Trudeau s’entretient avec Zelensky au sujet des turbines sur fond de manifestation

Tandis que Justin Trudeau et Volodymyr Zelensky se rencontraient virtuellement, plus d’une centaine de manifestants se sont rassemblés à Montréal, dimanche, pour protester contre l’autorisation d’Ottawa d’envoyer en Europe des turbines destinées à un gazoduc russe.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Tandis que Justin Trudeau et Volodymyr Zelensky se rencontraient virtuellement, plus d’une centaine de manifestants se sont rassemblés à Montréal, dimanche, pour protester contre l’autorisation d’Ottawa d’envoyer en Europe des turbines destinées à un gazoduc russe.

Après des jours de tensions diplomatiques dues à l’envoi de turbines destinées à un gazoduc russe, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a rappelé dimanche au premier ministre canadien, Justin Trudeau, que les sanctions internationales contre la Russie devaient être une question de principe. Au même moment, des manifestants étaient rassemblés à Montréal et à Ottawa pour protester contre l’envoi des turbines.

Les deux dirigeants, qui s’étaient rencontrés en personne à Kiev en mai dernier, se sont entretenus par visioconférence de l’autorisation du gouvernement canadien d’envoyer six turbines en Allemagne, celles-ci étant une propriété de l’entreprise Siemens. Présentement situées dans un entrepôt montréalais, elles seront ensuite acheminées vers le gazoduc Nord Stream 1, propriété de la compagnie russe Gazprom, qui fournit du gaz à l’Allemagne. Cette décision du gouvernement contrevient directement à ses propres sanctions économiques adoptées dans les derniers mois.

« Les dirigeants ont discuté de l’importance de maintenir une forte unité entre les alliés et de continuer à imposer des coûts élevés à la Russie pour l’invasion illégale et injustifiable de l’Ukraine », a indiqué le cabinet de Justin Trudeau dans une déclaration. Selon le même document, « les dirigeants ont convenu de rester en étroite communication ». Zelensky a quant à lui diffusé une courte publication sur Twitter qui ne laisse pas présager d’acrimonie particulière entre les deux hommes politiques.

« Je l’ai remercié [Trudeau] pour le soutien militaire puissant et continu. J’ai réitéré que la position internationale sur les sanctions devait être une question de principe, a-t-il écrit. Après les attaques terroristes contre Vinnytsia, Mykolaïv, Tchassiv Yar, etc., il faut accroître la pression, pas la diminuer. »

Le président ukrainien avait déjà qualifié la décision du gouvernement canadien d’« absolument inacceptable » plus tôt cette semaine. « La décision sur l’exception aux sanctions sera perçue à Moscou exclusivement comme une manifestation de faiblesse. C’est leur logique », avait-il souligné.

Photo: Stefan Sauer Associated Press Au centre du débat, les turbines sont présentement dans un entrepôt montréalais de l’entreprise allemande Siemens.

Samedi, la vice-première ministre, Chrystia Freeland, avait défendu la décision de son gouvernement. « Nous avons entendu très clairement de la part de l’Allemagne que leur capacité à maintenir leur soutien pourrait être menacée », a-t-elle relevé. « C’était une très difficile décision à prendre pour le Canada. Je comprends les inquiétudes de l’Ukraine à ce sujet, mais c’était la bonne chose à faire. »

À Ottawa, des députés de l’opposition ont exigé vendredi que des ministres libéraux expliquent la décision controversée au cours d’une rencontre spéciale du Comité permanent des affaires étrangères et du développement international la semaine prochaine.

Les libéraux ont accepté que la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, et le ministre des Ressources naturelles, Jonathan Wilkinson, répondent aux questions.

 

Rassemblement à Montréal

Tandis que les dirigeants politiques se rencontraient virtuellement, plus d’une centaine de manifestants se sont rassemblés sous un soleil de plomb, dimanche après-midi au square Phillips, à Montréal, pour protester contre la décision du gouvernement Trudeau.

« Cela crée un précédent, a déploré Yevgen Kravchenko, rencontré sur place. Cela veut dire que le Canada pourrait retirer d’autres sanctions dans le futur. » À côté de lui, se tient sa soeur, arrivée d’Ukraine jeudi. Elle ne parle ni anglais ni français et a tout laissé dans son pays d’origine, y compris son mari. « Il est resté, il faut que l’économie continue à fonctionner là-bas », a expliqué Yevgen, haussant la voix pour se faire entendre en dépit des chansons en ukrainien qui retentissent à plein volume. Dans ses mains, il tient un petit bac rempli de macarons affichant des slogans de soutien à son pays natal.

Lorsque j’ai fui la guerre pour venir au Canada, j’ai eu la chance d’aller dans une école canadienne. Ce ne fut pas long, mais j’ai bien compris la règle la plus fondamentale de tous les établissements scolaires canadiens, à savoir la tolérance zéro à l’égard de l’intimidation.

Accompagné de sa famille, Mike est lui aussi insatisfait de la décision du Canada. « Je soutiens Trudeau et son gouvernement. Mais là, je suis vraiment déçu », a-t-il déploré. « Beaucoup de pays disent soutenir l’Ukraine, mais c’est juste en surface », a quant à elle condamné Eleonora, jeune femme d’origine ukrainienne qui a de la famille au pays.

Quelques orateurs se sont succédé devant la foule où pouvaient être aperçus plusieurs drapeaux bleu et jaune. « Lorsque vous entendez parler d’économie [internationale], pensez aux dizaines de milliers de familles ukrainiennes qui n’ont plus de maison », a lancé le président du conseil provincial du Québec du Congrès des Ukrainiens canadiens, Michael Schwec.

La jeune Anastasia Naumova, âgée d’à peine 16 ans, a raconté son histoire devant la petite foule présente, elle qui est arrivée au Canada il y a trois mois en quittant la ville de Kiev bombardée. « Lorsque j’ai fui la guerre pour venir au Canada, j’ai eu la chance d’aller dans une école canadienne. Ce ne fut pas long, mais j’ai bien compris la règle la plus fondamentale de tous les établissements scolaires canadiens, à savoir la tolérance zéro à l’égard de l’intimidation », a-t-elle déclaré dans une métaphore. Elle a ajouté avoir « espoir » que la décision de livrer les turbines serait révoquée.

Les prises de parole se sont conclues par la diffusion de l’hymne national ukrainien sur les haut-parleurs, qu’ont entonné avec émotion les dizaines de personnes présentes, la main sur le coeur.

Avec La Presse canadienne

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