De nombreux absents à un congrès en agroforesterie, faute de visa

«Les personnes qui ne peuvent pas venir sont surtout d’Afrique et d’Asie, mais aussi d’Amérique latine», indique l’un des principaux organisateurs du congrès.
Photo: iStock «Les personnes qui ne peuvent pas venir sont surtout d’Afrique et d’Asie, mais aussi d’Amérique latine», indique l’un des principaux organisateurs du congrès.

Alors que s’ouvre dimanche un important congrès mondial en agroforesterie à l’Université Laval, des dizaines de participants, venant surtout de pays en développement, n’ont toujours aucune nouvelle de leur demande de visa, pourtant faite il y a des mois. Les organisateurs du congrès et leurs alliés déplorent l’absence de plusieurs invités fort attendus, dont plusieurs sommités dans le domaine.

« Les personnes qui ne peuvent pas venir sont surtout d’Afrique et d’Asie, mais aussi d’Amérique latine », indique l’un des principaux organisateurs du congrès, Alain Olivier, professeur à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation à l’Université Laval. « Il y a certains pays où ça fonctionne bien […], mais il y a des pays, comme l’Inde, où à peu près personne ne va pouvoir venir. C’est très difficile. J’ai eu plein de courriels de gens qui me disent qu’ils abandonnent. »

Selon les plus récentes données, sur 688 participants, 128 vont assister aux conférences en formule virtuelle. Sans connaître les raisons de l’absence de chacune de ces personnes, M. Olivier avance que plusieurs dizaines d’entre elles auraient choisi cette option à défaut d’avoir pu mettre la main sur un visa.

« Ce qui est étonnant, c’est que plusieurs d’entre eux sont des conférenciers et des scientifiques de renom. Ils ont beaucoup voyagé et viennent d’institutions internationales reconnues », indique-t-il. « On a des gens de la plus grosse institution de recherche en agroforesterie à l’échelle mondiale (le World Agroforestry Centre). Ils sont basés au Kenya, et on est très inquiets qu’ils ne puissent pas venir. »

Sur sept conférenciers de prestige des séances plénières, six ne recevront pas leur visa à temps. Sur les 16 agriculteurs, dont plusieurs femmes, spécialement invités par le congrès, la moitié ne pourra pas venir faute de visa. Des quatre présidents de séances thématiques qui avaient besoin d’un visa, trois ne l’ont toujours pas obtenu, selon les organisateurs.

Moins de « couleur » au congrès

SOCODEVI, une ONG de coopération internationale, déplore que seulement deux des six agriculteurs qu’elle soutient aient pu obtenir leur visa. « On était inquiets jusqu’au début de la semaine, mais là, on est juste déçus, parce qu’avec toute la logistique de l’hôtel et du transport, on n’a pas eu le choix de prendre la décision que c’était fini pour eux. On trouve ça extrêmement dommage », déplore Virginie Levasseur, directrice Stratégie, politiques et développement coopératif à SOCODEVI.

Parmi eux se trouvait l’invitée d’honneur et conférencière d’ouverture, Isabelle Ahou Fram Tano, une productrice de cacao en Côte d’Ivoire qui avait déposé un dossier complet en mars dernier, alors que le délai moyen de traitement indiqué sur le site d’Immigration Canada était de 36 jours. Elle n’a toujours pas eu de nouvelles de sa demande, et les délais affichés sont maintenant de 84 jours, soit le double. « C’est dommage et très triste pour le partage d’expérience qui aurait pu avoir lieu entre la recherche et le terrain. Les femmes auraient pu réseauter entre elles et repartir avec des idées pour être de meilleures agentes de changement », ajoute Mme Levasseur.

Le professeur Olivier croit aussi que l’absence de ces personnes issues des pays du Sud risque « d’affecter la couleur de l’événement », qui se voulait géographiquement équitable. Il déplore aussi tout le stress et les problèmes auxquels ces participants, qui vivent en milieu rural, ont dû faire face. « Certains ont déboursé des frais importants pour pouvoir venir, et ils n’ont même pas leur réponse à temps », dit-il. Il ajoute que son congrès avait pourtant été inscrit auprès des autorités canadiennes.

Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a reconnu que le congrès s’était enregistré à son Unité des événements spéciaux, mais que son service « connaît des délais de traitement plus longs que d’habitude pour les demandes de visa de visiteur », a répondu au Devoir Isabelle Dubois, porte-parole d’IRCC. « Bien que le ministère soit en mesure d’accélérer le traitement […], il ne peut pas accorder de traitement spécial ni dispenser les participants et les fonctionnaires invités des obligations de visa. »

Cet événement d’envergure internationale n’est pas le seul à être touché par les difficultés d’obtention des visas auprès d’IRCC. Comme Le Devoir le révélait jeudi, les délais pour obtenir un visa de touriste ont explosé ces derniers temps, ce qui compromet, entre autres, la venue de centaines de spécialistes africains à une conférence internationale sur le sida qui se tiendra à Montréal du 29 juillet au 2 août.



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