Immigration: «un statut pour tous et toutes»

Des membres et des militants de divers organismes d’aide aux personnes migrantes étaient présents pour revendiquer un programme de régularisation du statut qui inclurait toutes les personnes migrantes.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Des membres et des militants de divers organismes d’aide aux personnes migrantes étaient présents pour revendiquer un programme de régularisation du statut qui inclurait toutes les personnes migrantes.

« Ce sont trois réfugiés, lance Shahista en désignant ses proches derrière elle. Ils n’ont pas de statut et pourraient être expulsés à tout moment. Pourtant, ils ont travaillé très fort pendant la pandémie, chez Uber notamment. » Comme quelques centaines d’autres personnes, la femme originaire d’Inde est venue manifester dimanche après-midi sur la place Émilie-Gamelin, à Montréal, pour la régularisation des personnes sans papiers au pays.

Des membres de divers organismes d’aide aux personnes migrantes étaient présents, notamment à l’initiative de l’organisme Solidarité sans frontières, pour revendiquer un programme de régularisation du statut qui inclurait toutes les personnes migrantes. « Quand tu portes préjudice aux personnes sans statut, tu le fais aussi envers leurs enfants », déclare avec conviction Serge Leclerc, membre du collectif Le droit de vivre en paix, qui défend les droits des Chiliens au Canada.

Souvent interrompus par des slogans chantés avec enthousiasme, tels que « Assez bons pour travailler, assez bons pour rester » ou encore « Un statut pour tous et toutes », quelques orateurs se sont succédé au coin du boulevard De Maisonneuve et de la rue Berri. « Les personnes sans statut vivent dans la peur constante d’être interpellées par les autorités policières et d’être expulsées », a lancé la présidente de la Ligue des droits et libertés, Alexandra Pierre.

Celle qui a également publié l’essai Empreintes de résistance, qui raconte le vécu de femmes autochtones, noires et racisées au Québec, n’a pas éludé la question du racisme systémique. « Les personnes sans statut sont en grande partie racisées, et c’est loin d’être étranger à leur situation », a-t-elle souligné.

Rencontrée avec son enfant d’à peine un an, Inge est quant à elle une citoyenne qui a décidé de s’impliquer dans la cause. Bénévole pour le Collectif Bienvenue, un organisme qui vient en aide aux nouveaux arrivants, elle devient émue en parlant des raisons qui l’ont poussée à s’impliquer. « Je suis maman depuis un an, et ça me touche de voir à quel point on est plus fort collectivement », articule-t-elle, des sanglots naissants dans la voix.

Elle est en contact avec une famille nouvellement arrivée d’Afrique et l’aide avec la paperasse. Elle contacte par exemple le CLSC le plus près pour prendre des rendez-vous afin que la famille puisse se faire vacciner. « J’appelle la famille au téléphone une fois par semaine », explique-t-elle.

Dans la chaleur accablante, les manifestants ont entamé leur marche rue Berri, vers le nord, sous surveillance policière.

 

La politique au rendez-vous

Au moins deux candidats de Québec solidaire aux prochaines élections provinciales étaient également présents. Spécialisé en immigration, l’avocat Guillaume Cliche-Rivard brigue un siège dans la circonscription de Saint-Henri–Sainte-Anne, à Montréal. « Tous ceux qui ont donné un coup de pouce pendant la pandémie devraient être régularisés », tranche-t-il aux côtés de son collègue dans la circonscription de Pointe-aux-Trembles, Simon Tremblay-Pepin. Il accuse également le gouvernement du Québec de ne pas en faire suffisamment pour venir en aide aux personnes migrantes.

« Il y a eu un premier programme il y a un an et demi, après la première vague. Mais alors qu’il y a eu d’autres vagues, il n’y a pas eu d’autres programmes », déplore-t-il, en faisant référence à une entente entre Ottawa et Québec concernant certains travailleurs de la santé sans papiers.

Mis en place en décembre 2020, ce programme pour « anges gardiens » permet à des migrants ayant pratiqué certains corps de métiers du domaine de la santé pendant la pandémie d’obtenir une régularisation de leur statut. Cela inclut entre autres les infirmières, les préposées aux bénéficiaires et les aides de soutien à domicile. Des données rapportées par Le Devoir établissaient que, plus d’un an après la mise en vigueur du programme, à peine 28 % des 2275 dossiers avaient été traités au Québec. Ce taux était de 40 % en Ontario.

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