Fini le pédiatre pour les bébés en santé

L’époque où chaque petit Québécois était suivi par un pédiatre est bel et bien révolue : les enfants en santé seront désormais pris en charge par des infirmières praticiennes spécialisées (IPS) ou des médecins de famille. Selon l’Institut de la pertinence des actes médicaux (IPAM), les pédiatres doivent avant tout se consacrer aux enfants malades qui requièrent leur expertise.

C’est pour cette raison que le CISSS de Laval offre désormais une IPS à tous les nouveau-nés de son territoire. Le programme a été lancé à la fin février, à la suite de la décision de l’IPAM.

Cet organisme indépendant — créé dans la foulée de l’entente de 2019 entre la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) et le gouvernement Legault — a pour mission de faire le ménage dans les actes médicaux jugés inappropriés ou non conformes aux bonnes pratiques. Dans le cadre de ses travaux, il a entre autres recommandé d’abolir la facturation de l’examen général en pédiatrie pour les enfants en santé. La mesure est entrée en vigueur le 1er décembre dernier.

L’Association des pédiatres du Québec (APQ) avait proposé ce changement à l’IPAM. « Il n’est pas pertinent qu’un médecin spécialiste soit rémunéré pour voir un enfant en parfaite santé, sans problème aigu ni chronique », explique la présidente de l’APQ, la Dre Marie-Claude Roy. Les parents ne doivent toutefois pas s’inquiéter. Les pédiatres n’abandonneront pas les enfants dits « normaux » qu’ils prennent déjà en charge, assure-t-elle. « C’est un changement qui se fera graduellement, dit-elle. Il faut voir cela comme une concrétisation d’un changement de culture nécessaire. »

Initiative inédite à Laval

Afin de combler le vide laissé par les pédiatres, le ministère de la Santé et des Services sociaux a demandé à tous les CIUSSS et CISSS du Québec de « planifier les services nécessaires » pour effectuer le suivi des bébés et enfants en santé.

Le CISSS de Laval a ainsi choisi de mettre en place un programme d’IPS pour nouveau-nés. En quatre mois, 152 poupons lavallois ont été pris en charge de cette manière.

C’est le cas de la mignonne Khyra, née le 22 mars (le même jour que sa mère).

Ses parents se disent soulagés de savoir qu’ils peuvent compter sur une IPS. D’autant que leurs médecins de famille respectifs, « saturés » de patients, ne pouvaient pas prendre en charge leur fillette. « C’est sûr que c’est beaucoup plus rassurant parce qu’on a un accès plus facile, un suivi plus facile », raconte la maman, Ghaya Jouni. « Au début, on avait un problème à stabiliser son poids. Donc, on a eu un suivi serré. »

Entre les couches, les boires et les siestes entrecoupées, elle et son conjoint — qui en sont à leur premier enfant — n’ont donc pas eu à multiplier les appels téléphoniques pour trouver un médecin de famille. Une source de stress en moins, étant donné que le premier rendez-vous de suivi s’effectue à quatre semaines de vie, selon les indications du CISSS.

Selon la Régie de l’assurance maladie du Québec, 6040 enfants de moins d’un an figuraient sur la liste d’attente du guichet d’accès à un médecin de famille (GAMF) en date du 30 juin dernier. « À Laval, il ne devrait plus y avoir de nouveau-né en santé qui s’inscrive au GAMF », note la directrice des soins infirmiers du CISSS, Elaine Cardinal.

Les nouveaux parents lavallois peuvent prendre rendez-vous avec une IPS dans l’un des cinq sites proposés par le CISSS dès leur sortie de l’hôpital. La professionnelle de la santé suivra l’enfant à long terme. « Jusqu’à sa retraite ! » dit Stéphanie Guindon, chef de la pratique avancée et du développement des compétences du CISSS de Laval.

Le projet est ambitieux. Quelque 4000 enfants naissent chaque année à Laval et, pour le moment, cinq IPS participent à l’initiative. D’après Mme Guindon, celles qui comptent au moins trois ans d’expérience peuvent suivre entre 500 et 900 patients.

Beaucoup de prises en charge

 

L’IPS Sara-Maria Viens-Vega ne s’attendait pas à avoir autant de demandes lorsqu’elle a embarqué dans le projet. « Je dois faire trois à quatre nouvelles prises en charge [de patients] par semaine », dit-elle.

Les poupons ont beau être en santé, ils nécessitent beaucoup de consultations. « Ils sont plus à risque d’otites, de toutes sortes d’infections respiratoires, explique Mme Viens-Vega. Ce sont des enfants qu’on va revoir souvent — beaucoup plus qu’un adulte dans la trentaine, par exemple. » Leurs parents posent aussi bien des questions. « Des fois, c’est juste de la rassurance au téléphone. Et au besoin, évidemment, je leur donne un rendez-vous en présentiel », note l’IPS.

Les familles sans médecin l’implorent également souvent de les prendre en charge, parents et enfants inclus. « Évidemment, je les accepte », raconte Mme Viens-Vega. « Finalement, la demande est exponentielle. Mais en même temps, c’est ça, la médecine familiale. C’est agréable de pouvoir [s’occuper de] la famille au complet. »

Stéphanie Guindon entrevoit déjà une phase 2 au projet. Le CISSS de Laval souhaite d’ailleurs obtenir du financement du ministère pour ajouter des infirmières cliniciennes à son équipe d’IPS. « Elles vont pouvoir faire le suivi en alternance avec les infirmières praticiennes spécialisées, précise Mme Guindon. Ça va nous permettre de prendre [en charge] encore plus de patients. »

La Dre Roy salue cette « excellente » initiative, qui vise à ce que le « patient voie le bon professionnel au bon moment ». « C’est un début avec le CISSS de Laval, et ça devrait suivre sous peu partout dans la province », affirme-t-elle. Elle estime d’ailleurs que, grâce à ce virage, les services offerts par les pédiatres seront « plus rapidement accessibles pour les enfants qui en ont besoin ».

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