René Lévesque, dans tous les formats

L’ex-député Dave Turcotte est le créateur, sur le Web, du Musée virtuel d’histoire politique du Québec.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’ex-député Dave Turcotte est le créateur, sur le Web, du Musée virtuel d’histoire politique du Québec.

Cet été, René Lévesque aurait eu 100 ans. Jusqu’au 24 août prochain, date anniversaire, Le Devoir souligne sur toutes ses plateformes la mémoire du fondateur du Parti québécois, l’un des plus grands premiers ministres de l’Histoire du Québec, avec la série 100 ans de René Lévesque.

Plusieurs artistes populaires ont vu en René Lévesque, au fil du temps, un sujet incontournable. Et cela continue, contre toute attente. Sculptrice et peintre, installée dans les Laurentides depuis plusieurs années, Joy Berkson a réalisé, il y a peu, un René Lévesque de son cru, comme bien d’autres artistes avant elle.

« Quand j’étais petite, à Montréal, on apprenait juste l’anglais à l’école », précise Mme Berkson pour expliquer son français, qu’elle juge laborieux, bien qu’elle le parle fort bien. La langue française, elle l’a apprise sur le tard, regrette-t-elle. Du côté de la France plutôt que dans sa propre ville natale. « J’ai commencé à apprendre le français à 26 ans seulement, quand j’ai travaillé pour le Club Med ! Là-bas, j’avais pris l’accent français ! Quand je suis revenu à Montréal, je me suis efforcée de changer cet accent… »

N’est-il pas surprenant qu’une Anglo-Montréalaise se soit passionnée pour René Lévesque, au point de passer des heures à tenter de le représenter ? « Lorsque je choisis un sujet à sculpter, il faut que ce soit quelqu’un qui me passionne, car je passe de très nombreuses heures à perfectionner la représentation. Je ne pourrais jamais passer autant de temps sur un personnage que je ne respecte et n’admire pas. »

Son René Lévesque, très coloré, un peu cartoonesque, a été réalisé avec des bandages imbibés du même plâtre que celui utilisé autrefois pour immobiliser les fractures. Une fois séché, l’ensemble est peint à l’acrylique, rehaussé de tissus. « Le maire d’Estérel, Frank Pappas, m’a demandé d’acheter mon “Petit René”. Il le récupère cette semaine. »

Joy Berkson s’est déjà attelée à la tâche de rendre à sa façon, selon le même procédé, des personnalités comme le pape François, Leonard Cohen ou Howie Mandel. Cependant, n’est-ce pas un peu inattendu, pour une Anglo-Montréalaise, de passer des heures à représenter René Lévesque ? « Mais non ! J’ai grandi à son époque ! J’ai toujours eu le plus grand respect pour lui en tant que politicien. Il était passionné et il était juste. Il a apporté des changements importants au Québec et il n’a pas marginalisé les immigrants, les minoritaires, qui apportent aussi une riche histoire à notre Québec. »

L’artiste François-Xavier Cloutier propose pour sa part, sur son site Internet, des sculptures et des pastels. On y trouve, à côté de représentations de l’animateur de radio et de télévision Jean-Pierre Coallier et du maire Jean Drapeau, un buste de René Lévesque. Pendant 32 ans, M. Cloutier fut assistant aux beaux-arts à l’Université Concordia.

En fait, une simple visite sur différents sites de petites annonces révèle quantité d’objets commémoratifs voués à grandir le souvenir de René Lévesque. On y trouve, entre autres choses, des bustes « en plâtre de Paris plein » de l’homme d’État, cigarette au bec, « avec son allure désinvolte d’époque 1976 », précise par exemple un vendeur.

Une multitude de représentations

 

Depuis les années 1970, les représentations de René Lévesque sont légion. À compter de 1972, on voit apparaître plusieurs spécimens de dollars frappés à son effigie. Ces pièces, souvent en papier, parfois en métal, n’ont pas cours légal. La « piasse à Lévesque » rend cependant compte d’un enjeu, la souveraineté monétaire, auquel fera souvent face son parti.

