La vente d’une piscine publique à un CPE crée des remous à Saint-Lambert

La piscine publique du parc Préville a été vendue au CPE Agathe la Girafe pour ouvrir 80 nouvelles places de garderie.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La piscine publique du parc Préville a été vendue au CPE Agathe la Girafe pour ouvrir 80 nouvelles places de garderie.

La vente de la piscine publique du parc Préville au CPE Agathe la girafe pour l’ouverture de 80 nouvelles places en garderie crée des remous à Saint-Lambert. Le dossier, figé depuis son annonce, en juin dernier, mine la relation entre la municipalité et plusieurs résidents du quartier, qui estiment que la décision a été prise sans l’aval populaire.

« La mairesse va nous dire qu’elle a fait une consultation lorsqu’elle a fait du porte-à-porte pendant les élections, mais on n’a jamais pu lui dire qu’on ne voulait pas vendre la piscine », dénonce Isabelle Gendron, militante du quartier. « On ne savait pas qu’elle avait l’intention de s’en départir ! »

Mme Gendron fait figure de porte-parole pour les citoyens souhaitant conserver l’intégrité du parc Préville. De l’avis de la mère de famille, la Ville devrait plutôt rénover la piscine, un service important pour bon nombre de gens du voisinage. « On parle de changements climatiques, d’îlots de chaleur, et on dit que la température moyenne va augmenter. Notre argument principal, c’est qu’on ne vend pas un espace vert. »

Pourtant, le point d’eau est condamné depuis 2021, et le conseil municipal n’a pas les moyens de le rénover. C’est du moins ce qu’affirme la mairesse, Pascale Mongrain, qui estime qu’une remise en état coûterait de 2,2 à 3 millions de dollars. « On ne les a pas, ces millions-là », explique-t-elle. Plutôt que de rénover la piscine, le conseil municipal a donc accepté de vendre le terrain qu’elle occupe au CPE Agathe la girafe, qui a obtenu du financement du ministère québécois de la Famille pour la création de 80 nouvelles places.

Mme Gendron soulève également des questions d’urbanisme pour appuyer son objection au projet. Selon elle, l’arrivée d’une nouvelle garderie compliquerait la circulation dans les rues du secteur, déjà ardues à naviguer, et qui desservent d’ailleurs aussi l’école locale.

La mère de famille se dit favorable à la création de nouvelles places en CPE à Saint-Lambert, mais pas à n’importe quel prix : « On est juste contre le fait qu’on nous impose la vente d’un bien public comme un parc. »

Elle affirme ainsi « tendre la main » à la mairie, tout en soutenant par courriel que « le Regroupement des citoyens de Saint-Lambert pour la préservation des parcs a engagé un avocat et [a] envoyé une mise en demeure le 12 juillet à la Ville pour exprimer [son] désaccord et demander certains documents ».

« Mauvaise foi », dit la mairesse

« C’est pas une mise en demeure qu’on a reçue, c’est une demande de documents », indique la mairesse Mongrain. Jointe au téléphone, celle-ci se choque de la « mauvaise foi » de ce qui est, à ses yeux, une minorité de résidents propageant de la « désinformation ».

Elle se dit abasourdie devant des manoeuvres qu’elle dépeint comme « électoralistes et politiques ». « C’est un peu frivole, parce qu’ils n’ont absolument aucun fondement pour un recours judiciaire. La demande d’information, c’est juste du gaspillage d’argent public et du temps de nos fonctionnaires. »

Du temps et des fonds que Saint-Lambert n’a pas le luxe de gaspiller, entre autres à cause des conditions imposées par le ministère de la Famille, dit Mme Mongrain. Si le CPE n’est pas en mesure de créer ces 80 nouvelles places en moins de 24 mois, le financement qui y est rattaché sera perdu, affirme-t-elle.

La situation n’arrange rien non plus au gouffre financier dans lequel se trouverait actuellement la municipalité. « Si vous saviez comme on n’a plus d’argent là. [Saint-Lambert], c’est une ville au bord de la faillite », soutient, navrée, la mairesse.

Celle-ci ne comprend donc pas l’acharnement des opposants au projet. Elle assure d’ailleurs que la plupart de ses concitoyens appuient sa décision de vendre le terrain de la piscine municipale désaffectée. Une majorité qu’elle ne peut toutefois pas confirmer. Questionnée sur l’éventualité d’un vote populaire, Pascale Mongrain réitère : « On n’a pas d’argent. Faire un référendum, ça coûte des dizaines de milliers de dollars. Et de toute façon, le temps manque. »

Les habitants du quartier Préville qui souhaitent conserver leur oasis coûte que coûte doivent donc rester sur leur soif pour le moment.

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