter une trop longue attente dans les aéroports, les voyageurs sélectionnés doivent effectuer les tests dans des lieux désignés à l’extérieur, comme des pharmacies ou des magasins, ou encore à la maison avec un rendez-vous virtuel d’autodépistage. Cette mesure a été interrompue le 11 juin, le temps qu’un système plus efficace soit mis en place.

« J’ai l’impression que ça ne sera pas bien surveillé », affirme Julia, une jeune femme qui arrive de Corée du Sud. « Comment est-ce que le gouvernement va s’assurer que les gens vont vraiment aller faire les tests ? En Corée, on nous avait dit que tout le monde devait en passer, mais finalement, je n’ai jamais eu à en faire un. »

Khadija El Bahraoui, une mère de retour du Maroc avec son fils, raconte qu’elle a passé un test rapide à l’aéroport plus tôt cette année, et qu’elle a trouvé le processus « bien organisé » et « sans perte de temps ». Elle ne s’inquiète pas non plus quant à l’efficacité de la méthode proposée à l’extérieur. Cependant, elle critique plus largement la reprise des tests, même pour les voyageurs vaccinés comme elle. « Ça sert à quoi ? » demande-t-elle en lâchant un soupir.

Un étudiant montréalais qui rentre d’un voyage en Europe, Thomas Abott, croit plutôt que l’idée des tests aléatoires est « raisonnable ». Il s’agit selon lui d’un bon compromis entre un souci de sécurité et une envie de relâchement des mesures. « La plupart des pays que j’ai visités n’avaient plus de contrôles à la frontière, mais moi, je trouve ça bien, ça ne me dérange pas. »

Cécile Tremblay, microbiologiste et infectiologue au CHUM, appuie également la décision d’Ottawa : « Les tests aléatoires sont utiles pour surveiller combien d’infections nous arrivent de l’extérieur et pour voir si de nouveaux variants peuvent entrer au pays. » Elle ajoute qu’il est important que les personnes positives « le sachent au plus vite afin qu’elles puissent alerter leur entourage ».

Les non-vaccinés en isolement

 

L’Agence de la santé publique du Canada rappelle que pour être considérés comme entièrement vaccinés, les voyageurs qui entrent au pays doivent avoir reçu « une série primaire d’un vaccin anticovidique accepté pour les voyages par le gouvernement du Canada au moins 14 jours civils avant l’entrée au Canada ».

Les personnes qui ne sont pas considérées comme entièrement vaccinées, à moins d’une exemption, doivent quant à elles effectuer un test de dépistage au premier et au huitième jour de leur quarantaine obligatoire de 14 jours.

« C’est une routine pour emmerder les gens qui ne sont pas vaccinés », déplore un autre voyageur de retour du Maroc, Aziz Benharref, en référence à une déclaration du président français, Emmanuel Macron. Non vacciné, il est venu s’informer sur les modalités de ses tests de dépistage obligatoires au kiosque d’information de l’Agence de la santé publique du Canada à l’aéroport de Montréal. « J’ai fait un test hier avant de venir, je vais faire un test aujourd’hui, un autre au huitième jour, et je vais sortir après 14 jours […], c’est ridicule. »

ArriveCAN critiquée

 

Si les voyageurs qui entrent au pays semblent divisés concernant le retour de l’obligation des tests de dépistage aléatoires, un irritant majeur fait l’unanimité, c’est-à-dire l’application ArriveCAN. À l’aéroport, dans la section des arrivées, on entend d’ailleurs plusieurs personnes s’en plaindre entre elles, ou au téléphone. Ce sont surtout les voyageurs étrangers, qui ne sont pas habitués à cette mesure, qui semblent s’en plaindre.

« Les tests rapides ne me dérangent pas tellement, mais je n’ai pas du tout aimé ArriveCAN, c’est compliqué », dit Maureen, une touriste venue de Dublin. L’application ne serait pas correctement utilisée par près de 25 % des voyageurs, a indiqué le président du Syndicat des douanes et de l’immigration, Mark Weber, lors d’une entrevue au Devoir début juillet.

Jacques Doyon, un Québécois de retour d’Atlanta, croit toutefois que l’application est « utile » pour indiquer le statut vaccinal des voyageurs qui viennent d’ailleurs.

Malgré les complications, les voyageurs semblaient généralement détendus à leur arrivée. « Je vais me dépêcher de sortir d’ici avant qu’on vienne me voir pour me dire que je dois aller me faire tester ! » lance Maureen, tout sourire, quand même contente de pouvoir visiter Montréal à nouveau.

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