Sur le côté face d’une de ces pièces, datée de 1992, Lévesque apparaît de profil, tel un monarque. En guise de devise, on y lit ceci : « Un rendez-vous logique avec l’histoire ». Côté pile, on trouve une représentation de Manic 5, symbole de la puissance hydroélectrique à laquelle on renvoie souvent René Lévesque, responsable de la nationalisation des compagnies privées d’hydroélectricité au temps où il était ministre dans le gouvernement de Jean Lesage.

Dans la même logique, des simili passeports ont été produits. L’image de Lévesque s’y trouve associée. Mais ce n’est pas tout. Loin de là. Il y a aussi des macarons, des épinglettes et des médaillons René Lévesque. Sans parler des t-shirts, des sacs, des casquettes, des affiches et des tasses René Lévesque.

À vrai dire, les supports flanqués de son effigie sont presque infinis. « Je crois que le plus inusité que j’aie vu en lien avec monsieur Lévesque est une chandelle moulée dans la forme de son visage », raconte l’ex-député péquiste et collectionneur Dave Turcotte.

Une tradition ?

Lévesque n’est pas le premier homme d’État québécois — et sans doute pas le dernier — dont l’image va constituer un objet de culte populaire. Le premier ministre autonomiste Honoré Mercier fut l’objet de plusieurs représentations, tout comme Maurice Duplessis, les deux hommes ayant en commun d’avoir mis en tête du cortège de leurs idées la bannière de « l’autonomie provinciale ».

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’ex-député péquiste et collectionneur Dave Turcotte, dont on voit une partie de la collection, est d’avis que les représentations de René Lévesque dans l’art populaire sont presque infinies.

Des politiciens du Québec, ce fut sans doute Wilfrid Laurier, premier ministre libéral du Canada de 1896 à 1911, qui fut le plus souvent représenté sous toutes les formes possibles et imaginables : cigare, horloge, pipe, calendrier, stylos, gobelets, etc.

Les formes de l’adulation politique dont témoigne pareille production se trouvent en évolution. Ainsi a-t-on vu circuler, sur les réseaux sociaux, une photographie d’un ardent admirateur de François Legault qui, sur son avant-bras, s’est fait tatouer son visage. Devant l’expression de cette dévotion à son égard, le chef de la CAQ semblait aussi surpris que ravi.

Lévesque, un cas unique

 

L’ex-député Dave Turcotte est le créateur, sur le Web, du Musée virtuel d’histoire politique du Québec. « En attendant d’avoir un jour un vrai musée consacré au patrimoine politique québécois, j’en fais la promotion de cette façon. » Parmi les innombrables objets qu’il possède ou qu’il a pu voir consacrés à des premiers ministres canadiens, le cas de Lévesque lui apparaît à peu près unique.

« Dans l’art populaire, c’est presque infini, les représentations de M. Lévesque. 35 ans après sa mort, il s’en produit encore. Le 24 août, à Saint-Jean-sur-Richelieu, on m’a par exemple invité à inaugurer une peinture commémorative consacrée à M. Lévesque. »

Il existe aussi une médaille René-Lévesque, plus haute distinction remise par le Mouvement national des Québécoises et des Québécois. Elle avait été remise à Bernard Landry, à titre posthume, en 2019.

« Duplessis a vu quelques objets le commémorer après sa mort, mais rien de comparable » à René Lévesque, explique le collectionneur Dave Turcotte. « Même à l’échelle du Canada — dont je ne suis pas un spécialiste du patrimoine politique —, je pense que Lévesque constitue un cas à part. Dans le cas de René Lévesque, en tout cas, c’est presque infini tout ce qui lui a été consacré post-mortem. »

Qui d’autre, se demande à voix haute l’ex-député, s’est vu consacrer autant de séries télévisées, des documentaires ou de fictions, en même temps que des médaillons, des disques vinyle, des DVD, des VHS, des affiches commémoratives, des t-shirts, des porte-clés, des épinglettes, des macarons, des médailles, des toiles ?



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